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Samedi 25 août 2007

AA-Melle1.jpg

Ségolène Royal a évoqué samedi 25 août à Melle (Deux-Sèvres) certaines raisons de sa défaite au second tour de la présidentielle, déclarant avoir "parfois improvisé" et estimant que le Parti socialiste n'avait pas offert de réponses "en prise directe sur les Français", et avait manqué de temps pour s'organiser en "un grand parti moderne".
"Parmi les raisons de la défaite, je voudrais citer deux chantiers essentiels que nous n'avons pas eu le temps de conduire à leur terme et sur lesquels il faut reprendre l'ouvrage", a-t-elle dit devant des centaines de militants rassemblés dans un parc de Melle (Deux-Sèvres) dans le cadre de la Fête de la Rose.

"J'ai parfois improvisé"

"D'abord, nous n'avons pas actualisé complètement nos réponses et nos propositions pour qu'elles soient en prise directe sur les Français et les attentes d'aujourd'hui (...). Il nous fait être inventifs, créatifs, ne pas seulement déplorer ce qui n'est plus mais repérer et comprendre les prémisses d'autres possibles". "Moi-même, je l'avoue, j'ai parfois improvisé, vous le savez, dans les temps très courts qui m'étaient impartis", a-t-elle dit.
Autre raison de la défaite: "le temps nous a manqué aussi collectivement pour nous organiser en un grand parti moderne, portes et fenêtres largement ouvertes sur la société", a estimé Ségolène Royal.
"Eh bien, je vais vous annoncer une bonne nouvelle: ce temps qui nous a manqué, nous allons le prendre".

"Est-on pour ou contre le marché ?"

Ségolène Royal a estimé qu'il fallait se méfier des faux débats comme celui du marché qui agite les socialistes. "Nous avons vu les uns et les autres un certain nombre de choses et en particulier, qu'il fallait se méfier des faux débats qui déconcertent nos électeurs", a-t-elle déclaré.
"Est-on, nous socialistes, pour ou contre le marché? (...). Je vais vous choquer et je vais vous dire que le marché nous est aussi naturel que l'air que l'on respire ou que l'eau que l'on boit. (...) Nous inscrivons bien 
AA--Melle2.jpgévidemment notre action et notre réflexion dans le cadre des économies de marché et s'il faut l'écrire, écrivons-le une bonne fois pour toutes. Mais nous ne faisons pas confiance au marché pour assurer la justice sociale et la cohésion démocratique des sociétés. Et s'il faut le dire, disons-le", a-t-elle poursuivi.
Et d'ajouter: "les socialistes allemands, de ce point de vue, ont une devise: le marché, chaque fois que cela est possible, l'Etat chaque fois que cela est nécessaire. Et nous socialistes français, nous pouvons ajouter: avec les services publics. Voilà le nouvel équilibre qu'il faut construire".

"Elle incarne un socialisme d'avenir"

Ségolène Royal était arrivée à pied vers 13h15, entourée d'une grande partie de son équipe de campagne où l'on reconnaissait les députés PS Jean-Louis Bianco, Delphine Bato et Michèle Delaunay, "tombeuse" de l'ancien Premier ministre Alain Juppé aux dernières élections législatives en Gironde.
"Etes-vous sereine ?", lui ont demandé des journalistes à son arrivée sur la place municipale de la petite ville, où des tables de pique-nique avaient été installées pour des centaines de militants.
"Oui, sereine. Une femme neuve, on peut le dire", at-elle répondu.
Trois mois après sa défaite, la présidente de la région Poitou-Charentes a été accueillie par une foule enthousiaste aux cris de "Merci Ségolène" et "Ségolène, on t'aime".
"Ségolène c'est pas le passé, c'est de l'espoir, elle incarne un socialisme d'avenir", a déclaré à Reuters un militant ayant requis d'anonymat, Boula, venu du Calvados pour écouter le discours de l'élue socialiste.

