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Mardi 8 mai 2007
Serge July07/05/2007   23h18
 
Ségolène Royal dimanche soir a fait un coup, qui en dit long sur son état d'esprit : en parlant la première, elle a voulu squeezer tous les dirigeants socialistes qui s'apprêtaient à déplorer la défaite et à distribuer les bonnets d'âne et entre autres, lui en réserver un paquet. Dans cette course de vitesse, elle a même battu d'une courte tête le vainqueur, Nicolas Sarkozy.
 
Elle aura été la première à commenter les résultats. Manifestement, cette "victoire" là, lui avait rendu le sourire. Les éléphants affichaient tous une gueule de circonstance. Elle, en s'adressant aux Français, à ses électeurs et à ses militants, affichait un sourire extatique tellement à contre-temps, qu'un téléspectateur qui ayant coupé le son de l'écran, aurait pu croire qu'elle venait de l'emporter haut la main.

Au sourire éclatant, elle a ajouté un lapsus on ne peut plus révélateur : elle a parlé "d'autres victoires" à venir, qui semblerait indiquer qu'elle avait non seulement gagné la Présidentielle, la course aux 20 heures, mais qu'elle considérait que sa défaite était à bien des égards, pour elle,  une demie-victoire. La candidate socialiste redoutait un rejet la ramenant à 44% ou 45% comme le prévoyaient les sondages non publiés de samedi dernier. A ce compte-là, elle était éliminée du jeu et renvoyée à Melle, au coeur du Chabichou, avec la perspective d'une reconversion difficile.

Le vote des électeurs, avec un score de l'ordre de 47% (46,94%) proche de celui de Lionel Jospin en 1995 (47,3%), avec 17 millions d'électeurs qui se sont portés sur son nom, a changé la donne pour la candidate socialiste. Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste, où elle entend bien incarner la rénovation. Elle s'est autoproclamée leader de l'opposition, et c'est à ce titre qu'elle a pris des engagements, et qu'elle a lancé la campagne des Législatives. C'est ce qui s'appelle couper le sifflet et les jarrets de ses rivaux socialistes. Le lapsus de sa déclaration "d'autres victoires" visait explicitement la bataille à venir pour le leadership de l'opposition et la bataille des Législatives.

Elle a eu raison d'aller vite : la campagne des Législatives commence lundi prochain avec le dépôt des candidatures, et la bataille promet d'être rude, même si les simulations des instituts de sondages promettent une bipolarisation renforcée entre l'UMP et le PS, avec une probabilité de voir élue à l'Assemblée nationale une chambre bleu horizon. Le PS, qui va devoir défendre ses sièges avec acharnement, ne peut pas se payer une crise avant de repartir en campagne. Les "éléphants", qui ont tout fait pour s'opposer à sa désignation, qui l'ont regardé faire campagne de manière solitaire d'autant plus facilement qu'elle se méfiait d'eux, meurent d'envie de faire un sort au couple infernal Royal-Hollande. Ils  aimeraient se débarrasser des deux dans un même mouvement. Mais coincés par le calendrier des Législatives, ils doivent composer et remettre à plus tard un congrès de tous les dangers, qui pourrait être celui de la fameuse rénovation idéologique et stratégique.

La candidate a réussi à mettre le pied dans la porte de la direction du parti. Tout le monde s'accorde désormais pour une direction collégiale de la campagne, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, François Hollande, les chefs des différents courants et Ségolène Royal. C'est ce qu'elle souhaitait. Elle va de toute évidence se représenter dans les Deux-Sèvres pour revenir au Parlement, parce que c'est la tribune naturelle de tout leader politique, a fortiori de celui qui entend prendre la tête de l'opposition.

Mais surtout, Ségolène Royal va courir de meeting en meeting en jouant la foule socialiste contre l'appareil et les "éléphants" soupçonneux. Elle va faire une campagne de nature référendaire : elle ira partout où les militants le souhaitent, et elle espère bien se faire plébisciter comme le leader naturel du Parti socialiste, afin d'aborder l'heure des règlements de comptes en situation de force. Ce qui ne la dispense pas de réfléchir sur le brouillon que fut sa campagne : face aux bataillons militants, aux foules sympathisantes, elle pourra désormais se "blairiser" sans complexe, puisque c'est dans cette direction social-démocrate qu'elle souhaite s'engager.

