François Fillon prépare une cure d'austérité pour l'Etat. Le Premier ministre convoque mardi à Paris les directeurs d'administration centrale et les préfets de région pour engager une vaste "révision des politiques publiques". L'objectif est de faire des économies pour financer les promesses présidentielles tout en revenant dans les clous européens, avec un modèle: le Canada.
Confronté dans les années 1990 à un déficit budgétaire chronique et à une dette de plus de 64% du PIB en forte progression, le gouvernement du Premier ministre canadien Jean Chrétien avait lancé en 1993 un vaste plan d'économie, basé sur la réduction drastique des effectifs de la fonction publique.
Bilan: la suppression de quelque 66.000 emplois au sein de l'administration publique fédérale, soit plus d'un fonctionnaire sur six entre 1994 et 1999, pour l'essentiel via des départs en retraite anticipés. Des ministères entiers avaient disparu. Dans le même temps, les rémunérations des fonctionnaires étaient gelées pendant plus de six ans.
Le résultat, renforcé par le retour de la croissance, a été spectaculaire: entre 1992 et 2001, le solde des administrations publiques est passé d'un déficit de 9% du PIB à à un excédent de 3%.
C'est ce remède de cheval que Nicolas Sarkozy et François Fillon disent ouvertement vouloir appliquer à la France. "Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera entreprise", écrivent-il ainsi systématiquement dans les lettres de mission envoyées depuis quelques jours aux ministres. L'objectif est de "réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir".
Et d'avertir: "Un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier".
C'est dans ce cadre que doit être mis en oeuvre le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Cette mesure devrait permettre dès 2007 "une économie qui est de l'ordre de 1,5 milliard d'euros", a affirmé lundi le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez.
L'objectif de la révision est "de s'interroger vraiment sur le fond des missions", a-t-il insisté. Il ne s'agit pas "de faire une gestion comptable où on se contente un peu, comme on a fait jusque-là, de rabioter par-ci par-là", mais "de reposer en profondeur le sens des missions de l'administration". Bref, "c'est typiquement la démarche qui a été réussie par un pays comme le Canada et il n'y a aucune raison que la France n'y arrive pas".
François Fillon, qui a réuni le 6 juillet les membres de son gouvernement à Matignon pour évoquer le sujet, "a demandé très clairement à chacun des ministres de faire des propositions originales et d'ampleur en la matière", a ajouté le porte-parole du gouvernement.
Le Premier ministre s'est fixé pour objectif de ramener la dette publique sous la barre des 60% du PIB et le budget de l'Etat à l'équilibre "en 2012 au plus tard". Le déficit atteignait 2,9% du PIB et la dette 66,6% du PIB fin 2005.
Reste que, parallèlement, "le gouvernement annonce des cadeaux fiscaux et un paquet fiscal qui risquent de grever les finances publiques", a souligné lundi le
directeur de cabinet du Premier secrétaire du PS François Hollande, Stéphane Le Foll. "Toute cette politique qui fait que l'Etat aura de moins en moins de recettes et de plus en plus de
difficultés à atténuer le déficit budgétaire et l'endettement, va se reporter sur les collectivités locales", a-t-il prédit.
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in latribune.fr
Quelques réflexions:
* Les non-remplacements de fonctionnaires de l'ordre de 1 pour 2 partant à la retraite sont déjà effectifs dans certaines administrations (finances, par exemple). Donc, encore un effet
d'annonce.
* Si le modèle canadien est choisi, nos fonctionnaires vont voir leurs salaires gelés pendant quelques années? Cela veut dire que les Cadre D de la fonction publique verront peut-être les
salariés du privé au SMIC gagner plus qu'eux, ce qui existait déjà pour des facteurs débutants à la Poste.
Cela veut dire que les promesses du candidat Sarkozy de revaloriser le salaire des enseignants ne seront pas au rendez-vous.
Cela veut dire que les infirmières, qui ont des diplômes Bac+3, n'auront pas des salaires équivalents au Cadre A de la Fonction Publique.
Cela veut dire que les médecins ou personnels soignants dans les hôpitaux seront toujours sous payés par rapport à leurs homologues français, qu'ils démissionneront et partiront travailler à
l'étranger où leurs compétences sont mieux reconnues (lire le bouquin de Patrick Pelloux). Etc...
* Enfin, et c'est le noeud du problème.. Le Service Public!
Nos campagnes sont déjà désertées. On ferme les écoles publiques laïques; les bureaux de Poste, n'en parlons plus; le nombre de médecins généralistes va décroissant (ils font tellement d'heures
par semaine!); les hôpitaux ferment, etc etc...
Voilà un problème de société à défendre: le Service Public!.. Mais bien entendu, M.Fillon préfère parler Pack Fiscal!