Akbar Ganji : « une attaque contre l'Iran se retournerait contre les défenseurs des droits de l'homme ! »

Publié le par webmaster

par Martine Gozlan, rédactrice en chef à Marianne.



 

Le cauchemar recommence. Impossible de s'y tromper, les rumeurs se précisent, exactement comme avant la guerre d'Irak : l'attaque contre l'Iran pourrait se produire dans quelques mois. La Maison-Blanche hésite encore mais Dick Cheney, le vice-président, plus jusqu'aubushiste que Bush, brûle d'impatience. Selon Seymour Hersch, le célèbre chasseur de scoops du magazine The New Yorker, les fins stratèges du quartier général néo-con auraient opté pour « des frappes chirurgicales ».

On ne connait que trop bien ce vocabulaire de l'horreur glacée! Alors que les propagandes, de Washington à Paris, s'échinent à justifier l'injustifiable, un Iranien lance un ultime SOS. Il s'appelle Akbar Ganji et il est le plus célèbre dissident iranien. Incarcéré pendant cinq ans pour avoir dénoncé les crimes contre les défenseurs des droits de l'homme, ce journaliste est la bête noire des mollahs. Et pourtant, dans une lettre adressée au secrétaire général de l'ONU, Akbar Ganji écrit ceci : « Nous rejetons catégoriquement une attaque militaire contre l'Iran. Ceci rendrait les choses extrêmement difficiles pour les militants des droits de l'homme ». Et il ajoute, dans ce message signé par 300 intellectuels du monde entier, dont Orhan Pamuk, Umberto Eco et Mario Vargas Llosa: « Aucun Iranien ne souhaite que ce qui est arrivé à l'Afghanistan ou à l'Irak arrive à son pays ».

Comment ceux qui ont risqué leur vie et leur liberté pour la démocratie rêveraient-ils en effet de voir leur patrie déchiquetée par des bombes américaines ou israéliennes qui conforteraient les délires de la théocratie islamiste, livrée ensuite au chaos qui a pulvérisé la Mésopotamie, ou encore démantelée par les séparatismes latents au sein de la Perse sur toile de fond d'un embrasement général ? Alors que Bagdad agonise, livrée aux mercenaires américains, aux miliciens de l'armée du Mehdi, aux kamikazes d'Al Qaida et au choléra, l'opinion entendra-t-elle Akbar Ganji qui redoute pour Téhéran le même anéantissement? Va-t-on accepter longtemps l'impunité des semeurs de tempête qui, sous couvert de dynamiter la tyrannie, aggravent le sort de ses victimes et déracinent les rares espérances défendues par les démocrates traqués du Moyen-Orient?
 

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