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Vous pouvez prendre connaissance de la contribution "Combattre et proposer" et la signer en allant sur http://www.congresutileetserein.com/

Jeudi 17 juillet 2008

Comment rendre l'Union européenne plus démocratique afin d'accroître sa légitimité auprès de ses citoyens ? Cette question, les partisans de la construction européenne n'ont cessé de se la poser depuis la naissance du projet communautaire, mais la réponse est devenue plus urgente après les échecs des consultations populaires en France, aux Pays-Bas et en Irlande. Si les électeurs ont tendance à dire "non" quand on leur demande leur avis, c'est, d'après les spécialistes, parce qu'ils ont le sentiment que l'Europe se fait sans eux et qu'on tente ensuite de les placer devant le fait accompli.

Selon Jacques Ziller, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence, plus de quarante référendums ont été organisés depuis 1972 sur l'intégration européenne, dont plus du tiers avec un résultat négatif (Trajectoires de l'Europe, sous la direction de Sylvaine Poillot-Peruzzetto, Dalloz, 2008). Ce taux élevé confirme l'importance du rejet dont l'Union est l'objet. Pourquoi ? Parce qu'elle fonctionne trop souvent comme une "boîte noire" dont les décisions ne sont pas assez perceptibles par les citoyens, explique Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman (Le Bal des hypocrites, Saint-Simon/Lignes de repère, 2008).

L'Europe oublie, d'après l'auteur, une "exigence élémentaire" de la démocratie, selon laquelle "l'action du pouvoir doit être justifiée de manière continue auprès des citoyens". Il est vrai que la méthode de Jean Monnet, souligne-t-il, donnait la priorité à la "légitimité technocratique" sur la "légitimité politique". Mais les temps ont changé. Le champ d'intervention de l'Union européenne s'est élargi. La logique d'autrefois révèle ses limites. Le "malaise démocratique" de l'Union, confirme le politologue Nicolas Jabko, vient de ce que celle-ci "ne se limite plus à des activités avant tout économiques" (Trajectoires de l'Europe).

Dans un petit livre stimulant (L'Europe malade de la démocratie, Grasset, 2008), Philippe Riès, ancien chef du bureau de l'Agence France-Presse à Bruxelles, soutient que l'Union européenne souffre plutôt d'un excès de démocratie. Il s'inquiète des "dérives malsaines" d'une "démocratie d'opinion""les intérêts particuliers s'imposent systématiquement à l'intérêt général" et où triomphent le "clientélisme" et le "corporatisme". Comment lui donner tort ? Toutefois, en dénonçant "l'imposture démocratique", ce sont bien les insuffisances de la démocratie européenne qu'il met en lumière.

Si l'Union européenne était une organisation internationale comme les autres, la question de la démocratie ne se poserait pas. Elle se pose parce que les Européens veulent former une communauté politique. Mais ils n'entendent pas pour autant créer un Etat européen. Ils ne peuvent donc pas se contenter de transposer leurs systèmes nationaux à l'échelle de l'Union européenne. "Au stade actuel, note Nicolas Jabko, personne ne sait très bien ce que pourrait vouloir dire une démocratie pour l'Europe".

En attendant la naissance d'un hypothétique espace public européen, associant partis transnationaux et société civile, c'est aux Etats membres qu'il appartient de susciter le débat démocratique autour des politiques européennes. L'Europe concrète, au plus près des préoccupations des citoyens, reste une idée controversée. Beaucoup de gens ne souhaitent pas que les institutions européennes s'immiscent dans leur vie quotidienne. La légitimation par les résultats ne suffira pas à convaincre les peuples si ceux-ci n'ont pas été associés, d'une façon systématique, aux délibérations préalables.

Par Thomas FERENCZI dans Le Monde - 14 juillet 2008


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Jeudi 17 juillet 2008

Dans son interview au Monde daté de jeudi, Nicolas Sarkozy a certes parlé de la réforme de la Constitution qu’il tente péniblement de faire passer lundi prochain au Congrès de Versailles ; mais il a aussi donné quelques clés de son état d’esprit et de son humeur, le portrait d’un homme d’action contrarié. Il a ainsi laissé filtrer quelques agacements, et des signes de frustration, à la mesure de ses difficultés actuelles.

A chaque question qu’il n’aimait pas, le chef de l’Etat a répliqué par une pique. Il demande ainsi, agacé, à ses intervieweurs : "Acceptera-t-on un jour de me juger sur ce que je fais et non pas sur des a priori?"