"Fête de la Rose"

Ségolène Royal fait sa rentrée à Melle à la faveur d'une "fête de la Rose" qu'elle a elle-même organisée, devançant ainsi le rendez-vous de fin d'été officiel des socialistes, le week-end prochain à La Rochelle (Charente-Maritime).
Dans un entretien paru samedi dans Le Monde, l'ancienne candidate confirme avoir le sentiment d'être "une femme neuve, renforcée, qui a gagné en épaisseur et qui a le souci de garder le meilleur".
Elle dit aussi son désir d'agir désormais de façon plus collective.

"J'inviterai aussi les socialistes qui sont allés au gouvernement "

"On m'a beaucoup reproché de travailler seule, mais j'ai dû agir en urgence, je vais désormais beaucoup m'impliquer dans le travail collectif", explique-t-elle.
Ségolène Royal tend aussi la main aux socialistes ayant rejoint le gouvernement, comme Bernard Kouchner, qui a accepté le poste de ministre des Affaires étrangères que lui a proposé le président Nicolas Sarkozy.
"Dans les débats que nous aurons, j'inviterai aussi les socialistes qui sont allés au gouvernement à venir réfléchir, sans ostracisme", dit-elle.

Sur les rivalités internes au PS:
"Je vais vous faire une confidence: j'ai quelque chose à vous dire et je ne suis en compétition avec personne. Je ne recherche rien d'autre que d'assumer mes responsabilités dans le débat d'idées. De toute façon, c'est un travail collectif de longue haleine qui commence."
"Comme je m'y étais engagée et forte de ce que j'ai compris (...) durant cette campagne, je commence aujourd'hui à mettre ce que j'ai appris au service de tous les socialistes."
"Cette réflexion devra déboucher sur une rénovation profonde de nos méthodes et de certaines de nos idées dans la fidélité à nos valeurs".
Pour cela, elle s'est dite "entièrement mobilisée, animée d'une volonté très solide et sereine". "Je n'ai aucun esprit de revanche, aucune amertume, contrairement à ce que je lis ici ou là, y compris envers ceux dont la chaude affection littéraire m'entoure en cette rentrée", a-t-elle dit, faisant allusion à la parution prévue de plusieurs ouvrages sur la période allant jusqu'à la présidentielle.
"Ils sont tournés vers le passé, ils en ont peut-être besoin. Tout le monde est bienvenu, toutes les brebis égarées", a-t-elle ajouté en riant.

Sur Nicolas Sarkozy :
Ségolène Royal qualifie l'action du président Nicolas Sarkozy d'"immobilisme" parce qu'il "ne prépare pas la France à relever les défis de la mondialisation". "Ce qui menace la France aujourd'hui, en plus des injustices fiscales, du nouvel impôt (la "TVA sociale", NDLR), c'est l'immobilisme". Croit-on vraiment préparer les Français à relever les défis de la monddialisation en dépensant des sommes importantes uniquement sur les heures supplémentaires" et "les cadeaux fiscaux aux plus favorisés", a-t-elle lancé.
Elle a préconisé une politique favorisant "la prise de risque", "le risque créateur, l'innovation".
Ségolène Royal s'en est prise notamment aux nouvelles loi et mesures de lutte anti-pédophilie promises par Nicolas Sarkozy. "Faut-il attendre le prochain enfant violé, le prochain enfant assassiné pour promettre une nouvelle loi?"
Ségolène Royal a souhaité que "la parole de la gauche (soit) percutante sur les propositions et les critiques". "Les socialistes sont prêts à soutenir des actions efficaces, crédibles".

 

Samedi 25 août 2007

Samedi 25 août 2007

 

Mme Royal, après vos vacances, comment allez-vous ?  

Je vais très bien ! (Rires.) Je suis heureuse de me retrouver, après cette longue coupure, au contact des militants, des sympathisants, de tous ceux qui me demandaient au cours de l'été : « Qu'est-ce qu'on fait à la rentrée ? » J'assume une responsabilité. Le traumatisme de 2002 avec le départ de Lionel Jospin est resté dans les esprits, et les gens se demandaient si j'allais faire la même chose. Je leur dis que non, et qu'en même temps je ne suis pas pressée. C'est une rentrée en douceur, pas une rentrée tonitruante. Après l'aventure exceptionnelle d'une campagne, les épreuves, les chocs, les joies immenses, et les peines aussi, je suis aujourd'hui une femme différente, fidèle à mes intuitions, ma liberté de pensée et de parole. Mais plus lucide, sereine, déterminée, forte de ce que j'ai vécu et partagé.

