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Lundi 11 septembre 2006

 

Le sociologue bordelais François Dubet, spécialiste de l’éducation, approuve le diagnostic de Ségolène Royal dans le journal "Sud Ouest"

Sectorisation scolaire : « Je trouve qu’elle a raison »

Publié dans « Sud Ouest » du 7 septembre 2006 (recueilli par Br. B.)

Le sociologue bordelais François Dubet, spécialiste de l’éducation,
approuve le diagnostic de Ségolène Royal

« Je trouve qu’elle a raison. On ne peut plus ignorer ce problème. La carte scolaire avait deux finalités : réguler les flux et être l’outil d’une certaine mixité sociale. Cette dernière fonction n’est plus remplie dans la plupart des grandes villes. Elle peut même devenir un facteur de creusement des inégalités. D’abord parce que les inégalités sociales entre les quartiers se sont accentuées, et la carte scolaire a entériné cette évolution. Ensuite, par le biais des écoles privées ou des dérogations, il existe un phénomène de fuite de certains établissements par les parents qui le peuvent.

Ce système fait que les plus pauvres sont contraints de rester dans les écoles de leur quartier lorsqu’ils n’ont pas les moyens de le fuir. Lorsqu’on a fait ce constat que le remède ne marche pas, il existe trois points de vue. Le premier est de dire que l’on ne change rien, car le principe est bon. Ou bien, comme le dit Sarkozy, de supprimer le remède et de laisser le marché scolaire s’installer. On peut craindre alors que cela creuse encore davantage les inégalités.

Enfin, la dernière position consiste à admettre que la carte scolaire ne fonctionne plus très bien et qu’il faut la faire évoluer sans la supprimer. Des esquisses de réponse consisteraient à redécouper les secteurs scolaires pour qu’ils soient moins ségrégatifs. Et puis on ne pourra pas contraindre les parents à choisir une école dont ils ne veulent pas. Parce que la réussite de leurs enfants est devenue un enjeu essentiel. Ouvrir la carte scolaire, laisser davantage de choix devrait faire que les parents n’auront plus autant intérêt à fuir certains établissements. Mais cela suppose d’y mettre des moyens importants, de s’assurer que ces écoles seront véritablement efficaces et que l’offre scolaire y sera aussi attractive qu’ailleurs. »


François Dubet est professeur de sociologie à l’Université de Bordeaux II et directeur d’études à l’EHESS. Il a publié de nombreux et passionnants ouvrages sur la question scolaire, dont « L’Hypocrisie scolaire » en collaboration avec Marie Duru-Bellat (Le Seuil 2000) et « L’école des chances. Qu’est-ce qu’une école juste ? » (La République des Idées, 2004). Lorsque Ségolène Royal était Ministre de l’Enseignement scolaire, il a piloté à sa demande une vaste consultation sur le collège, qui a donné lieu à 5.000 contributions écrites, à plus d’un millier d’autres sur le forum Internet dédié à cet état des lieux et à une trentaine de rencontres académiques ; dans tout le pays, plus de 80% des collèges se sont impliqués, ont témoigné et formulé des propositions. Il s’agissait déjà, en donnant la parole à tous les acteurs de la communauté éducative, de faire le pari de l’intelligence collective.

(histoire d'alimenter nos arguments face à ceux qui se voilent la face à ce sujet...)

Lundi 11 septembre 2006

 

Ségolène Royal pour une décentralisation forte

Hier, à Quimperlé (Finistère), devant plus de 2 000 militants PS, Ségolène Royal a prôné une régionalisation forte qu'elle veut voir pousser « jusqu'au bout », en articulation avec l'Europe. Accueillie par l'ancien ministre socialiste Louis Le Pensec sur ses terres, et par Jean-Yves Le Drian, dans sa Région, la candidate a prôné la réconciliation des Français avec l'entreprise, qui s'appuie, elle aussi, sur une très forte décentralisation : « Un euro dépensé en proximité est un euro mieux dépensé ! Les petites et moyennes entreprises innovent, inventent... Il faut une vraie régionalisation des pôles de compétitivité sans exclure l'État dans son rôle de contrôle et de soutien à la recherche. »

« Investissements massifs dans la recherche »

Preuve de sa volonté de redonner « leur voix » aux Régions, la présidente du Poitou-Charentes s'est dit favorable à une nouvelle démocratie participative, incluant la mise en place de référendums locaux ou encore l'installation de lieux d'écoute « pour agir juste ». Notamment face à « une mondialisation qui dilue tout. Nous avons tous besoin de renforcer nos racines pour la combattre. C'est quand on est clair avec ses identités que l'on est capable de prendre des risques. À ce titre, il est évident que nous ratifierons la charte des langues régionales ».

Forte des soutiens de présidents de conseils régionaux ou généraux, la candidate à la candidature au PS n'hésite pas à mettre en avant ses expériences positives de coopérations interrégionales : « Nous le faisons déjà dans le secteur de l'aéronautique. Mais il faut des investissements massifs dans la recherche et l'innovation. La fuite de la matière grise vers l'étranger n'est plus acceptable. Si je suis élue, je m'engage à investir massivement dans ce domaine, tout simplement parce que ce sont les emplois de demain. »

Mais Ségolène Royal ne veut pas s'arrêter... à la Région : « Tout ceci ne pourra se faire sans les pays pauvres de la planète. L'émigration de la pauvreté n'est pas une fatalité, mais il est urgent de s'y mettre. Et je crois au codéveloppement pour lequel nous devons impérativement réformer les filières d'aides. »

 

 

 

Dominique MESGOUEZ. (paru dans Ouest France du 11 Septembre 2006)

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