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Dimanche 17 septembre 2006

Par David REVAULT D'ALLONNES LIBERATION: Samedi 16 septembre 2006 - 06:00

Professeur de sciences politiques à l'université Lille-II, Frédéric Sawicki a consacré l'essentiel de ses recherches au Parti socialiste (1). Il met en évidence la difficulté du parti à renouveler ses cadres et ses orientations politiques, et replace dans ce contexte le «phénomène Ségolène».

Quelle dynamique interne rend possible l'ascension de Ségolène Royal face aux éléphants ?

La grande innovation, c'est que, pour la première fois, quelqu'un qui n'a jamais occupé de fonction importante au sein du parti est en passe de l'emporter. Les ralliements à Ségolène Royal sont le fruit d'un blocage des postes et d'une crise générationnelle du PS. A l'intérieur du parti, l'accès aux responsabilités, en particulier aux fonctions électives, est monopolisé par des gens rentrés au parti avant 1981. La seule réponse apportée à cette situation a été la parité, qui n'a d'ailleurs pas vraiment entraîné un renouvellement du personnel politique : les femmes ne constituent aujourd'hui qu'un quart des parlementaires socialistes... Se rallient donc à Ségolène Royal des gens écartés des postes à responsabilités dans les ministères sous Jospin, à la tête du parti ou dans les grandes villes. Ils ont envie qu'on donne sa chance à une autre génération.

Comment analyser la spectaculaire influence des sondages dans le processus de désignation ?

 Le fait que les dirigeants socialistes regardent les sondages pour se déterminer n'est pas neuf. En 1995, Lionel Jospin, opposé à Henri Emmanuelli, avait mis en avant sa meilleure image dans l'opinion et des sondages le présentant comme un présidentiable plus crédible. Si de plus en plus de gens au PS accordent aujourd'hui une attention déterminante aux sondages, c'est parce que l'identité du PS est totalement brouillée : les orientations idéologiques des différents candidats sont largement interchangeables. En dehors de leurs personnalités, rien ne sépare vraiment les candidats déclarés. Par exemple, Laurent Fabius entend aujourd'hui incarner la gauche du PS, alors qu'il y a cinq ans, à Bercy, il préconisait une politique économique plutôt libérale, à coups de baisse d'impôts, de privatisation des entreprises publiques et de mise en place d'une épargne salariale en matière de retraite... Les militants, et un certain nombre d'élus, ne sont pas amnésiques. Personne ne croit vraiment que les uns sont plus à gauche ou à droite que les autres. Ce qui laisse la place à des critères personnels. Et quoi de mieux que des sondages pour départager les candidats en lice ? L'arbitrage par les sondages n'est pas le plus irrationnel qui soit, dès lors que les courants ne sont plus que des écuries rassemblées autour de personnalités.

Le poids des sondages serait donc la manifestation d'une crise du Parti socialiste ?

La perméabilité croissante des membres du PS aux sondages est le signe d'un discrédit des dirigeants en place. Si les candidats sont interchangeables, autant prendre celui qui a le plus de chances... Vis-à-vis des nouveaux adhérents ou d'un certain nombre de militants fatigués, Ségolène Royal incarne une certaine forme de virginité partisane. On lui prête, à tort ou à raison, une constance. Elle donne l'impression d'être sincère : elle dit ce qu'elle pense des 35 heures ou de Blair. Les ralliements à Ségolène Royal sont avant tout le produit du scepticisme généralisé vis-à-vis des éléphants socialistes. Tandis que Ségolène Royal cherche à se démarquer de ses concurrents, en allant jusqu'à jouer en marge du PS, Lionel Jospin, lui, se pose en garant de la culture du parti... Quand Lionel Jospin se présente comme le candidat du parti, il s'efforce de mobiliser les principaux responsables en agitant un chiffon rouge : «Ségolène risque, si elle est élue, d'être incontrôlable, de ne pas renvoyer l'ascenseur au parti. Le PS risque d'être marginalisé, transformé dans ses structures, avec la mise en place d'une démocratie d'opinion.» Son message subliminal, c'est un peu : «Avec moi, vous savez ce qu'il en est. Je ferai appel à des socialistes éminents au gouvernement, je gouvernerai en concertation avec le parti. N'ayez crainte.» Evoquer la fidélité au parti, c'est aussi jouer le maintien des positions et des équilibres acquis.