Cette campagne vous a-t-elle changée ?

Je ne sais pas si c'est le terme exact. Il y a à la fois une renforcement de ma nature profonde et une dimension nouvelle qui me donnent envie de vivre à un rythme maîtrisé. Nous sommes inscrits maintenant dans un temps long. Le Parti socialiste reste à rénover, des idées neuves doivent germer, et je ne veux plus perdre la moindre seconde dans les affrontements stériles ou les violences verbales. J'ai un besoin profond d'apaisement et de maîtrise de mon temps.

Vous allez publier un livre sur cette campagne ?

Oui ! Il paraîtra fin octobre. C'est un bilan mais aussi une volonté de ne pas oublier la leçon.

Quand l'avez-vous écrit ?

J'ai pris beaucoup de notes pendant la campagne. J'ai beaucoup réfléchi cet été, même si je me suis beaucoup occupée de mes enfants. Maintenant, je vais m'y consacrer.

C'est indispensable parce qu'il y a encore beaucoup de questions, et ce que je veux, c'est que la leçon ne soit pas perdue, que ce moment démocratique intense laisse son empreinte.

Une chose demeure dans les esprits, c'est que sur le smic à 1 500 euros et les 35 heures, vous n'y croyiez pas ?

Je n'ai jamais dit cela. C'est une exigence de vérité. La politique ne peut plus se faire avec des slogans trop simplistes parce qu'alors ils ne sont pas totalement crédibles. J'ai dû bâtir un projet présidentiel très rapidement. Je participais à un combat collectif. Je me suis rendu compte au cours de la campagne que les propositions du projet socialiste sur le smic et les 35 heures rencontraient beaucoup d'avis dubitatifs. Comme j'étais très en écoute, j'ai bien vu que cette proposition du smic à 1 500 euros avait beaucoup moins d'impact que celle de mon adversaire sur l'exonération des heures supplémentaires, car nous n'avions pas défini comment la mettre en oeuvre.

Je suis peut-être trop sincère, mais on ne l'est jamais assez. Il est nécessaire de faire le bilan de ce qui a été compris par les Français. C'est pourquoi le programme du Parti socialiste devra être élaboré avec eux.

Le PS a aussi du mal, aujourd'hui, à se situer dans l'opposition...

Les gens ont soif de voir leurs problèmes résolus. Nous devons peser pour que les problèmes soient réglés, et pas seulement pour critiquer systématiquement.

Vous fixez-vous des échéances ?

On verra. Cela dépendra de ce qui va se passer dans les semaines et les mois qui viennent, comment nous pourrons fédérer et rassembler les intelligences. Il n'en manque pas à gauche et au PS, puisque même la droite y a fait appel !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment jugez-vous le premier bilan de Nicolas Sarkozy ?

Si on ne veut pas entrer dans la caricature, je dois lui reconnaître sa capacité de mouvement. Certains la jugeront excessive. C'est son style. L'important, c'est d'avoir un style, et ce n'est pas négatif. Nous avons quelqu'un qui démontre, au moins dans la forme, sa volonté que ça marche. Mais paradoxalement, le principal risque, c'est celui de l'immobilisme.

On voit bien que les réformes les plus douloureuses qui permettraient de remettre le pays sur le chemin de la croissance n'ont pas été faites. Au lieu d'évaluer la situation, on a droit à une nouvelle agitation. Le paquet fiscal a avantagé la rente plutôt que les entreprises dynamiques.

En matière politique, les municipales seront-elles l'occasion de conclure des alliances nouvelles ?

J'ai tendu la main à François Bayrou entre les deux tours de la présidentielle parce que les Français veulent qu'on sorte de l'affrontement bloc contre bloc. Je pense qu'en effet la question se pose d'une vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem, sur des projets municipaux. Mais pas de façon désordonnée.

