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Samedi 21 octobre 2006
Très coûteuses : telles apparaissent les dernières propositions de Nicolas Sarkozy. L'institut de l'entreprise en a évalué le coût, jeudi 19 octobre, à 38,82 milliards d'euros.
Et encore, cette évaluation est une moyenne et ne tient pas compte de toutes les mesures avancées par M. Sarkozy le 12 octobre à Périgueux, la cellule de chiffrage du think-tank patronal, composée de trois experts indépendants de la mécanique budgétaire, ayant estimé que la généralisation des plans de stock-options à l'ensemble des salariés ou le maintien des services publics dans les zones rurales et en difficulté n'étaient pas "chiffrables à ce stade".
La plus chère des mesures avancées depuis juin concerne la recherche : augmenter le budget de l'enseignement supérieur de 50 % et porter l'effort de recherche à 3 % du PIB en cinq ans coûterait 10,2 milliards d'euros. Viennent ensuite la suppression des droits de succession (6,3 milliards), l'exonération des charges sociales et fiscales sur les heures supplémentaires (4,6 milliards), le service civique (3,1 milliards), la prise en compte pour le calcul des retraites du temps consacré par les femmes à l'éducation de leurs enfants (1,8 milliard).
Cette avalanche des promesses n'est pas toujours bien accueillie à droite. Le député villepiniste Hervé Mariton s'en est ému, mais le rapporteur général du budget, Gilles Carrez, sarkozyste, s'en inquiète aussi.
M. Sarkozy, lui, ne se soucie ni du chiffrage de ses propositions - "je ne suis pas candidat à la présidence d'un conseil général", a-t-il dit - ni de leur compatibilité avec le programme de l'UMP - "c'est ma part de liberté". Il est aussi convaincu que ses promesses coûteront moins cher qu'"une politique qui produit 3 millions de chômeurs". L'UMP se fixe pour objectif le retour à l'équilibre des finances publiques à l'horizon de la mandature.
Claire Guélaud
Samedi 21 octobre 2006
Le monde 21/10/06
Deuxième étape. Deux jours après leur premier débat télévisé, les candidats à l'investiture présidentielle du PS se sont retrouvés à Clermont-Ferrand, jeudi 19 octobre, pour un premier meeting régional devant des militants venus en nombre : plus de 3 000 personnes avaient pris place sur les gradins pentus de la Maison des sports. Une nouvelle étape synonyme "d'entraînement pour la vraie bataille" pour Ségolène Royal, de "marathon enthousiasmant mais éreintant" pour Dominique Strauss-Kahn, et pour Laurent Fabius une occasion supplémentaire de démontrer sa puissance d'orateur.
Hors la présence des caméras et des micros interdits d'accès, les trois candidats, accueillis par la musique du DJ canadien Tiga, se sont présentés avant de répondre à des questions attribuées par tirage au sort, mais dont ils avaient pris connaissance la veille.
Première à intervenir, Mme Royal a adopté, jeudi soir, un ton résolument à gauche avec des accents proches... d'Arlette Laguiller. "Mes camarades, le travail doit être moins taxé que le capital", a-t-elle commencé avant de s'en prendre avec vivacité au "système bancaire qui s'enrichit sur le dos des pauvres" et aux "publicités scandaleuses dans les boîtes aux lettres". "Les riches ont les moyens de renégocier leurs prêts, les pauvres croulent sous les tarifications bancaires, a-t-elle dénoncé. Il faut interdire aux banques de faire des profits sur le dos des pauvres, interdire ces publicités."
Pour la première fois aussi, la candidate a abordé un sujet jusqu'ici peu présent dans ses discours, la laïcité dans les services publics. "Nous devrons supprimer l'article de loi qui oblige les collectivités à payer les frais des élèves inscrits dans le privé", a-t-elle lancé.
A sa suite, M. Strauss-Kahn a joué sur l'optimisme d'une gauche victorieuse dans une "France d'après Nicolas Sarkozy". "L'épopée lamentable de Jacques Chirac est en train de s'achever et Nicolas Sarkozy n'est qu'une queue de comète", a-t-il ironisé. L'ancien ministre, moins à son aise que ses rivaux dans la forme, a insisté sur le social avec la gratuité des soins pour les enfants pauvres et la création d'une protection sociale qui reviendrait, dans le principe, "aux sources de 1936".
Quand est venu son tour, Laurent Fabius a refait le compte des mouvements de protestation de ces dernières années : 2003 "les retraites", 2004 "les magnifiques succès" aux élections régionales et cantonales, 2005 "le non à une certaine dérive libérale de l'Europe", 2006 "le très puissant mouvement contre le CPE". Et de rappeler qu'il faudra s'en "souvenir" pour 2007. "Vous aurez à tenir bon dans un monde dur où le matériel domine", a-t-il lancé aux militants en faisant du "projet socialiste une alternative à la mondialisation financière".
Bon public, généreux en applaudissements, surtout pour M. Fabius, mais aussi Mme Royal, les militants n'ont eu aucun mouvement d'humeur. La seule mise en garde est venue de M. Fabius : "Je n'oppose pas les régions à l'Etat, a-t-il souligné. Il y a des choses que je ne veux pas régionaliser, l'immigration, les universités, on a besoin d'un Etat qui corrige les inégalités."
A l'issue du meeting, Mme Royal affirmait, à propos de sa sortie contre les banques, avoir mené cette bataille dans le gouvernement Jospin mais s'être toujours fait "canarder dans les arbitrages". Sûre d'elle, elle énumérait alors : "Je suis la candidate de la République du respect, je suis la candidate de la démocratie participative, je suis la candidate qui dit : je n'ai pas réponse à tout mais je vais construire avec vous des réponses." "J'ai tous les discriminés avec moi", plaisantait DSK en posant pour la photo avec des jeunes beurs. "Je crois que l'accueil a été fort", commentait M. Fabius.
Dans la foule qui quittait les lieux, les supporteurs, eux, restaient sur leurs préférences, et les indécis avec leurs hésitations. Prochaine étape : mardi 24 octobre, pour le deuxième débat télévisé.
Isabelle Mandraud

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