Quel impact auront les nouveaux adhérents ?

Au Parti socialiste, avant cette vague de 80 000 adhésions, on avait 120 000 adhérents, avec des sections qui fonctionnaient de plus en plus en vase clos et qui ne se renouvelaient pas. Personne n'avait vraiment intérêt à faire entrer de nouveaux adhérents, qui risquaient de bouleverser les équilibres locaux et de menacer les processus d'investiture aux élections. Les nouveaux venus, eux, ne sont pas dans les relations traditionnelles d'échange et de fidélité avec les secrétaires de section et les élus locaux. Leur préoccupation numéro 1, c'est d'abord que Sarkozy ne soit pas élu. Cela casse complètement les logiques habituelles à l'intérieur du PS : les élus locaux ne maîtrisent plus les votes des adhérents. Mais attention : les socialistes sont quand même experts en matière de contrôle des votes...

(1) A lire : les Réseaux du PS. Sociologie d'un milieu partisan (Belin, 1997) et la Société des socialistes. Le PS aujourd'hui (avec Rémi Lefebvre, éditions du Croquant, à paraître en octobre).

Dimanche 17 septembre 2006

L'emprise de Ségolène Royal sur le Parti socialiste s'étend.

Soutenue par les sondages, la candidate à l'investiture du PS pour 2007 a gagné en quelques semaines des "parts de marché" non négligeables : 30 premiers secrétaires fédéraux sur 102 l'ont rejointe en septembre ainsi que sept présidents de région sur 21, 20 députés sur 140 - sans compter le soutien appuyé du président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault -, 12 sénateurs sur 96, et trois députés européens sur 31.

"On est excessivement sereins pour la suite", assure Eugène Caselli, premier secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône, la plus importante à ce jour à avoir fait son "coming out" en faveur de Mme Royal. Membre du "conseil d'animation politique" de la candidate, M. Caselli annonce "une prochaine vague de ralliements juste avant le dépôt des candidatures" fixé au 3 octobre.

Mais l'appareil socialiste résiste encore. Sur les 55 membres qui composent le bureau national du PS, une majorité reste hostile à la candidature de la présidente de Poitou-Charentes, même si elle a convaincu 17 responsables.

Lionel Jospin compte ses plus fidèles partisans dans le secrétariat national, le " gouvernement" du PS. Ils occupent tous des postes charnières, à commencer par Daniel Vaillant, chargé des relations avec les syndicats. Pour ce dernier, interrogé vendredi 15 septembre sur la radio RCJ, M. Jospin n'a "jamais été aussi près" d'annoncer sa candidature.

A la veille de la confrontation des présidentiables du PS organisée, samedi matin 16 septembre, à Lens, huit députés européens, dont Bernard Poignant, le président du groupe, ont lancé un appel en faveur de l'ancien premier ministre intitulé "Jospin, héritier de l'avenir". "Nous savons combien les choix de politique intérieure sont de moins en moins déconnectés des choix et des responsabilités à l'extérieur", écrivent-ils après avoir passé en revue les grands problèmes du monde. "C'est pourquoi, ajoutent les signataires, aujourd'hui plus qu'hier, la charge présidentielle nécessite davantage "d'à propos" que "d'à peu près", des principes et une indispensable rigueur de la pensée, une vision claire des enjeux internationaux."

