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Lundi 7 juillet 2008

Nicolas Sarkozy se comporte comme un "chef de parti" et un "chef de clan", a estimé lundi le Parti socialiste après la remarque du président de la République lors du conseil national de l'UMP sur les grèves dont désormais "personne ne s'aperçoit".

"Quand on est chef de l'Etat, on doit avoir le souci de l'union du pays et ne pas rentrer de manière continuelle dans une provocation permanente", a estimé le député européen Stéphane Le Foll lors du point presse hebdomadaire de l'UMP. "Nicolas Sarkozy a humilié les syndicats, tous les syndicats avec cette formule."

"Le président de la République se comporte comme un chef de parti, cherche à diviser, stigmatiser et mépriser, ce n'est pas acceptable", a poursuivi le directeur de cabinet de François Hollande.

"Il est très clair que Nicolas Sarkozy comme la majorité sont bien décidés à faire tout ce qu'ils ont dit" lors de la campagne présidentielle, a répliqué lundi le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre. En particulier, "nous sommes décidés à supprimer le droit de nuire aux usagers" des services publics.

Mais le chef de l'Etat "n'a absolument pas, ni dans la forme ni dans le fond, tapé les syndicats", a-t-il assuré. "C'était tout sauf une provocation".

Stéphane Le Foll a également déploré les propos "à la limite de l'insulte" tenus contre Ségolène Royal samedi lors du conseil national de l'UMP, après qu'elle eut remarqué que M. Sarkozy n'avait joué aucun rôle dans la libération d'Ingrid Betancourt. Le nouveau secrétaire général adjoint de l'UMP Christian Estrosi a notamment jugé que l'ex-adversaire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007 avait "l'humanité d'un bigorneau".

Le bras droit de François Hollande a regretté que deux socialistes, Jack Lang et Philippe Martin, aient dénoncé publiquement les propos de Mme Royal. "Il y a une règle qui doit être réaffirmée: on respecte les membres du parti socialiste, on peut avoir des débats, des différences de position, mais on ne peut pas s'associer aux voix de la droite quand il s'agit de sujets aussi importants", a-t-il mis en garde. AP

egp/sb/co

Lundi 7 juillet 2008
Pour l'économiste Thomas Piketty*, l'héritage est un élément de plus en plus structurant de notre paysage social et de ses inégalités

Le Nouvel Observateur. - En quoi la question de l'héritage et de la reproduction des inégalités se pose-t-elle de façon particulièrement aiguë en ce moment ?
Thomas Piketty.- Cela faisait très longtemps que les patrimoines, qu'ils soient financiers ou immobiliers, ne s'étaient pas aussi bien portés. Ils ont en fait retrouvé leur niveau d'il y a un siècle. Comme à la Belle Epoque, ils représentent aujourd'hui six années de revenus en moyenne, alors qu'ils s élevaient seulement à une année au début des Trente Glorieuses et à trois années durant la décennie 1980.

N. O.
- Comment expliquez-vous ce phénomène ?
T. Piketty.- L'accumulation des patrimoines est un phénomène très lent qui se déroule sur plusieurs générations. Les bulles financière et immobilière expliquent en partie leur bonne santé. Mais il a fallu aussi que le capitalisme se remette peu à peu des chocs qu'il a connus dans la première moitié du XXe siècle, notamment les deux guerresmondiales. Si bien qu'aujourd'hui il est nettement plus fréquent que par le passé d'hériter de plusieurs décennies de salaires. Ainsi, en2008, 15% de la population est en mesure de toucher vingt années de smic en héritage, soit 240 000 euros. Alors que la proportion n'était que de 4%, trois fois moins, en 1990. Comme il y a cent ans, nous sommes donc entrés dans une phase de capitalisme patrimonial. Et ce de façon durable. C'est dire que l'héritage est un élément de plus en plus structurant de notre paysage social, en particulier de ses inégalités,et que l'impôt sur les successions n'a jamais été aussi indispensable.

N. O.
- Les récentes mesures Sarkozy viennent pourtant nettement de l'alléger.
T. Piketty. - Leur impact sera encore plus négatif à long terme. Il faut dire que Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un boulevard : les abattements (50 000 euros en ligne directe) n'avaient pratiquement pas bougé depuis vingt-cinq ans : ils n'avaient même pas été indexés sur l'inflation ! Mais en multipliant leur montant par trois (150 000 euros), avec la possibilité d'en bénéficier tous les six ans dans le cadre de donations, il a vraiment été très loin. Si chaque parent utilise cinq fois cet abattement pour chaque enfant, alors un couple avec deux enfants peut maintenant transmettre un patrimoine de trois millions d'euros sans payer aucun impôt ! On dépasse largement le niveau des classes moyennes. En fait, la réforme n a pas du tout été pensée et s'est faite dans la précipitation. Elle est contraire à deux principes économiques assez fondamentaux : le rajeunissement des successions et la valorisation du travail.

* Directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'Economie de Paris.

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