Il bondit au mot "despote" ou à celui d’"hyperprésidence" ; A l’idée qu’il interviendrait dans les médias: "C’est faux", dit-il. Ou à la suggestion qu’il pourrait déléguer plus? "Déléguer quoi?", s’insurge-t-il.

Depuis que Nicolas Sarkozy a dévissé dans les sondages d’opinion, au début de l’année, sa méthode dans l’exercice du pouvoir est au coeur du débat, et, disons-le, des préoccupations. Autant le chef de l’Etat a remis de l’ordre dans sa vie privée, et tente de présenter un style un peu plus présidentiel, autant il ne cède rien sur sa méthode.

Il l’a dit au Monde : "Les réformes se tiennent, tout est dans tout, la méthode importe autant que le fond. Il y a une logique, une cohérence."

Il y a, entre les lignes de ce long entretien, l’idée d’une mission personnelle, qui ne souffre pas de partage du pouvoir. On se souvient que François Fillon avait manqué de s’étrangler en s’entendant qualifier de "collaborateur" du président. Il appréciera d’être décrit cette fois comme un homme qui "peut soulager le président de la République".

Et s’il souffre dans sa fonction, c’est seulement du dos, comme c’est le cas en ce moment... Pour autant, Nicolas Sarkozy refuse d’aller au bout de cette logique et d’opter pour un régime présidentiel.

Dans cette interview, l’une des plus détaillées depuis son élection, Nicolas Sarkozy a l’air de s’adresser plus à l’opinion publique qu’aux socialistes à qui il faisait pourtant d’ultimes concessions avant le vote. Il savait d’avance qu’il avait peu de chances de convaincre l’opposition, qui a d’ailleurs confirmé hier après-midi qu’elle ne voterait pas la réforme. Tout au plus, cette interview lui permet de montrer qu’il n’aura pas ménagé ses efforts et qu’un échec serait imputable à la gauche, pas au président.

Dans le même temps, le chef de l’Etat donne aux Français l’image d’un incompris, d’un homme que l’on aurait caricaturé, mal jugé, mal apprécié. Mais dans cette opération de réhabilitation de l’homme autant que de sa fonction et de son action, il accentue encore plus la personnalisation exacerbée du pouvoir -un exercice solitaire qui passe mal dans l’opinion, d’ordinaire plus indulgente vis-à-vis des dérives monarchiques.

Plus Nicolas Sarkozy concentrera les pouvoirs, et plus les Français jugeront d’abord un homme de plus en plus seul.

Pierre Haski dans Rue 89 - 17 juillet 2008

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Mercredi 16 juillet 2008

LONDRES (Reuters) - Des centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux britanniques ont entamé mercredi une grève pour les salaires que les syndicats annoncent comme l'un des plus importants mouvements de protestation depuis plusieurs décennies.

"Partout nos membres sont unis. Aujourd'hui et demain près de 600.000 de nos membres seront en grève. Ce sera l'un des plus importants mouvements depuis la grève générale de 1926", a affirmé à la BBC Dave Prentis, dirigeant du syndicat de la fonction publique Unison.

L'Association des gouvernements locaux, qui représente les employeurs publics, a estimé de son côté qu'environ un quart des travailleurs devraient suivre le mouvement, soit 325.000 personnes.

Le gouvernement souhaite maîtriser les salaires pour lutter contre l'inflation, qui est au plus haut depuis plus de dix ans en Grande-Bretagne. Mais les employés du secteur public réclament de leur côté une revalorisation salariale pour faire face à l'augmentation du coût de la vie.

L'Association des gouvernements locaux a accordé une augmentation moyenne de 2,45% aux employés, mais les syndicats, qui estiment l'inflation à 3,8%, présentent ce geste comme une réduction de salaire.

Le Premier ministre travailliste, Gordon Brown joue gros dans ce conflit social qui pourrait le voir perdre le soutien des syndicats, alors que sa défaite est déjà annoncée par les analystes lors des prochaines élections générales prévues en mai 2010.

