Liêm Hoang Ngoc, économiste proche du PS et auteur de Sarkonomics (Grasset), décrypte les propositions de Nicolas Sarkozy pour combattre la « vie chère ».
Liêm Hoang-Ngoc. (Photo nps.national, flickr, cc)
Marianne2.fr : Nicolas Sarkozy a évoqué sa nouvelle mesure ce matin : il propose de doubler en quatre ans les sommes
distribuées au titre de l'intéressement en France, via un crédit d'impôt de 20% pour les entreprises. Est-ce que cette mesure peut vraiment augmenter le pouvoir d'achat des Français ?
Liem Hoang Ngoc : Cette mesure ne peut fonctionner que si les entreprises accroissent leurs profits. Or la part des profits dans le revenu national s'établit déjà à un niveau
historiquement élevé. Il y donc peu de marges de manœuvre pour augmenter le pouvoir d'achat par ce biais. Plus généralement, les propositions de Sarkozy en matière de pouvoir d'achat écartent les
pistes qui conduiraient à modifier le partage du gâteau en faveur des salaires : le « travailler plus pour gagner plus » à travers les heures supplémentaires défiscalisées, les accords
d'intéressement, la concurrence (censée faire baisser les prix)… autant d'artifices pour ne pas aborder la question de la hausse des salaires. En ce qui concerne l'intéressement, rappelons que
seuls 10% des salariés des PME de moins de 50 salariés en bénéficient. Les revenus qui en sont issus ne sont pas soumis à cotisations et sont donc exclus des revenus servant de base de calcul
pour les retraites. Il est paradoxal de dire qu'on veut trouver des ressources pour la sécurité sociale et de maintenir ainsi des niches fiscales qui rendent la politique sociale et fiscale
illisible.
Au plan fiscal, le Président a également écarté toute politique de rigueur…
LHN : Pour les uns seulement. D'un côté, il assure que les nouvelles niches fiscales (comme le paquet fiscal) permettront de relancer la croissance et de réduire les déficits. Mais
lorsqu'il s'agit des dépenses de fonctionnement de l'Etat, celles qui affectent directement le fonctionnement des services publics, il martèle que le non remplacement d'un départ à la retraite
sur deux n'est pas négociable...
En même temps, il met en avant les bons chiffres de la croissance. N'est-ce pas la preuve que sa politique a un effet positif sur l'économie française ?
LHN :Le chiffre de 2,1% pour 2007 (révisant l'estimation précédente de 1,9%) s'explique par le fait que les entreprises allemandes ont reconstitué leur stock au premier trimestre, ce qui a
exercé un effet d'entraînement positif sur la croissance européenne. Mais tous les conjoncturistes sont d'accords sur un point : ça ne va pas durer. Ce chiffre de 2,1% est au demeurant inférieur
à l'hypothèse de 2,5%, initialement retenue pour la loi de finance 2007, d'où le nouveau creusement des déficits publics, (moins de croissance engendre moins de recettes fiscales).
Dans l'ensemble, que reprochez-vous à sa politique économique ?
LHN :Cette intervention à la radio avait manifestement plus pour but de rassurer les Français. Malheureusement, le curseur entre salaires et profits ne bougera pas. Or le retard
d'indexation des salaires sur les prix et sur les gains de productivité, accumulé au cours de ces vingt-cinq dernières années, justifie une hausse générale des salaires. Pour en compenser le «
choc » pour les PME, plutôt que de multiplier les niches fiscales, on pourrait créer un véritable impôt progressif sur les sociétés.


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