"ETAPE INTERMÉDIAIRE"

 Le camp de Dominique Strauss-Kahn n'est pas en reste. Il a aligné, le même jour, une liste de 22 parlementaires socialistes, députés et sénateurs, appelant à le soutenir pour "changer la vie de millions de concitoyens".

Présente elle aussi à Lens, Martine Aubry, dont la candidature demeure très hypothétique, en appelle à François Hollande, dans un entretien publié par le quotidien Nord-Eclair samedi. Elle demande au premier secrétaire d'organiser une "étape intermédiaire" avant le premier tour du vote des militants prévu le 16 novembre. La maire de Lille demande ainsi au premier secrétaire du PS de réunir "autour d'une même table" tous les candidats pour arbitrer la compétition.

Mme Royal a aussitôt annoncé la réunion, mardi 19 septembre, dans la salle des fêtes de la mairie de Bondy (Seine-Saint-Denis) de "350 représentants des comités locaux Désirs d'avenir", du nom de son association de campagne, de " 250 personnes-ressources", terme qu'elle a choisi pour désigner les experts qui travaillent pour elle, et des membres de son "conseil politique". La candidate veut lancer deux "débats participatifs" : "Comment réaliser la promesse républicaine d'égalité éducative ?" et "comment préparer la France et l'Europe à l'après-pétrole ?" Ce dispositif est avant tout sa réponse au parti. "L'appareil est complètement contourné par les militants et par les élus qui sont proches de leurs concitoyens, va jusqu'à affirmer M. Caselli. L'appareil ne jouera pas de rôle. C'est une nouveauté, mais c'est une réalité."

Il reste tout de même un "marais", assez vaste, qui ne s'est pas encore prononcé, des élus et des cadres qui jugent prudent d'attendre de connaître le nom des finalistes. D'autres, comme le maire de Paris, Bertrand Delanoë - dans le cas, pour ce dernier, où M. Jospin ne se présenterait pas -, pourraient ne pas afficher de préférence du tout...

Isabelle Mandraud (LE MONDE | 16.09.06 | 15h06)


 

Sondages atones pour Lionel Jospin

L'offensive médiatique que Lionel Jospin a enclenchée depuis l'université d'été du PS à La Rochelle n'a suscité - pour l'instant - aucun frémissement en sa faveur dans les enquêtes d'opinion. Après avoir accordé un long entretien au Parisien du 6 septembre, l'ancien premier ministre est intervenu successivement sur France 3, France Inter et RMC-Info. Dimanche 17 septembre, au lendemain de sa prestation lensoise, il doit être l'invité du "Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI". Un sondage IFOP, réalisé du 31 août au 8 septembre auprès de 621 sympathisants socialistes, et publié dans Le Journal du dimanche du 10 septembre, ne le créditait que de 15 % des intentions de vote, soit un point de plus qu'en juin. Selon une enquête Ipsos, réalisée du 1er au 9 septembre auprès de 530 sympathisants du PS et publiée dans Le Point du 14 septembre, M. Jospin n'obtenait que 16 % des intentions de vote, soit un point de moins qu'à la fin août... et 40 points derrière Ségolène Royal (56 %, + 4). Selon Ipsos, 56 % des socialistes estimaient même que "les chances de la gauche de gagner l'élection se réduiraient" si M. Jospin était investi.

 

Dimanche 17 septembre 2006

La présidentiable socialiste Ségolène Royal s'est rendue samedi à Madrid pour participer à un débat organisé par le PSOE, au cours duquel elle a rencontré le Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero.

Participant à un débat sur l'égalité organisé par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), elle a estimé que l'Europe devait désormais suivre le "modèle espagnol" en matière de parité entre hommes et femmes, un axe privilégié de la politique menée depuis deux ans par le gouvernement Zapatero. "Avant, on parlait du modèle scandinave, maintenant il faut rendre hommage au modèle espagnol" sur lequel "nous avons l'obligation de nous aligner" a dit Mme Royale, qualifiée de "vedette politique" de la journée par les médias audiovisuels locaux.

