La famille du président français peut-elle échapper à la justice?

Publié le par webmaster

Jean Sarkozy (debout), fils du président français Nicolas Sarkozy, aurait accroché une BMW en 2005 avec son scooter. (Photo AFP)

Agrandir l'image

Jean Sarkozy (debout), fils du président français Nicolas Sarkozy, aurait accroché une BMW en 2005 avec son scooter.
Photo AFP

La justice française fonctionne-t-elle à vitesse variable lorsque la famille du président est concernée?

La question hante M'Hamed Bellouti, qui tente depuis deux ans d'obtenir compensation de l'un des fils de Nicolas Sarkozy, Jean, à la suite d'un accrochage survenu place de la Concorde, à Paris.

«Pour moi, c'est une affaire de principe. J'ai tellement eu de bâtons dans les roues qu'il n'est pas question d'abandonner», explique en entrevue à La Presse l'homme de 36 ans, employé dans une boutique informatique de Saumur.

Il relate qu'il circulait dans la BMW de son père le 14 octobre 2005 lorsqu'il a été forcé de freiner soudainement. Un scooter aurait alors percuté son pare-chocs arrière avant de repartir sur la droite, le conducteur faisant au passage «un geste offensant de la main».

Ayant réussi à relever le numéro de la plaque d'immatriculation, M. Bellouti s'adresse à un poste de police qui l'invite à s'adresser directement à sa compagnie d'assurances. Celle-ci retrouve le propriétaire du scooter - sans relayer son identité au plaignant - et lui envoie une réclamation de 260,13 euros pour les dommages. Elle demeure sans suite, tout comme les rappels.

Voyant qu'il ne se passe rien, M. Bellouti porte plainte à la police du 16e arrondissement. Il apprend quelques mois plus tard que la plainte en question a été perdue. «Ça laisse beaucoup de place à l'imagination. Il est très, très surprenant qu'un dossier comme celui-là soit égaré. Il n'est pas normal non plus qu'il n'y ait eu aucun convocation un an et demi plus tard alors que ça va très vite en général dans les histoires de délit de fuite», souligne-t-il.

Ce n'est finalement qu'en septembre 2006 que le plaignant apprend la célèbre identité de l'auteur présumé du délit en obtenant copie des diverses lettres envoyées par la compagnie d'assurances.

Faute d'une action de la police, il décide quelques mois plus tard, avec l'aide d'un avocat, de poursuivre Jean Sarkozy pour «délit de fuite, défaut de maîtrise de son véhicule, non-respect des distances de sécurité et dégradation légère de véhicule». Et réclame 4000 euros pour «dommages moraux».

Lors de la première audience, début septembre, l'avocat du fils du président a fait savoir qu'il «réservait ses commentaires» pour le tribunal. L'affaire doit être entendue sur le fond au début du mois de décembre.

M. Bellouti - qui dit avoir eu beaucoup de mal à se trouver un avocat pour le représenter - se défend d'agir pour des raisons politiques. «Ce serait assez étonnant puisque mon frère et mon père sont depuis longtemps membres de l'UMP (le parti du président)», dit-il.

Le frère en question s'était d'ailleurs rendu au quartier général de M. Sarkozy durant la campagne pour chercher à trouver un règlement à l'amiable qui n'a jamais abouti.

C'est la deuxième fois en un an que le scooter de Jean Sarkozy se retrouve au coeur de l'actualité.

À la suite d'un vol survenu en janvier, il avait été retrouvé en quelques jours par la police. Et les trois présumés voleurs avaient été appréhendés en une dizaine de jours.

Les opposants du président, alors ministre de l'Intérieur, avaient fait grand cas du fait que des tests d'ADN aient été utilisés pour retrouver les auteurs du larcin.

«C'est évident que ce genre de petit événement est révélateur de la manière dont, selon que vous serez puissant ou misérable... l'attitude de la police, de la justice, ne sera pas exactement la même», avait déclaré le candidat centriste François Bayrou.

À l'époque, certains chroniqueurs avaient fait observer que la famille Sarkozy n'était pas la première à bénéficier d'une impressionnante mobilisation policière à la suite d'un vol de scooter. En 2003, l'un des fils du couple formé à l'époque par l'ex-candidate présidentielle Ségolène Royal et François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, s'était également fait voler son deux-roues.

L'enquête avait été confiée à une division de la police judiciaire habituée à enquêter sur des meurtres et des braquages de banque. Des tests d'ADN avaient également été pratiqués sans que les responsables ne soient finalement inculpés.

M. Bellouti se dit convaincu d'être victime d'un système de «deux poids, deux mesures». «Lorsque le fils du président se fait voler son scooter, la police fait du zèle. Tant mieux pour le fils. Dans mon cas, on ne sent pas la même ferveur», déplore M. Bellouti, qui ne perd pas espoir de trouver une entente avec Jean Sarkozy avant décembre.

Marc Thibodeau -La Presse (Canada)

Commenter cet article