Agence REUTERS - Bureau de Londres, version française Grégory Blachier - 16 juillet 2008



Comme quoi le droit de grève existe aussi au Royaume-Uni, pourtant souvent cité en exemple par les libéraux décomplexés...
Comme quoi également le syndrome de vie chère est un problème largement partagé en Europe...
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Mercredi 16 juillet 2008

A quel jeu social Nicolas Sarkozy se livre-t-il ? Non content d'avoir perdu la confiance de la CGT et de la CFDT pour être passé en force sur le détricotage des 35 heures et de s'être mis à dos les autres syndicats sur la réforme de la représentativité syndicale, le président de la République a raillé la force de frappe du syndicalisme, la grève. Le 5 juillet, devant les siens, au conseil national de l'UMP, M. Sarkozy a été ovationné en proclamant : "Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit." C'est comme si après leur avoir donné une gifle, le chef de l'Etat narguait des syndicalistes dont il chantait il y a peu les louanges : "Même pas peur !", leur dit-il, les comparant à des tigres de papier.

En apparence, M. Sarkozy a raison, même s'il n'y est absolument pour rien. Contrairement à la légende entretenue hors de ses frontières, la France n'est pas un pays gréviculteur. Depuis trente ans, comme dans la plupart des autres pays industrialisés, la grève est en perte de vitesse. "La pression du chômage de masse, la flexibilité et la précarité croissantes au coeur des rapports de travail ainsi qu'un affaiblissement considérable des organisations syndicales contribuent à une baisse significative de la pratique gréviste", soulignent Guy Groux et Jean-Marie Pernot dans leur petit livre très pédagogique sur La Grève (Presses de la Fondation des sciences politiques, 149 p., 10 €).

Selon l'indicateur annuel du ministère du travail - qui sous-évalue les arrêts de travail de moins de deux jours et n'offre donc qu'une vision partielle -, la décrue remonte à 1980. Cette année-là, on ne recense plus, à partir des conflits généralisés et localisés, que 1 674 300 journées individuelles non travaillées (JINT) contre 3 656 600 en 1979. Les années suivantes amplifient la baisse de la conflictualité : 884 900 JINT en 1985 ; 1,2 million en 1988. En prenant en compte la fonction publique, qui est aujourd'hui la composante essentielle des grèves, le nombre de JINT atteint 1 267 600 en 1990, 2 460 198 en 2000 et 567 323 en 2004. Le mouvement social de 1995 provoque un fort rebond et génère 5 883 200 JINT, la SNCF et la RATP constituant, à elles seules, 65 % des jours de grève. Depuis 2005, le ministère du travail utilise l'enquête Acemo qui ne se base plus sur les seuls relevés des inspecteurs du travail mais interroge les directions d'entreprise. Ainsi, en 2006, le nombre de JINT (1 415 000) a baissé de 23 % par rapport à 2005 (1 835 000).

Une conflictualité qui n'a plus grand-chose à voir avec les grandes fièvres de l'histoire syndicale : 23 millions de JINT en 1947, 9,7 millions en 1953. En 1968, le compteur avait été bloqué à 150 millions ! La décrue conflictuelle a accompagné la désyndicalisation. En 1985, Edmond Maire, alors secrétaire général de la CFDT, avait semé dans le microcosme syndical un émoi comparable à celui de Nicolas Sarkozy en déclarant : "La vieille mythologie selon laquelle l'action syndicale, c'est la grève, cette mythologie a vécu. Le syndicalisme doit l'abandonner." Devant le tollé provoqué par ses propos, M. Maire avait enfoncé le clou, n'hésitant pas à prendre ses troupes à rebrousse-poil : "Le plus grand acquis syndical depuis 1968, c'est d'avoir imposé l'économie de la grève."

Là où M. Maire voulait indiquer que le syndicalisme avait d'autres armes que la grève pour se faire entendre, M. Sarkozy va plus loin. Pour mieux valoriser sa loi du 21 août 2007 sur le service minimum dans les transports terrestres, il laisse entendre que les grèves sont devenues invisibles, indolores et donc inefficaces. Le syndicalisme a un sabre de bois. La grève visible touche les transports qui représentent encore, selon les années, entre 10 % et 20 % des grèves recensées. A la SNCF, le nombre annuel de jours de grève est passé d'un jour en moyenne par agent en 1988 à 0,2 jour en 2002. Depuis, la conflictualité remonte.

INVISIBLES, INDOLORES ET DONC INEFFICACES

Pour autant, le verdict présidentiel mérite d'être nuancé. Comme l'écrivent Guy Groux et Jean-Marie Pernot, "l'héritage historique que la grève du XIXe siècle avait laissé au monde du travail est aujourd'hui mutilé, il n'en est pas pour autant moribond". La décrue des grèves n'assure pas la paix sociale, tant les relations du travail sont loin d'être pacifiées. Et si le recours à la grève classique est en recul, la conflictualité globale dans l'entreprise est en hausse. Selon la dernière enquête dite REPONSE du ministère du travail, entre 2002 et 2004, 30 % des établissements de 20 salariés et plus ont connu au moins un conflit collectif, contre 21 % entre 1996 et 1998.