A l'issue de son entretien d'une heure avec M. Zapatero, qui a également porté sur l'Europe et le dialogue euro-méditerranéen, elle a souligné la "nécessité absolue de maîtriser les flux migratoires", un sujet qui préoccupe l'Espagne, confrontée aux arrivées massives de clandestins africains aux Canaries. Elle a noté à ce sujet la "faible coopération" entre la France, l'Espagne et l'Italie pour contrôler les arrivées de clandestins sur le plan maritime, mais aussi pour coordonner des politiques de co-développement en Afrique.

Après Romano Prodi mardi, Mme Royal mettait fin avec M. Zapatero à une tournée axée, hormis l'étape obligée de Bruxelles, sur une Europe du sud gouvernée par une gauche pragmatique et qui vient de s'engager militairement au Liban pour y garantir la paix dans le cadre des Nations unies. Elle a souligné samedi soir, en réponse à une question sur son expérience à l'étranger, qu'elle avait "été invitée et n'était pas allée tirer les sonnettes pour (se) donner une stature internationale".

AP

Vendredi 15 septembre 2006

Ségolène Royal veut faire de la France "le pays de l'excellence environnementale"

Venue en gare de Poitiers lancer la toute première expérimentation de TER fonctionnant avec 30% de diester, Ségolène Royal a promis jeudi que si elle était "en situation en 2007" la France deviendrait "le pays de l'excellence environnementale".

"Si des décisions rapides étaient prises dans le domaine de la fiscalité écologique, la France pourrait monter plus vite en puissance sur le plan environnemental", a estimé l'ancienne ministre de l'Environnement.

"L'après-pétrole est en marche", a-t-elle rappelé, dénonçant au passage "l'insupportable écart entre le discours gouvernemental à propos d'environnement et la réalité".

Début 2007, huit trains express régionaux (TER) utilisant 30% de biocarburants devraient circuler dans la région Poitou-Charentes, qu'elle préside depuis mars 2004.

"Ce sont dans les éco-industries qu'il y a les emplois du futur", a-t-elle affirmé. Mais pas question de s'arrêter en si bon chemin. Ségolène Royal a aussi fait valoir que sa région était "en train de construire le premier 'lycée Kyoto' d'Europe, qui fonctionnera avec zéro énergie fossile et qui produira plus d'énergie qu'il n'en consomme".

AP

Vendredi 15 septembre 2006

Immigration : il faudra coopérer avec l’Italie et l’Espagne

« France, Italie, Espagne : nous sommes tous confrontés à une immigration en provenance d'Afrique et nous devons mettre en place des coopérations, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et en même temps, penser les problèmes de co-développement avec l'Afrique de façon coordonnée. On ne règlera pas l'émigration de la misère en laissant de côté la question du co-développement. Nous allons nous y mettre même si nous ne sommes pas encore aux responsabilités. J'ai pris des contacts sur place parce qu'il faut lier à la fois la réglementation, la fermeté indispensable de cette règlementation pour maîtriser les flux migratoires : qu'elle soit cohérente dans nos pays méditerranéens, et en même temps changer de façon très, très forte les politiques de co-développement. »

Squat de Cachan :

« J’ai dénoncé des méthodes brutales qui devant les caméras, humilient les personnes. Je crois que ces questions doivent être réglées au cas par cas, qu'on ne doit pas le faire de façon dérisoire ou méprisante, comme l'a fait le ministre de l'Intérieur à l'égard du maire de Cachan. Aller sur place ? Pourquoi pas. Ma posture, ça n'est pas d'aller exploiter les difficultés ou la misère des gens avec des caméras. En revanche, lorsque j'ai eu à régler les problèmes des sans-papiers dans ma région, je l'ai fait de façon non publique en liaison directe avec le Préfet. Nous avons réglé un certain nombre de cas extrêmement difficiles : c'est ma responsabilité d'agir de cette façon-là. »

Retraites:

Il y a un chantier d'harmonisation à conduire dans le système de réforme des retraites. « La question des retraites n'est pas réglée puisque la Loi Fillon n'est pas financée. Si les Français nous font confiance en 2007, nous aurons ce problème-là à régler. Nous devons le faire non pas en dénonçant du doigt un certain nombre de catégories en dressant les Français les uns contre les autres, mais en ouvrant - comme le dit le projet socialiste - une consultation générale avec les organisations syndicales, qui permettra à la fois de résoudre un certain nombre d'inégalités, en particulier le pouvoir d'achat des petites retraites, de regarder où l'on peut trouver un certain nombre de financements, et surtout - je l'espère - de relancer la croissance parce que c'est là que se trouve la clef du financement des acquis sociaux et des protections sociales, en général. Il y a un chantier d'harmonisation à conduire dans le système de réforme des retraites. Il y a dans notre pays, des inégalités bien plus criantes que celles-ci. On ne peut réformer un sujet aussi difficile que les retraites en clouant au pilori un service public, une entreprise publique et les salariés qui ont des acquis sociaux depuis longtemps. »

Mercredi 13 septembre 2006

BRUXELLES (Reuters) - Ni "mini-traité" européen, ni mise à l'écart de la Turquie: malgré ses réticences, Ségolène Royal s'est opposée à la vision européenne de Nicolas Sarkozy. La favorite des sondages à gauche pour l'élection présidentielle a rencontré à Bruxelles les présidents de la Commission, José Manuel Barroso, et du Parlement européen, Josep Borrell, cinq jours après la visite du ministre de l'Intérieur.

Ségolène Royal avait annulé les deux conférences de presse prévues après chacun de ces rendez-vous et tout avait été fait pour que cette visite se déroule de manière discrète, comme son entrée par le parking souterrain de la Commission.

Son porte-parole pour les affaires européennes, le député européen Gilles Savary, avait expliqué mardi soir que ce profil bas médiatique était dû au fait que Sarkozy avait précédé à Bruxelles la candidate à la candidature socialiste et qu'elle ne voulait pas répondre "à la hussarde" à son discours. Elle n'a néanmoins pas pu échapper aux journalistes qui l'attendaient à la sortie de sa rencontre avec Borrell et s'est livrée à quelques brefs commentaires dans lesquels elle n'a effectivement pu que répondre au discours de son rival.

Sarkozy propose-t-il de faire entrer en vigueur dès la fin de 2008 un "mini-traité" reprenant l'essentiel des dispositions institutionnelles de la Constitution européenne rejetée par la France - et surtout par l'électorat de gauche - en 2005?

PAS DE "LIBÉRALISME SAUVAGE" "Je crois que c'est une erreur de mettre la réforme des institutions comme préalable à la définition des actions européennes et à la définition d'un avenir pour l'Europe", a-t-elle répondu devant les caméras de télévision.

Il convient, a-t-elle ajouté, de repenser auparavant "l'idéal européen", alors que le président de l'UMP estime qu'il faut des institutions réformées - plus de vote à la majorité, un président stable pour l'UE et un ministre des Affaires étrangères - pour pouvoir gérer l'Europe élargie.

Avant de parler institutions, il faut "lancer des programmes européens, notamment sur la préparation de l'après-pétrole, sur les innovations et les investissements dans la recherche", a expliqué Ségolène Royal en parlant de "créer l'Europe par la preuve". Il s'agit notamment d'"affirmer un contre-modèle social opposé au libéralisme sauvage qui fait qu'aujourd'hui les citoyens d'Europe se sentent menacés par rapport à la mondialisation", a-t-elle souligné. "Et après seulement nous pourrons leur expliquer qu'il faut une réforme des institutions", a-t-elle poursuivi. "Les peuples d'Europe comprendront qu'en unissant nos efforts nous pouvons être plus forts" lorsqu'elle fonctionnera mieux.