Il lui faudra additionner non seulement les meetings, non seulement rassembler les sympathisants et les militants, mais aussi une partie du troupeau d'éléphants, et beaucoup d'éléphanteaux, si elle veut se donner les moyens de gagner. La méthode Sarkozy, à cet égard, est exemplaire. Quiconque prétend s'emparer d'un parti doit la méditer.
Mardi 8 mai 2007

Comment analysez-vous le résultat de la présidentielle ?

J'ai d'abord ressenti une grande tristesse, parce que j'ai pensé à toutes ces femmes, tous ces hommes que nous avons rencontrés pendant toutes ces longues semaines et qui attendaient sans doute autre chose. Plus de justice. Des jeunes surtout qui se sont beaucoup mobilisés et qui ont peur pour leur avenir. (...) Cela dit, il y a une victoire incontestable de Nicolas Sarkozy. Je tiens à la saluer, par tradition républicaine, et aussi comme il se doit.

Qu'est-ce qui va changer déjà au PS ?

C'est notre troisième échec présidentiel. Nous devons nous poser des questions. Pourquoi Sarkozy a gagné ? Il a gagné parce qu'il a d'abord une cohérence idéologique qui ne l'a pas quitté. En allant parfois un peu loin au-delà des limites normales de son discours. Deuxièmement, il a su rassembler toutes les droites. (...) Le succès de Nicolas Sarkozy, et en creux notre échec, c'est d'avoir pratiquement réussi à convaincre une majorité de Français qu'on s'en sortait mieux seul qu'avec d'autres. (...)

Est-ce une responsabilité collective ou du seul François Hollande ?

Chacun va prendre sa part de responsabilités. Le patron du PS les prend lui-même. La guerre des chefs n'aura pas lieu. Nous venons de sortir d'un bureau national où tout le monde était présent. Nous savons que nous avons une responsabilité collective, c'est celle de l'échec. Nous avons une deuxième responsabilité collective, c'est de faire en sorte qu'il y ait le maximum d'élus de gauche à l'Assemblée nationale pour équilibrer les pouvoirs et peut-être aussi pour empêcher un certain nombre de choses, pour bien informer les Français.


N'avez-vous pas un problème de candidate ?

Une élection présidentielle, c'est le rapport entre un homme, une femme et un peuple. Nous avons choisi notre candidate. Nous la connaissions et elle a été cohérente avec ce qu'elle est. Elle a choisi son style, ses priorités, ses idées qui parfois sont en décalage avec certaines des nôtres, parfois en lien avec la société, c'était notre candidate et il fallait la respecter.

Cela la place dans une autre catégorie au PS ?

Aujourd'hui, Ségolène Royal est évidemment une des responsables du Parti socialiste, comme d'autres qui se sont exprimés. Si on accepte de dire que la responsabilité n'est pas la sienne, mais qu'elle est collective, il faut qu'elle accepte, elle aussi, et elle l'acceptera, d'être autour de la table avec nous pour faire comprendre aux Français encore une fois que ce n'est pas l'individualisme, la loi du plus fort, qui régira la société de demain, mais des valeurs d'humanisme, de solidarité qui d'ailleurs nous amènent à aller au-delà de la gauche. Ségolène est maintenant un leader parmi d'autres au PS.

L'orientation vers le centre, avec le recul, vous apparaît-il comme une erreur tactique de Ségolène Royal ?

Non, je ne le crois pas. Elle a bien fait de débattre avec François Bayrou. (...) Nous devons effectivement nous ouvrir à tous ceux qui partagent ces valeurs.

Votre partenaire, n'est-il pas le centre ?

Le centre ne l'accepterait pas à juste titre. C'est s'ouvrir à tous ceux qui sont plus proches de nous. Ce qu'a fait Ségolène Royal allait dans le bon sens. Elle a réuni toute la gauche, sur le plan politique, malheureusement pas suffisamment les Français, parce que, encore une fois, nous n'avons pas montré la modernité, la force de nos valeurs.

Allez-vous proposer des alliances à François Bayrou pour les législatives ?

Il y aura un premier tour avec des candidats qui sont déjà connus et qui iront à la bataille. Ensuite, il faudra regarder circonscription par circonscription. Le choix vient aussi de ceux qui sont au centre.



Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué, Thomas Hugues et Stépane Paoli - LE MONDE | 08.05.07 | 14h17 • Mis à jour le 08.05.07 | 14h17

Mardi 8 mai 2007

RÉTROPÉDALAGE ! Hier en fin de journée, l'heure n'était plus aux bilans et aux règlements de comptes entre socialistes. Place à l'unité ! Le premier bureau national du PS après l'échec de Ségolène Royal à la présidentielle s'est finalement déroulé de manière plus apaisée que les déclarations de dimanche soir et du matin même pouvaient le laisser croire. Après l'annonce du résultat, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, notamment, avaient multiplié les critiques contre la campagne de la candidate socialiste. « Vous m'avez mal compris », a tempéré hier l'ancien premier ministre en arrivant au siège du parti, rue de Solferino.


Après avoir mené une campagne « libre » où elle assurait que « tout dépendait d'elle », Ségolène Royal s'est aussi employée à apaiser les tensions. Alors qu'elle n'est pas membre de la direction du parti, elle est venue assister hier en fin de journée au bureau national du PS. « Notre talisman, c'est l'unité », a-t-elle déclaré en sortant de son bureau, boulevard Saint-Germain, avant de se rendre au PS, rue de Solferino, entourée de ses deux directeurs de campagne François Rebsamen et Jean-Louis Bianco. « Je vais remercier et faire tout ce qu'il faut pour que tout le monde reste uni, c'est très important par rapport aux échéances qui viennent. »


À l'intérieur, Ségolène Royal a été applaudie par les membres de la direction. Selon le directeur de cabinet de François Hollande, Stéphane Le Foll, elle a souhaité que le parti poursuive la réflexion sur les thèmes qu'elle a mis en débat durant les derniers mois, comme la valeur travail et l'ordre juste. Toujours selon Le Foll, elle a dit « rester disponible pour la suite ». À l'issue de la réunion, qu'elle a qualifiée de « chaleureuse », Royal a assuré que le PS allait « s'engager de façon homogène et très unie » dans la préparation des élections législatives.


C'est l'urgence du mois de juin pour le PS : sauver un maximum de députés. Le premier secrétaire, François Hollande, a promis un « nouveau projet législatif ». Il a annoncé qu'il proposerait samedi, lors d'un conseil national, la mise en place d'un fonctionnement « collectif » pour conduire cette campagne. « Le nouveau dispositif donnera une place à Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn ainsi qu'à d'autres », a-t-il assuré. Quel rôle exact aura Ségolène Royal ? Elle « jouera tout son rôle », a dit hier, énigmatique, François Hollande. Si les partisans de Ségolène Royal voient en elle le nouveau leader de la gauche, d'autres ne l'entendent pas ainsi. Sur i-télé, le maire de Lille, Martine Aubry, a considéré que si la défaite était « collective », Royal devait en retour être « un responsable comme un autre ». Dans Sud-Ouest aujourd'hui, le député des Landes Henri Emmanuelli estime que « la candidate a bien sûr sa
place dans le dispositif » pour les législatives, « mais c'est le premier secrétaire qui doit à présent mener la bataille ». Pour maintenir sa position de leader au PS, Royal devra notamment décider si, contrairement à l'engagement qu'elle avait pris, elle se représente dans sa circonscription des Deux-Sèvres.

« Pas trop mal pour un lendemain de défaite »

La question de l'alliance avec le centre a aussi suscité un débat, a rapporté Stéphane Le Foll. « Il ne faut pas se précipiter », a-t-il conclu. Parmi les proches de Royal, certains souhaitent des accords explicites avec l'UDF. Hors de question, répond la gauche du parti.