On retrouve ce que Christian Morel appelait dans son livre (Octarès, 1994) La Grève froide. Les salariés utilisent d'autres armes que la grève franche : le débrayage (arrêt de travail inférieur à la journée), le harcèlement verbal et collectif ou la délégation pour faire pression sur la hiérarchie, les défilés dans les ateliers ou les services, le chahut, la grève du zèle (pour appliquer strictement le règlement), le refus des heures supplémentaires - trois fois plus présent en 2004 qu'en 1998 -, la pétition, l'absentéisme. Au niveau national, les syndicats privilégient la manifestation, qui peut se révéler efficace, comme contre le CPE en 2006. Mais en mettant en même temps plusieurs sujets sur la table, M. Sarkozy oblige les syndicats à des "manifs" à répétition qui, à terme, fragilisent leurs mobilisations.

Le climat social reste donc sensible. Il n'est pas sûr que la "rentrée" à l'automne soit aussi batailleuse que le promettent les syndicats. Mais ils pourraient manifester leur mauvaise humeur et leur défiance autrement. Alors que, à défaut de sortir la négociation sur la pénibilité de l'impasse, le patronat vient de conclure un accord sur le stress professionnel avec les cinq confédérations, celles-ci hésitent désormais à s'engager sur des accords importants. Pour la simple raison qu'elles doutent de la capacité du gouvernement à respecter les conclusions d'un compromis qui n'irait pas dans son sens. Le risque est que sur des chantiers aussi délicats que ceux qui doivent aboutir d'ici à la fin de l'année - la nouvelle convention d'assurance-chômage, la réforme de la formation professionnelle -, des syndicats s'estimant trompés et moqués fassent preuve de mauvaise volonté. Avec des élections prud'homales, le 3 décembre, qui poussent naturellement à la surenchère, ils pourraient se laisser tenter par une nouvelle arme : la grève du compromis social. Un refus d'accord qui serait plus qu'un grain de sable dans la roue des réformes.

Michel Noblecourt - Le Monde - 16 juillet 2008


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Mercredi 16 juillet 2008

Entretien avec Pierre Musso Le professeur de sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes-II critique l’idée d’un « télé-populisme » sarkozyste, qu’il juge inopérante et un peu réductrice.

Pourquoi Nicolas Sarkozy souhaite-t-il, selon vous, que le prochain directeur de France Télévisions soit nommé en Conseil des ministres, c’est-àdire par ses soins ? Comment caractériseriez-vous son rapport aux médias ?

Pierre Musso Tout le monde sait que le politique est lié aux directions de médias. C’est valable pour Nicolas Sarkozy, mais aussi pour Silvio Berlusconi. Celui-ci est même un grand patron de médias, propriétaire de trois chaînes de télévision généraliste qui représentent environ 40 % de l’audience en Italie. Mais ce qui compte pour ces politiques n’est pas tant la propriété des médias que la maîtrise des techniques audiovisuelles. À la tête des mêmes chaînes, Silvio Berlusconi a certes gagné trois fois les élections dans son pays, mais il les a aussi perdues deux fois. Donc, n’établissons pas de liens mécaniques. L’émetteur de l’information n’est jamais tout puissant, et le récepteur n’est jamais passif, contrairement à ce que suggèrent les théorisations sur le « télé-populisme  », en vogue dans une partie de la gauche radicale. Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la volonté de maîtrise du service public de l’information, ainsi que les multiples interventions dans le champ des médias privés. Le but, chaque jour, est de faire l’agenda et l’événement, pour structurer le débat public autour de sa personne. Le « sarkoberlusconien  » devient ainsi l’animateur et le maître du débat. Une autre préoccupation est de transformer le réel en récit et de le mêler à la fiction. Il faut raconter des histoires, se raconter soi-même. C’est le principe du « storytelling », selon l’expression de Christian Salmon. Sarkozy a bien compris que, pour structurer l’imaginaire populaire à son profit, il doit psychologiser toutes les relations sociales et politiques. Il faut même associer les téléspectateurs à la narration, selon le principe de la télé réalité. On s’identifie à celui qui a réussi et on élimine le perdant. C’est là le cœur du sarkoberlusconisme. À travers ce phénomène, on observe que le politique devient de l’audiovisuel continué par d’autres moyens. C’est moins le politique qui veut contrôler la télé, que la télé qui capture le politique. Quand Sarkozy dit qu’il souhaite nommer le futur président de France Télévisions, ce n’est pas un simple retour à l’ORTF, à une information contrôlée. Ce qui intéresse Sarkozy, c’est la totalité des programmes, fictions incluses. Il s’agit précisément de brouiller les frontières entre information et fiction, comme le fait avec un certain talent le JT de 13 heures de TF1.

