Au sourire éclatant, elle a ajouté un lapsus on ne peut plus révélateur : elle a parlé "d'autres victoires" à venir, qui semblerait indiquer qu'elle avait non seulement gagné la Présidentielle, la course aux 20 heures, mais qu'elle considérait que sa défaite était à bien des égards, pour elle, une demie-victoire. La candidate socialiste redoutait un rejet la ramenant à 44% ou 45% comme le prévoyaient les sondages non publiés de samedi dernier. A ce compte-là, elle était éliminée du jeu et renvoyée à Melle, au coeur du Chabichou, avec la perspective d'une reconversion difficile.
Le vote des électeurs, avec un score de l'ordre de 47% (46,94%) proche de celui de Lionel Jospin en 1995 (47,3%), avec 17 millions d'électeurs qui se sont portés sur son nom, a changé la donne pour la candidate socialiste. Non seulement, elle ne fait pas ses bagages, mais elle part à la conquête du Parti socialiste, où elle entend bien incarner la rénovation. Elle s'est autoproclamée leader de l'opposition, et c'est à ce titre qu'elle a pris des engagements, et qu'elle a lancé la campagne des Législatives. C'est ce qui s'appelle couper le sifflet et les jarrets de ses rivaux socialistes. Le lapsus de sa déclaration "d'autres victoires" visait explicitement la bataille à venir pour le leadership de l'opposition et la bataille des Législatives.
Elle a eu raison d'aller vite : la campagne des Législatives commence lundi prochain avec le dépôt des candidatures, et la bataille promet d'être rude, même si les simulations des instituts de sondages promettent une bipolarisation renforcée entre l'UMP et le PS, avec une probabilité de voir élue à l'Assemblée nationale une chambre bleu horizon. Le PS, qui va devoir défendre ses sièges avec acharnement, ne peut pas se payer une crise avant de repartir en campagne. Les "éléphants", qui ont tout fait pour s'opposer à sa désignation, qui l'ont regardé faire campagne de manière solitaire d'autant plus facilement qu'elle se méfiait d'eux, meurent d'envie de faire un sort au couple infernal Royal-Hollande. Ils aimeraient se débarrasser des deux dans un même mouvement. Mais coincés par le calendrier des Législatives, ils doivent composer et remettre à plus tard un congrès de tous les dangers, qui pourrait être celui de la fameuse rénovation idéologique et stratégique.
La candidate a réussi à mettre le pied dans la porte de la direction du parti. Tout le monde s'accorde désormais pour une direction collégiale de la campagne, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, François Hollande, les chefs des différents courants et Ségolène Royal. C'est ce qu'elle souhaitait. Elle va de toute évidence se représenter dans les Deux-Sèvres pour revenir au Parlement, parce que c'est la tribune naturelle de tout leader politique, a fortiori de celui qui entend prendre la tête de l'opposition.
Mais surtout, Ségolène Royal va courir de meeting en meeting en jouant la foule socialiste contre l'appareil et les "éléphants" soupçonneux. Elle va faire une campagne de nature référendaire : elle ira partout où les militants le souhaitent, et elle espère bien se faire plébisciter comme le leader naturel du Parti socialiste, afin d'aborder l'heure des règlements de comptes en situation de force. Ce qui ne la dispense pas de réfléchir sur le brouillon que fut sa campagne : face aux bataillons militants, aux foules sympathisantes, elle pourra désormais se "blairiser" sans complexe, puisque c'est dans cette direction social-démocrate qu'elle souhaite s'engager.
Il lui faudra additionner non seulement les meetings, non seulement rassembler les sympathisants et les militants, mais aussi une partie du troupeau d'éléphants, et beaucoup d'éléphanteaux, si elle veut se donner les moyens de gagner. La méthode Sarkozy, à cet égard, est exemplaire. Quiconque prétend s'emparer d'un parti doit la méditer.