Sarkozy dit-il clairement que la Turquie n'a pas sa place dans l'Union européenne et qu'il faut nouer un partenariat privilégié avec ce grand pays musulman pour l'ancrer dans l'UE?

"Toute déclaration brutale comme celle que l'on a entendue rejetant la Turquie aurait des effets désastreux et en même temps, je crois qu'il faut regarder avec réalité la préoccupation qui consiste à dire: (...) il faut que les frontières de l'Europe soient stables mais que des partenariats soient noués", a expliqué Ségolène Royal au Parlement européen.

RÉPONDRE AUX PRÉOCCUPATIONS DES FRANÇAIS

La position n'est donc pas aussi nette que celle de nombreux socialistes, puisqu'elle parle aussi d'un partenariat. "Je crois que dans le débat qui a eu lieu récemment en France la question de la stabilité des frontières en Europe est une question qui fait partie des questions, des préoccupations que les Français se sont posées", a-t-elle estimé.

Sur l'immigration clandestine, en revanche, elle n'est pas très éloignée de la position de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait fustigé les opérations de régularisation réalisées en Italie et en Espagne, qui ont selon lui provoqué un "appel d'air" dont on mesure les conséquences avec l'arrivée massive de candidats aux Canaries ou à Lampedusa.

"Je pense que c'est regrettable", a-t-elle aussi répondu à une question sur ces régularisations réalisées sans aucune concertation avec les autres pays européens, tout en prônant, tout comme Sarkozy, une politique européenne de l'immigration.

Il faut, a-t-elle dit, "maîtriser l'immigration si l'on veut que nos opinions publiques comprennent que le pouvoir politique a un sens et a une efficacité" et aider les pays d'origine. Ces commentaires succincts ne valent pas un discours-programme que son entourage promet pour bientôt. Royal a toutefois tenu à montrer son engagement européen en s'entourant lors de ses rencontres avec Barroso et Borrel de personnalités europhiles, comme Savary lui-même, l'ancien Premier ministre Michel Rocard et Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée sous François Mitterrand.

Mais Rocard a immédiatement modéré son appui. "Je soutiens Dominique Strauss-Kahn", a-t-il dit en souriant. "Je suis là pour afficher le bloc du PS."

Mercredi 13 septembre 2006
A la Fête de l'Unité à Pesaro, où je suis intervenue à l'invitation de Piero Fassino, qui conduit le parti des démocrates de gauche, j'ai été frappée par la chaleur de l'accueil et la mobilisation des militants. La rencontre avec les militants m'a fait mesurer à quel point l'unité de la gauche italienne fut décisive dans la victoire de Romano Prodi en avril dernier. A l'occasion d'une rencontre approfondie avec Massimo d'Alema, nous avons eu un échange sur la situation actuelle au Moyen Orient et sur les perspectives d'avenir de cette région ; j'ai pu constater à cette occasion que nos analyses convergeaient : en particulier l'engagement de l'Italie et de la France dans la FINUL a un impact positif sur la région, qui doit trouver la voie d'une paix durable. Nous avons également évoqué l'ensemble des moyens d'une relance européenne. Le lendemain matin, lors d'un long entretien avec Romano Prodi, nous avons constaté que nous partagions la même conviction de la politique euro-méditerranéenne. Romano Prodi m'a dit : « la politique euroméditerranéenne c'est ma passion mais aussi une priorité ». Je crois, comme lui, que la coopération entre l'Europe et les pays méditerranéens peut jouer un rôle décisif pour le codéveloppement et la maîtrise des flux migratoires. Nous avons reconnu ensemble la nécessité d'une politique énergétique européenne pour faire émerger des champions européens qui manquent aujourd'hui dans le projet de fusion GDF-Suez. Nous devrons en toute hypothèse reprendre l'initiative sur d'autres bases. Romano Prodi a également évoqué la dynamique créée par les primaires organisées par la gauche italienne qui se manifeste encore au bénéfice de l'action de son gouvernement.
Mardi 12 septembre 2006
 