Au-delà d’un certain rapport aux techniques médiatiques, qu’est-ce qui permet de parler de sarkoberlusconisme ? Quel est le fond politique de ce phénomène que vous identifiez dans votre livre (1) ?

Pierre Musso Silvio Berlusconi est un chef d’entreprise. Il a passé trente ans de sa vie dans le monde de l’entreprise. Partant, sa caractéristique majeure est d’importer la culture de l’entreprise dans le champ du politique. Nicolas Sarkozy a un autre parcours. Il a gravi les échelons d’un parti de masse avant d’accéder à l’Élysée. Il est entré dans le parti néo gaulliste à dix-huit ans. Nicolas Sarkozy est un politique traditionnel, alors que Silvio Berlusconi est un non-politique qui vient dans le politique. Mais Sarkozy reprend précisément cette innovation de Berlusconi. Tous deux se positionnent sur le mode de l’antipolitique à l’intérieur du politique. C’est ce qui permet de capter la critique populaire du pouvoir, et de la retourner au profit du pouvoir. Le sarkoberlusconisme, c’est l’antipolitique en politique. C’est aussi comme cela que je définirais le « néolibéralisme  » contemporain. Nous sommes confrontés à une critique radicale de l’État providence, de l’État social, à partir d’une idéologie managériale, qui encense l’efficacité technique, la gestion efficiente et pratique le culte de l’argent, à l’instar de l’éthique protestante des pays d’Europe du Nord. L’enjeu du « sarkoberlusconisme » est d’introduire du thatchérisme, une sorte de contractualisme marchand, dans des pays latins, de droit romain, où c’est encore la loi qui prime sur le contrat. Depuis la chute du mur de Berlin, entraînant le déclin des partis communistes en France et en Italie, ce processus d’extension du thatchérisme est devenu possible.

« Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. »

Les communistes français et italiens doivent-ils se sentir plus particulièrement interpellés par le sarkoberlusconisme que les autres forces de gauche ?

Pierre Musso La tâche que je me suis fixée est d’identifier un certain type de capitalisme en émergence, le capitalisme latin, où une certaine morale catholique valorisant le travail est instrumentalisée et détournée. Et ce mouvement transforme en profondeur l’État providence tel qu’il s’est structuré dans les rapports de forces du XXe siècle (1917, 1936, 1945, 1968… jusqu’à la chute du mur). Ce que j’explique, c’est que le sarkoberlusconisme attaque l’État providence, mais propose aussi quelque chose à la place : la culture, voire le culte, de l’entreprise, l’idée que nous serions dans une « nationentreprise  ». Il propose un rôle particulier à l’État, en plus de l’aspect sécuritaire : celui de soutenir les entreprises qualifiées de « champions nationaux » qui se projettent à l’extérieur du pays à la conquête de nouveaux marchés, dans la guerre économique mondiale. Dans ce contexte, une véritable symbolique se met en place pour gouverner en agitant toutes les peurs (peur de l’insécurité, de la précarité, de l’effet de serre…). La peur appelle « l’homme providentiel », qui déclare redresser le pays. « Je vais sauver Naples, le sud de l’Italie enlisé dans les difficultés économiques, parce que moi, je suis un chef d’entreprise, et non un professeur d’université comme Romano Prodi… », disait en substance Berlusconi. Sarkozy s’inscrit dans le même type de référence compassionnelle au secours des victimes. Et la gauche française n’a pas compris l’importance de ce travail de la droite sur la symbolique politique. Quand Sarkozy parle de la valeur travail, qu’il prétend défendre, la gauche a tendance à répondre en termes d’« emplois ». Or le travail, ce n’est pas que de l’emploi, c’est du sens, l’épanouissement individuel, etc. La droite a su mobiliser ces signifiants positifs du travail ou du changement, dont la gauche était jusqu’alors perçue comme dépositaire légitime. Elle a su renverser de l’intérieur les valeurs de l’adversaire.

Comment la gauche devrait-elle selon vous réagir  ?