Sur la responsabilité et la morale politiques, la dépense publique, il y a plein de questions sur lesquelles on peut se retrouver avec les centristes, mais en évitant que ce soient des alliances à la carte, qui risqueraient d'émietter le Parti socialiste, ce qui serait regrettable. Avec le Modem, qui a refusé toute proposition, les choses peuvent évoluer.

Votre présence à l'université du PS ?

Je ferai l'ouverture avec les cinq nouveaux députés de la région, parce que notre score a été exceptionnel ici, ce qui est aussi une forme de reconnaissance de la politique régionale. Je choisirai donc des thèmes d'action régionale qui ont un écho national, comme, par exemple, la décision de justice qui m'a donné raison contre le préfet sur les « contrats nouvelle embauche » et notre politique d'évaluation des OGM.

L'Elysée a fait savoir que Mme Sarkozy ne témoignerait pas devant la commission d'enquête sur la Libye...

Ce qui anormal, c'est que des annonces élyséennes soient faites avant même que la commission se soit réunie. C'est une atteinte dans la séparation des pouvoirs. Le président, qui est si actif et si disponible, comment peut-il refuser de s'y rendre ? Il doit être cohérent et ne pas changer de principes en fonction des ses intérêts. C'est la commissaion parlementaire qui doit dire si l'audition de Mme Sarkozy est nécessaire ou pas.



Recueilli par Patrick Guilloton et Jean-Pierre Deroudille

 
 
 
 



Samedi 25 août 2007

NOUVELOBS.COM | 25.08.2007 | 09:29

 

La socialiste estime que malgré "l'agitation" du président, "les réformes les plus douloureuses n'ont pas été faites".

 

 

Dans un entretien paru samedi 25 août dans le quotidien Sud Ouest, la socialiste Ségolène Royal, qui fait sa rentrée politique ce jour avec une fête de la Rose à Melle, dans les Deux-Sèvres, reconnaît "la capacité de mouvement" du président de la République Nicolas Sarkozy, mais estime que "paradoxalement, le principal risque est celui de l'immobilisme".
Interrogé sur les premiers mois de mandat de son rival au second tour de la présidentielle, l'ex-candidate du PS déclare: "Si on ne veut pas entrer dans la caricature, je dois lui reconnaître sa capacité de mouvement. Certains la jugeront excessive. C'est son style. L'important c'est d'avoir un style et ce n'est pas négatif."
"Nous avons quelqu'un qui démontre, au moins dans la forme, sa volonté que ça marche. Mais paradoxalement, le principal risque c'est celui de l'immobilisme", ajoute-t-elle.

"Vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem"

"On voit bien que les réformes les plus douloureuses qui permettraient de remettre le pays sur le chemin de la croissance n'ont pas été faites. Au lieu d'évaluer la situation, on a droit à une nouvelle agitation", estime Ségolène Royal.
Concernant les élections municipales de 2008, la présidente de Poitou-Charentes estime que "la question se pose d'une vaste coalition de la gauche, des altermondialistes et du Modem, sur des projets municipaux. Mais pas de façon désordonnée."
"Sur la responsabilité et la morale politiques, la dépense publique, il y a plein de questions sur lesquelles on peut se retrouver avec les centristes mais en évitant que ce soient des alliances à la carte qui risqueraient d'émietter le parti socialiste, ce qui serait regrettable. Avec le Modem qui a refusé toute proposition, les choses peuvent évoluer", poursuit-elle.

Un livre fin octobre

Quant à l'éventuelle audition de l'épouse du chef de l'Etat, Cécilia Sarkozy, par la future commission d'enquête parlementaire (CEP) sur la Libye, Ségolène Royal estime que "c'est la commission parlementaire qui doit dire si l'audition de Mme Sarkozy est nécessaire ou pas".
L'ancienne députée indique en outre que son prochain livre paraitra "fin octobre". "C'est un bilan mais aussi une volonté de ne pas oublier la leçon", déclare-t-elle.

 

 
 

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