lors que des soupçons de délits d'initiés ébranlent à nouveau EADS,
les interrogations se multiplient sur le rôle de l'Etat et son degré de connaissance des problèmes de l'A380 qui ont déstabilisé le groupe franco-allemand dès juin 2006. La question est d'autant
plus justifiée que les intérêts français dans ce groupe, à savoir la participation de l'Etat et celle de Lagardère, sont regroupés dans une structure commune, la Sogeade. Or c'est elle qui a
autorisé la vente des 7,5 % d'actions Lagardère en avril 2006.
Le 3 avril 2006, cette société, présidée par Philippe Pontet, représentant l'Etat, se réunissait pour se prononcer sur la décision de Lagardère et de DaimlerChrysler de réduire chacun leur participation dans EADS. Ces désengagements partiels envisagés depuis longtemps sont alors menés simultanément afin que les pôles allemands et français conservent le même poids.
Selon les minutes du conseil qui rassemble autant d'administrateurs de l'Etat que de Lagardère, le débat a été technique. D'entrée de jeu les représentants de l'Etat ont fait savoir qu'ils ne feraient pas jouer leur droit de préemption. La discussion a ensuite porté sur la façon d'informer le marché de cette opération et sur l'évolution du dispositif de contrôle du groupe avec ce retrait progressif. A aucun moment un administrateur ne s'est interrogé sur l'opportunité du moment choisi pour réaliser cette cession. Il est vrai que le titre EADS atteignait des niveaux records dépassant les 30 euros.
Le président de la Sogeade, M. Pontet a néanmoins insisté "sur la nécessité que ce mouvement d'actionnaires ne soit pas interprété comme un acte de défiance vis-à-vis d'EADS qui rentre, et notamment Airbus, dans une phase plus agitée". Cette remarque n'a pas semblé susciter de débats puisque, selon le compte rendu, "personne ne demandant plus la parole, le président invite le conseil à voter sur les projets de résolutions". L'opération de cession était annoncée le lendemain.
Le texte ne mentionne aucune déclaration d'administrateur exprimant son intention de s'abstenir ou de voter contre le projet. Implicitement l'Etat aurait donc approuvé ce désengagement, nuançant donc la position de Thierry Breton. Ce dernier, alors ministre de l'économie et des finances, a souligné que "par le pacte d'actionnaires, l'Etat n'avait ni à autoriser ni à empêcher la vente d'actions d'autres actionnaires, qui étaient totalement libres de leur stratégie. Il est donc faux de dire que l'Etat a autorisé cette opération." (Le Monde du 4 octobre).
MOINS-VALUE POUR LA CDC
Si le délit d'initiés se confirme dans les prochains mois, les pouvoirs publics seront face à un autre problème, cette fois face à la Caisse des dépôts et consignations (CDC). C'est en effet cet établissement public qui a repris une partie des titres EADS (2,25 %) cédés par Lagardère, actions qui ne valent plus aujourd'hui que 20 euros. Elle a déjà provisionné 126 millions d'euros pour la moins-value enregistrée lors de cette opération.
Même si la CDC est indépendante dans sa gestion, il sera difficile à l'Etat de justifier son absence de mise en garde auprès de cet établissement qui gère des fonds publics. La CDC a réaffirmé, mercredi 3 octobre, qu'elle se joindrait à d'éventuelles procédures en justice engagées en cas de délits d'initiés.
Face à ces accusations, la ministre de l'économie, Christine Lagarde, a reconnu que "les services du ministère avaient bien recommandé, en janvier 2006, la diminution de la participation de l'Etat dans EADS compte tenu des niveaux de valorisation atteints." "Cette recommandation se fondait uniquement sur des considérations financières, et ne faisait aucunement mention, ni des retards de l'A380, ni de quelconques difficultés opérationnelles du groupe", a ajouté la ministre. Cette recommandation n'a pas été suivie par M. Breton, ministre de l'économie à l'époque, "en raison du caractère stratégique de l'entreprise".
La note préliminaire transmise par l'AMF à la justice a aussi été évoquée au conseil de la Sogeade qui s'est tenu mercredi 3 octobre. Les représentants de l'Etat auraient manifesté une certaine émotion et ceux de Lagardère auraient réaffirmé que les opérations de vente de titres en avril 2006 ont été faites dans la transparence et sans délit d'initiés.
Prévu depuis plusieurs semaines, le conseil vise à préparer la modification des statuts permettant de porter Arnaud Lagardère à la présidence de cette société, en remplacement de Philippe Pontet.
Cette transformation résulte de la suppression, en juillet, de la direction bicéphale du groupe d'aéronautique et de défense. Mais évidemment, dans le contexte actuel, cette réorganisation passe au second plan.
L'ex-patron Noël Forgeard et ses complices n'en avaient donc pas assez de leurs millions d'Euros
d'indemnité de licenciement. Malgré une gestion calamiteuse, les retards du projet A320, les 10.000 emplois supprimés (c'est la rigueur, c'est la faillite ma bonne dame !) et la fermeture de
trois sites, les très prévoyants dirigeants du groupe n'ont pas hésité à vendre leurs stocks d'actions EADS avant d'annoncer les mauvaises nouvelles et de faire chuter les cours. Ça s'appelle un
délit d'initié et ça peut conduire aux quartiers VIP de la prison de la Santé.
Évidemment après de si troublantes révélations c'est le plan Power 8 de
licenciements massifs et de rigueur salariale qui perd un peu de son crédit chez Airbus. Allez maintenant convaincre ces péquenots d'ouvriers et d'ingénieurs que cet habile stratagème a été
élaboré dans leur intérêt. "Après tout c'est un peu de leur faute, ils n'avaient qu'à naître riche", comme on dit au Medef ou à l'UMP. Et puis ce n'est pas parce qu'on n'est pas responsable de la
faillite qu'on ne doit pas payer les pots cassés.