Pierre Musso Ce que j’observe, c’est qu’elle élabore des programmes, continue de s’interroger sur l’opportunité ou non d’un SMIC à 1 500 euros. Elle rentre avec la droite dans une course à l’efficacité technico-économique. Mais elle tombe en fait dans un piège. Les programmes sont nécessaires, mais l’essentiel du problème porte sur la symbolique, sur la façon dont on structure l’imaginaire collectif. Quelle est aujourd’hui la symbolique de la gauche ? Est-ce, par exemple, l’idée de progrès ? Celle de résistance, de changement, voire de révolution ? Il faut l’expliciter, et la confronter au « présentisme » sarkoberlusconien consistant à mobiliser chaque jour l’attention des citoyens autour d’un événement dont il est le protagoniste et même, si possible, le héros. C’est d’autant plus nécessaire que ce culte du présent et de l’urgence correspond aussi à une évolution des modes de vie, une sorte d’« accélération » de la vie quotidienne. En tous cas, la gauche ne peut pas entamer une reconquête populaire si elle ne se construit pas une nouvelle symbolique, à partir de la confrontation de ses valeurs historiques au monde contemporain.

Entretien réalisé par Gael De Santis et Laurent Etre pour L’Humanité des Débats du Samedi 12 Juillet.

(1) Pierre Musso a publié récemment Le sarkoberlusconisme. Éditions de l’Aube, 2008.

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Mardi 15 juillet 2008

communauté : Soutiens à Ségolène Royal
PARIS (Reuters) - Ségolène Royal affirme que la majorité cherche à la faire taire car elle est détentrice d'une "vérité qui dérange".

"(L'attitude de) la majorité consiste à me faire taire en m'insultant", a déclaré la présidente de Poitou-Charentes sur France Inter.

Pour l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle, "on a rarement atteint une telle vulgarité, une telle violence dans les propos de la majorité en place contre un responsable de l'opposition".

"Quand on dénonce des vérités qui dérangent, ceux qui portent ces paroles de vérité sont traités de dérangés et c'est ce qui est en train de se passer", a-t-elle estimé.

"Je ne dépends d'aucune puissance d'argent, d'aucune puissance médiatique, je n'ai jamais rien fait de malhonnête dans ma vie donc je ne suis sujette à aucune pression ou aucun chantage donc cette liberté de parole, elle est totale et je continuerai à l'exercer", a-t-elle poursuivi.

Ségolène Royal a déclenché la semaine dernière des attaques violentes de la part de l'UMP en dénonçant un possible lien entre deux cambriolages de son appartement et ses critiques contre Nicolas Sarkozy et le gouvernement.

Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a déclaré que l'élue socialiste avait "pété un câble" et lui a conseillé de solliciter un soutien psychologique. Un autre porte-parole du parti majoritaire, Dominique Paillé, a parlé d'"insinuations calomnieuses".

Ségolène Royal a indiqué qu'elle ne comptait pas porter plainte pour diffamation "parce que sinon c'est tous les jours, je ne voudrais pas encombrer les prétoires".

Elle a ajouté ne pas vouloir entretenir le "feuilleton" sur les cambriolages dont elle a été victime, qui font l'objet d'une enquête.

"J'ai simplement souligné qu'il y avait une drôle de coïncidence et que ça faisait deux fois, sans parler du vol des ordinateurs de plusieurs de mes collaborateurs et amis", a-t-elle dit.

Sur RTL, le ministre de la Défense Hervé Morin a considéré que la présidente de Poitou-Charentes cherchait avant tout à se faire remarquer.

"Ça fait 15 jours que Ségolène Royal essaie de se faire remarquer. La semaine dernière c'était son appartement, la semaine d'avant c'était je ne sais quoi, ça embarrasse tellement ses partenaires et ses collègues socialistes qu'ils ne savent plus quoi dire d'ailleurs", a-t-il déclaré.

Elizabeth Pineau - Agence Reuters - 15 juillet 2008

publié dans : Ce que SEGOLENE a dit sur...
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Mardi 15 juillet 2008

"La situation des finances publiques est très dégradée. A part la Grèce, la France est le plus mauvais élève de l'Europe. La Cour des comptes, peu suspecte d'un quelconque jugement politique, rappelle que le pire a été atteint en 2004 mais précise que les comptes publics se sont de nouveau très nettement dégradés en 2007. Tout indique que cette dégradation va durer. L'an dernier, le déficit public s'est creusé et la dette publique a augmenté alors que la croissance (+ 2,1%) a été conforme aux prévisions gouvernementales. Il y a eu 20 milliards d'euros de recettes en plus. 14 de ces 20 milliards ont été dépensés en cadeaux fiscaux ! Cette année, la croissance devrait être bien inférieure à celle de 2007 mais rien n'est fait pour améliorer les recettes ou pour diminuer les dépenses. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite appliqué avec une certaine brutalité - je pense à l'éducation nationale et aux forces armées -, rapportera moins de 400 millions par an. Or c'est en milliards que se chiffre le déficit de l'Etat.