« Tout cela ne se passe pas trop mal pour un lendemain de défaite », a commenté en sortant Dominique Strauss-Kahn. Il a constaté « avec plaisir que tout le monde pense qu'il faut rénover le PS, chacun avec ses mots, chacun à son rythme ». Même souci d'apaisement chez Laurent Fabius : « Nos électeurs sont déjà déçus par la défaite, si en plus ils voient que le PS se chamaille, ce sera désespérant. Il faut relever le drapeau de la gauche. »


Le ton aurait pu être plus dur. Le matin même, les mêmes étaient montés au créneau. « L'objectif était de conquérir l'Élysée, ce n'était pas de marcher sur Solferino », a commenté Laurent Fabius sur RTL, contestant ainsi la légitimité de Royal à prendre le parti. Il a aussi critiqué l'ouverture vers le centre menée entre les deux tours qui a suscité « une certaine désorientation politique ». « Quand, au bout du compte, on n'est pas clair sur ce qu'on dit aux Français, les Français ne peuvent pas nous suivre », a expliqué l'ancien ministre Dominique Strauss-Kahn, sur Europe 1, avant de prendre quelques exemples tirés de la campagne de Royal comme la réforme des retraites ou la place du nucléaire.


La gauche du PS n'est pas plus amène avec l'ancienne candidate. « Il y a un an, la droite était divisée, à genoux après le rejet du CPE, leur candidat ne faisait pas l'unanimité, nous nous étions rassemblés avec le souvenir du 21 avril », pointe le député européen Benoît Hamon. Pour lui, la gauche vient de connaître une « de ses plus grosses défaites ». « La priorité, ce n'est pas d'organiser un concert pour faire la fête dans quinze jours », raille-t-il en pensant à la « fête du remerciement » annoncée par Royal dimanche soir.


Les partisans de Royal sont aussi prêts au combat. « Je déconseille fortement à Dominique Strauss-Kahn de continuer sur le ton qu'il a employé dimanche soir, a mis en garde le président du groupe à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, un ton de règlement de comptes. » « Rangez vos querelles d'ego dans les poches revolver de vos costards », a ironisé Vincent Peillon sur Canal +. Le député européen a souhaité faire le vide au PS, refusant d'en revenir « à la génération en arrière ». L'avenir, « ce n'est pas François Hollande, c'est tous les autres ».


Face au tumulte, François Hollande avait tenté hier matin un rappel à l'ordre. « Il y a sans doute des décisions à prendre mais là, je ne tolérerai rien », avait-il assuré en martelant que « ça ne tanguera pas » au PS. Mais ce sont d'abord les retours du terrain qui ont convaincu les uns et les autres de lever le pied. Pour l'instant.

NICOLAS BAROTTE et MYRIAM LÉVY. Publié le 08 mai 2007Actualisé le 08 mai 2007 : 07h59 - lefigaro.fr

Mardi 8 mai 2007

 Plusieurs partisans de Ségolène Royal ont plaidé lundi pour une alliance entre l'UDF, les Verts et une gauche "rénovée" avant les législatives, sous la conduite de la candidate socialiste, afin d'offrir, sinon une victoire, à tout le moins "une opposition forte" à l'Assemblée.

Daniel Cohn-Bendit, député Verts européen, Jean-Yves Le Drian, président PS de la région Bretagne, Christiane Taubira, députée PRG de Guyane, l'avocat Jean-Pierre Mignard, proche de Ségolène Royal, sont parmi les signataires d'une tribune publiée dans Libération sous le titre "Non, tout n'est pas perdu". "Ce qui s'est esquissé à chaud, avec des atermoiements et à demi-mot dans la campagne d'entre deux tours de Ségolène Royal, doit être désormais repris, travaillé, prolongé et assumé", la candidate PS étant "la mieux qualifiée pour poursuivre la construction de ce rassemblement nouveau", estiment-ils.

Ils conseillent aux Verts de "sortir de leur culture d'isolement", à la gauche antilibérale de "sortir de l'impasse dans laquelle l'a conduite tout refus pratique de gouvernement" et au Parti socialiste d'"assumer clairement l'option sociale-démocrate". Quant au nouveau parti de François Bayrou, "il ne peut avoir d'espace politique qu'au sein d'une nouvelle alliance avec une gauche elle-même rénovée", selon eux. "La France, affirment-ils, a besoin d'une nouvelle coalition analogue à la coalition italienne de l'Olivier, où chacun trouve sa place". Pour les législatives, à défaut de scrutin proportionnel, ils suggèrent des accords de désistement ou des circonscriptions réservées, jugeant que "les élections législatives peuvent être l'occasion d'une nouvelle mobilisation collective, pourquoi pas victorieuse, au moins capable de constituer une opposition forte".

(belga) in 7sur7.be

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