A DROITE, les Français ? La querelle sur la TVA montre que pour eux, la question sociale reste prioritaire
Inconséquents les Français ? Ce 17 juin, à la surprise générale, la gauche, avec 49% des suffrages, a fait
quasiment jeu égal avec la droite. Le balan cier serait-il déjà reparti vers la gauche? L'opinion serait-elle si
versatile qu'elle change désormais d'avis d'un dimanche à l'autre ? Ce second tour des législatives suggère
plutôt qu'on s'est beaucoup mépris sur le sens du vote à la présidentielle.Contrairement aux apparences, le
large succès de Nicolas Sarkozy résultait moins d’une droitisation de l’opinion que d’un brouillage du
clivage gauche/droite. Et des doutes suscités par le PS et sa candidate. Souvenons-nous qu’à l’orée de la
campagne, Sarkozy était donné perdant... A droite, les Français ? Sur l'insécurité, l'immigration, sur ce qui
touche à la Nation, sans doute. Mais les questions sociales venaient en tête de leurs préoccupations. Et
en ce domaine, la gauche avait l’avantage. Qu'il s'agisse du pouvoir d'achat, des retraites, du logement, de
l'assurance maladie, les électeurs se disaient plus proches de Ségolène Royal que de Nicolas Sarkozy. Si
elle a perdu, c'est parce que l'élection ne s'est pas jouée sur ce terrain-là. Mais sur l’alchimie de la
«rupture».En fait, selon un sondage réalisé après le premier tour de la présidentielle (1), 20% seulement
des Français considéraient que le choix entre Royal et Sarkozy était un choix entre la gauche et la droite !
Pour un électeur sur quatre, c'était un choix entre deux personnalités. Et pour plus d'un sur deux, entre
"deux manières de concevoir la politique". Autrement dit, Nicolas Sarkozy n'a pas été élu parce qu'il a
poussé le curseur à droite – ce qui était plutôt de nature à le faire perdre –, mais parce qu'il a réussi, bien
que ministre sortant et leader du parti au pouvoir, à capter le thème du changement, qui était la martingale
du 6 mai. A un pays désabusé, où plus de 60% des citoyens ne faisaient confiance ni à la droite ni à la
gauche pour gouverner le pays (2), il est apparu, par son volontarisme, son énergie, son habileté rhétorique
(citant plus volontiers Jaurès qu'Adam Smith), comme le mieux à même de réhabiliter la politique et de
protéger le "microclimat français", selon l'expression du philosophe Peter Sloterdijk. De tous les peuples
du monde, si l'on en croit les observatoires internationaux, les Français restent en effet les plus réfractaires
au libéralisme, les plus allergiques à la mondialisation débridée, les plus attachés au rôle de l'Etat, à la
redistribution, à la protection sociale. Les raisons de la victoire du non au référendum européen n'ont pas
disparu. La France n'a pas changé de peuple entre mai 2005 et mai 2007.Plus qu'un virage à gauche, le
redressement de l'opposition au second tour des législatives est un rappel à la réalité. Après l'annonce de
mesures fiscales profitant surtout aux plus fortunés, l'irruption inopinée de la fameuse TVA sociale a été à
la droite ce que fut le plombier polonais au camp du "oui". Elle a remis la question sociale au centre du
débat. Cristallisé les inquiétudes. Et révélé le malentendu en germe depuis le 6 mai entre une droite
"décomplexée" et une opinion bien moins "à droite" qu'elle ne se plaît à le croire. Le premier avertissement
n'est pas sans frais : il a coûté à l'UMP une cinquantaine de sièges. Si le gouvernement refuse d'entendre,
la prochaine fois, ce sera beaucoup plus cher. C.W.
(1) Sondage réalisé par la Sofres les 26 et 27 avril.