Nicolas Sarkozy conduit à crédit une politique inconséquente, inefficace et injuste. Inconséquente, car le gouvernement dépense un argent qu'il n'a pas. Les jeunes générations en feront les frais : elles devront payer la facture du sarkozysme en remboursant sa dette. Cette politique est aussi inefficace : en 2008, le pouvoir d'achat progressera moins vite qu'en 2007 et la croissance sera plus faible. C'est une politique injuste car ceux de nos concitoyens qui souffrent le plus de l'inflation bénéficient le moins des décisions prises, en particulier des baisses d'impôt.

La gauche, si elle était au pouvoir, devrait s'attaquer au redressement des finances publiques, faute de quoi elle ne pourrait pas conduire les politiques volontaristes qui s'imposent. Pour tenir le cap de 2012, Nicolas Sarkozy devrait, lui, revenir sur ses cadeaux fiscaux. A mon avis, il n'aura ni cette lucidité ni ce courage."

Propos de Jérôme Cahuzac, député PS du Lot et Garonne, recueillis dans Le Monde - 14 juillet 2008


publié dans : la présidence de(s) Sarkozy
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Lundi 14 juillet 2008

L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a dénoncé lundi "l'intolérable épreuve" imposée aux soldats français de défiler pour le 14 juillet devant le "dictateur" syrien Bachar al-Assad.

"Je dénonce l'intolérable épreuve infligée à tous les Français et à nos forces armées républicaines contraintes de défiler devant la présence inadmissible de Bachar al-Assad, présent à la tribune officielle du 14 juillet, jour de fête pour les libertés républicaines", a déclaré Mme Royal à l'AFP.

"Après la visite de Kadhafi, un autre dictateur retrouve ainsi une crédibilité internationale sans aucune contre-partie: ni regret pour les soldats français massacrés au Drakkar, ni Tribunal international pour l'assassinat de Rafic Hariri, ni reconnaissance de la souveraineté du Liban", a-t-elle ajouté.

"Je suis convaincue que ni le Général de Gaulle, ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac n'auraient laissé la France payer ce prix d'une mise en scène humiliante", conclut la présidente de la région Poitou-Charentes.

AFP - 14 juillet 2008

publié dans : Ce que SEGOLENE a dit sur...
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Lundi 14 juillet 2008

Depuis vingt-cinq ans, la crise sociale s'incarne à travers ses banlieues populaires et quelques dizaines de villes comme Clichy-sous-Bois, Argenteuil, Vaulx-en-Velin ou Vénissieux, entrées dans l'imaginaire collectif après des émeutes ou des épisodes de violences. Autant de territoires qui symbolisent les tensions sociales, politiques, voire ethniques, de la société française. Autant de "quartiers sensibles" pour lesquels rien n'indique, malheureusement, une sortie rapide du marasme.

Mais cette crise des banlieues en masque une autre : celle qui se prépare, en silence, dans la "grande banlieue" pavillonnaire, au milieu des champs, dans les lotissements "low cost" qui ont poussé comme des champignons à distance des grandes agglomérations. Avec la hausse de l'immobilier, ces espaces, qui illustrent la tendance historique à l'"étalement urbain", ont servi de refuge aux classes populaires et moyennes soucieuses d'accéder à la propriété individuelle. La conjonction des crises pétrolière et immobilière laisse craindre une profonde fragilisation de ces territoires.

1) Les gains réalisés sur le prix du foncier, donc de l'immobilier, risquent de disparaître à cause de l'explosion des coûts de transport dans des territoires où le recours à la voiture est indispensable. D'où des difficultés économiques évidentes pour les familles.

2) Dans le contexte actuel, ces territoires perdent ainsi une bonne part de leur attractivité, ce qui les place en première ligne face à une éventuelle baisse de l'immobilier. D'où un risque de diminution amplifiée des prix.

3) Comme ils sont endettés sur une longue durée (vingt-cinq ou trente ans), ces ménages remboursent essentiellement, les premières années, les intérêts de l'emprunt et seulement une part réduite du capital. D'où une fragilité exacerbée face à l'évolution du marché immobilier.

