Tournée marathon hier de Ségolène Royal pour soutenir les candidats PS.
Par David REVAULT D'ALLONNES
QUOTIDIEN : vendredi 1 juin 2007
Ségolène Royal, le retour. La candidate défaite a repris la route électorale, hier, pour une tournée marathon entre Rhône, Ardèche et Alpes-de-Haute-Provence. Avec un double objectif : soutenir les candidats aux législatives et se repositionner sur le devant de la scène.
9 heures, à bord du «King Size R»
Ses projets restent à affiner, mais ses ambitions demeurent. «Des stratégies nouvelles sont à inventer.» Dans le petit jet Beechcraft qui l'emmène à Lyon, la finaliste de la présidentielle s'interroge. Certes, elle assure refuser une «logique de congrès» et «l'instrumentalisation» de sa personne que viseraient certains camarades. Mais le parti est bien dans sa ligne de mire. «L'alternance en 2012» nécessite un «dépassement» du PS, explique Royal, qui nourrit «l'ambition d'en faire un parti de masse en déclenchant une nouvelle vague d'adhésions». Notamment auprès des «jeunes des quartiers». Entre «système verrouillé» et «haines recuites», elle pointe les carences du parti : «Ce qui a pesé, c'est le manque de clarté sur les orientations politiques. Comment le Smic à 1 500 euros a-t-il pu être moins crédible que "travailler plus pour gagner plus" ?» Et de s'offrir une nouvelle fois les éléphants, qui «auraient pu réfléchir s'ils s'entendaient entre eux». Avant de revisiter le feuilleton de la campagne : «Un projet sans candidat, une bataille de désignation, la construction d'un programme présidentiel... Ça ne tient pas debout. Le calendrier était un élément de faiblesse.» François Hollande appréciera.
Sur sa propre responsabilité, pas le moindre mot. Mieux vaut pointer celle de François Bayrou, à ses yeux pas assez bien disposé : «Il aurait eu un groupe parlementaire, il aurait été à Matignon... Il n'a pas eu la moitié de l'audace que j'ai eue.»
11 heures, Lyon, place Ambroise-Courtois
«Vous connaissez la candidate ?» demande Royal. «Oui, c'est vous», répondent les ados. «Bah non, c'est Najat», rectifie-t-elle. Accueillie à l'aéroport par Gérard Collomb, maire de Lyon, et pur hasard Jean-Michel Aulas, le très libéral patron de l'Olympique lyonnais, venu prendre son jet, Ségolène Royal assure la promotion de Najat Belkacem, son ancienne porte-parole, candidate dans la 4e circonscription. Seul, ou presque, le candidat Azouz Begag regarde avec envie la forêt de micros et caméras qui, comme aux plus belles heures de sa campagne, accompagne l'ex-candidate sur le marché. «C'est une façon de ne pas faire comme Jospin en 2002, de dire que l'aventure continue, estime Belkacem. Beaucoup ne veulent pas parler des législatives comme d'un troisième tour. Mais pour moi, c'en est un.» Royal s'engouffre dans une voiture, direction Vaulx-en-Velin, puis La Duchère. Quelques fans, à grands cris, lui donnent rendez-vous «dans cinq ans».
12 h 45, Lyon, berges du Rhône
Ségolène Royal pose au milieu de tous les candidats du département, sur une péniche. Gérard Collomb, lyrique : «Les forces de l'avenir sont avec toi !» L'intéressée, elle, appelle à «toutes les formes de résistance» contre le côté obscur du gouvernement. «Il faut un groupe parlementaire le plus fort possible, en capacité de proposition, dans le prolongement de ce que vous avez défendu dans le pacte présidentiel.» Et d'égrener les thématiques de sa campagne, «hausse des bas salaires», «Etat impartial» et, bien sûr, «démocratie participative». Du pur Royal dans le texte.
16 heures, Privas
Esprit de Privas, es-tu là ? Dans la salle d'une école, Ségolène Royal invoque le «souvenir tellement extraordinaire» de ce meeting de mars 2006 pour une municipale partielle qui l'avait vue véritablement émerger dans la compétition interne. «Tout est parti de Privas. Donc tout redémarre de Privas.» La dame en blanc des primaires est-elle de retour ? «Je vous propose la vague blanche, puisque je suis en blanc», ose-t-elle, avant de corriger : «C'est une vague de toutes les couleurs dont nous avons besoin, pas d'une vague bleue.» Question d'opposition. Mais aussi de position : «J'ai besoin d'être en appui sur des parlementaires nombreux pour continuer le travail.» Car «il y a des lendemains à préparer...»
20 h 30, Digne-les-Bains
En meeting dans le fief de Jean-Louis Bianco, son ex-directeur de campagne, Ségolène Royal récidive sur sa stratégie de l'entre deux tours : «Il faut ouvrir notre parti, [...] attirer vers nous tous ceux qui veulent construire autre chose.» Premiers visés : «Les républicains du centre.» Quant à ses propres camarades, l'ex-candidate leur délivre la consigne : «Ce que les Français attendent de nous, ce ne sont plus les petites phrases.» Juste les grands desseins ?