 
Pratiquement la seule personnalité étrangère avec le président des socialistes au Parlement de Strasbourg, l'Allemand Martin Schultz. Mais surtout l'unique représentante du PS français. Du côté de la rue de Solférino, Ségolène Royal a en effet été la seule à recevoir son carton d'invitation à la fête annuelle de L'Unità, organisée par les Démocrates de gauche (DS) à Pesaro, sur la côte Adriatique. «Pourquoi elle ? C'est une importante personnalité politique française, un point c'est tout», a cherché à minimiser le numéro 1 du principal parti de la majorité de centre gauche italienne, Piero Fassino, tout en souhaitant que son cadeau de bienvenue (une petite statue de Giacomo Rossini, l'enfant du pays) finisse sur le «principal bureau de France». 
 
Porchetta et porcelaine. Lundi soir, la candidate à l'investiture socialiste pour la présidentielle, ravie de l'occasion qui lui était offerte d'épaissir sa stature internationale (elle sera également mercredi à Bruxelles et samedi à Madrid), s'est longuement promenée au milieu des stands de porchetta et de porcelaine locale après avoir pendant plus d'une heure rodé son discours au cours d'un débat public sous le grand chapiteau de la fête.
Devant plus d'un millier de personnes, dans un strict tailleur blanc rayé, la présidente de la région Poitou-Charentes n'a pas raté l'occasion de revenir sur l'incident avec Nolwenn Yven, la militante des Jeunes socialistes, dimanche à Quimperlé (lire ci-contre). Devant un auditoire attentif et très largement conquis à une «candidature féminine», elle a déroulé son argumentaire sur la nécessaire unité de la gauche, en «prenant exemple sur l'Italie». 
Mais Ségolène Royal ne s'est pratiquement pas écartée de ses thèmes traditionnels (même un 11 septembre) : éducation, lutte contre la précarité, sécurité, démocratie participative, amiante, cancer du sein... Elle a précisé au passage que, pour les jeunes délinquants, «toute solution est meilleure que la réclusion». Revenant sur ses déclarations sur «l'encadrement militaire», elle a expliqué avoir «voulu dire qu'il vaut mieux travailler sur un chantier humanitaire encadré par l'armée que de finir en prison». 
«Quelle différence avec les politiciens italiens !, s'enthousiasme la sympathisante des DS Manuela Balducci. Elle parle de questions concrètes. Nos dirigeants ne descendent jamais à ce niveau de problèmes quotidiens. Toutes les femmes du parti la soutiennent.» A Pesaro aussi, le style et les propos de «la Royal» séduisent les militants, qui comprennent mal les «résistances du PS» français. «Elle peut enfoncer une brèche dans le socialisme européen», lancent en choeur Rita et Maria Pia. «Si elle passe, on pourra enfin parler d'un socialisme dans son acceptation féminine.» 
Cacochymes. En retrait, Melchiore Redolfi, secrétaire des DS de Trente, la cinquantaine, ne veut pas non plus entendre parler d'autres candidats : «Jospin, Fabius ? Il faut du renouveau : si elle est élue, cela va bouleverser le rôle de la femme dans la politique européenne.» Alors que les subtilités des batailles internes au PS n'ont pas franchi les Alpes, «la candidate» est assez largement soutenue pour son image de renouveau. D'autant que le pays est encore peuplé de dirigeants cacochymes. «Sa désignation aurait un effet de modernisation extrêmement positif pour nous», assure Michaela Baionim, jeune militante de 23 ans. Même si, hormis Piero Fassino, la plupart des dirigeants des DS n'avaient pas fait hier le déplacement à Pesaro. Ce matin, Ségolène Royal doit rencontrer le chef du gouvernement, Romano Prodi.
 
Par Eric JOZSEF
"Libération" du Mardi 12 septembre 2006

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