Ce dernier aspect est une véritable bombe à retardement dans l'hypothèse d'une baisse significative de l'immobilier. Soit parce que ces familles pourraient être amenées à revendre leur bien à perte, avec des conséquences néfastes en termes d'endettement. Soit parce qu'elles subiraient une forme d'"assignation à résidence" : le temps de rembourser une partie suffisante du capital ou d'espérer une remontée de l'immobilier, elles se verraient interdire tout projet de mobilité.

Le piège se referme donc sur ces catégories sociales, engluées dans leur parcours résidentiel, ramenées à ce qui définit le mieux les classes populaires (l'absence de choix) et les classes moyennes (la peur de la relégation dans la strate sociale inférieure). On peut certes se rassurer en estimant que les effets de cette crise des banlieues lointaines seront probablement moins spectaculaires que dans les "grands ensembles", où les tensions sociales se télescopent avec les problèmes d'éducation, d'immigration et de jeunesse. Pas de voitures brûlées, donc. Ni d'épisodes de violences collectives.

La colère risque plutôt de trouver un débouché électoral. Car il est un enseignement du séisme du premier tour de la présidentielle de 2002 sans doute oublié trop rapidement. Dans leur analyse sur le vote Le Pen, des chercheurs, comme Jérôme Fourquet ou Hervé Le Bras, avaient mis en évidence l'importance des zones périurbaines dans la progression du Front national. Lequel avait obtenu d'excellents résultats dans les territoires compris entre 20 et 50 km des centres-villes. Une population que Nicolas Sarkozy avait réussi à arracher au vote protestataire en 2007. Une population qui pourrait être tentée d'exprimer à nouveau, sous une forme ou sous une autre, son ressentiment face à l'effritement de ses rêves de propriétaire et à l'impuissance du politique. Rendez-vous dès 2009 avec les élections européennes...

Luc Bronner dans Le Monde - 14 juillet 2008

publié dans : ARTICLES & REVUE DE PRESSE
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Dimanche 13 juillet 2008

Et ça continue ! La mainmise du clan Sarkozy sur la France ne s’arrête pas aux médias, aux groupes industriels et aux cadeaux fiscaux pour une bande de privilégiés. Voilà maintenant que même l’armée fait les frais d’un chef de l’État, incapable de tolérer la moindre critique.

Nicolas Sarkozy a lancé une enquête non-officielle pour connaître le nom des officiers supérieurs qui avaient signé une tribune dans la presse, sous le pseudonyme de Surcouf. Leur tort ? Être déçus du Livre blanc sur la défense et reprocher à l’exécutif d’avoir trop peu consulté les militaires, pourtant les principaux concernés. L’expression anonyme, voilà le seul moyen que ces officiers avaient pour se faire entendre, jugeant la situation trop inquiétante pour continuer de se taire.

"Amateurisme des propositions", portant la marque de "lubies insuffisamment étudiées" : la critique était juste, la critique mettait le doigt là où ça faisait mal.  Le Livre blanc a fait le choix de renforcer les programmes d’équipement, en négligeant totalement le facteur humain (54 000 suppressions d’emplois). "Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d’hypothétiques innovations technologiques et organisationnelle. Il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l’efficacité de l’instrument militaire", écrivent ces officiers clairvoyants.

Aux nombreuses insuffisances dont souffre le Livre blanc, s’ajoute l’abandon des territoires frappés par ces coupes sombres. La Défense n’a pas pour but premier d’aménager les régions, soit. Mais les implantations militaires participent au dynamisme des territoires. On ne peut fermer des régiments sans se demander ce que deviendront les nombreuses villes qui vivent de la présence de l’armée.

Ce sont justement les pratiques autistes et centralisatrices d’un pouvoir aveugle aux réels besoin de la France qui ont forcé les officier inquiets de Surcouf à s’exprimer anonymement dans la presse. Aujourd’hui, ils sont poursuivis par des chiens de chasse qui devraient traquer d’autres lièvres.

Et voilà que Nicolas Sarkozy jette une nouvelle injure à la face des forces armées en leur imposant la présence, lors du défilé du 14 juillet, du président syrien Bachar El Assad. Responsable de l’attentat du Drakkar à Beyrouth en 1983 qui avait coûté la vie de 58 parachutistes français, la Syrie ne s’est jamais excusée à ce jour.

Communiqué de Ségolène Royal - 10 juillet 2008

publié dans : Ce que SEGOLENE a dit sur...
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