La rénovation attendra... PS La grande panne

Publié le par webmaster

Avant l'été, les socialistes voulaient tout casser. Leurs pratiques, leurs idées, leurs tabous... Aujourd'hui, ils se contentent d'attendre que la crise rattrape Sarkozy. La ligne Hollande a gagné. Rendez-vous aux municipales. D'ici là, c'est un parti dépressif qui tente de survivre.

Faut-il appeler ça un sommet ? C'est en tout cas dans les sous-sols de la Place-du-Colonel-Fabien, siège national du PC, que neuf organisations de gauche ont tenu à deux reprises, à la mi-septembre, un conclave aux conclusions incertaines. Le comité Riposte - puisque tel est son nom - ratisse large, des radicaux de gauche à la LCR. Il est né l'année dernière dans la foulée du mouvement contre le CPE. Il revit aujourd'hui. François Hollande et Marie-George Buffet en ont ainsi décidé, lors de la dernière Fête de l'Huma. Quand il s'agit de taper sur Sarkozy, fou qui fait le délicat...

Faut-il appeler ça un flirt ? C'est dans une petite salle de l'Assemblée nationale que, mercredi dernier, le premier secrétaire du PS a retrouvé François Bayrou afin d'évoquer la prochaine réforme des institutions. Pas de poignée de main devant les caméras, pas de conférence de presse commune. On se voi^ on le fait savoir, mais on se montre furtivement. C'était une exigence socialiste. Alors que les municipales pointent déjà le bout du nez, François Hollande ne voulait pas qu'on imagine qu'avec le MoDem son parti et ses candidats puissent nouer, demain, des échanges plus poussés. 

Ainsi va le PS. Un coup à gauche, un coup à droite. En politique, c'est le meilleur moyen de tourner en rond. Officiellement, rien ne change. Le premier secrétaire est toujours à sa place. La synthèse du Mans - vieille maintenant de deux ans - n'est pas remise en question. Le bureau national publie imperturbablement, chaque mardi soir, des communiqués que personne ne lit plus. Le rassemblement de la gauche est toujours à l'ordre du jour, même si tout indique le contraire. L'important est de faire comme si... Comme si la présidentielle n'avait pas eu lieu. Comme si la vie du PS, dans l'opposition, pouvait continuer comme avant. Comme si, en attendant le prochain congrès - avant l'été ? au milieu de l'automne 2008 ? -, il suffisait d'attendre des jours meilleurs. 

En période de gros temps, François Hollande est un navigateur prudent. C'est à chaque fois la même chose : il met son navire en panne. Surtout ne pas donner de prise au vent. Sarko s'agite, Sarko invente une réforme par jour. Pourquoi lutter contre pareil maelstrom ? Le patron du PS a une manière bien à lui de théoriser ses propres intérêts et de transformer des contraintes en une ligne stratégique. Pour lui, pas de doute : tout cela n'aura qu'un temps. Le président paiera dans six mois la facture de ses imprévoyances postélectorales et du retournement de la conjoncture mondiale. D'ici là, il suffit de surveiller le mouvement social comme le lait sur le feu et de répéter jusqu'à plus soif un unique message : un plan de rigueur est déjà dans les tiroirs du gouvernement. Rendez- vous après les municipales de mars. Ces municipales dont Hollande rêve qu'elles aient pour son parti - et pour lui, par la même occasion - une saveur comparable aux régionales de 2004.

Cet immobilisme renvoie à plus tard les rêves de rénovation, voire de refondation. Il repose sur l'idée que la bipolarisation est un fait accompli et que dans l'opposition actuelle le PS reste une force pivot. Derrière tout cela, il y a finalement la conviction qu'en dépit des turbulences de la campagne les fondamentaux socialistes restent globalement sains et qu'au prix de quelques adaptations de ligne l'essentiel peut continuer comme avant.

La ligne Hollande évite les problèmes, donc la crise. C'est sa fonction essentielle. Elle entretient au sein du PS une dépression profonde. C'est sa contrepartie. On est loin des soubresauts de l'après-2002, quand les rénovateurs de l'époque, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, ouvraient sans complexes la chasse aux éléphants et que Jean-Luc Mélenchon et Henri Emmanuelli faisaient feu sur le quartier général. Aujourd'hui, qui croit encore à quoi ? C'est le temps des petits groupes, des petits dîners entre amis, des petits complots qui ne débouchent sur rien. Il n'y a pas un dirigeant socialiste qui n'ait un livre sur le coin du feu. Comme pour passer le temps. Ou prendre date. 

Si l'opus de Jospin a fait autant de bruit, c'est qu'il est venu claquer comme une gifle dans un parti où le silence est roi. Pour un coup de sang, combien de non-dits ? Les grands anciens, désormais, aiment à jouer au vieux sagexs. Partir, revenir. Prendre du champ donc de la hauteur. Fabius, DSK, qui furent les concurrents de Royal, jouent au fond la même partition, même si ce n'est pas dans le même registre. Jamais la tentation de Tailleurs n'a été aussi forte. Sarkozy, qui le sait, en profite pour entretenir le mirage d'une ouverture sans fin. La question n'est pas de savoir si les rumeurs qui circulent - Lang, Allègre, voire Dray ... - ont le moindre fondement. Elles disent un climat de méfiance généralisée aux effets délétères.

Jamais, dans son histoire, le PS n'avait paru à la fois aussi mou et fragile. Dans les sections, c'est aujourd'hui le ressac, et du grand souffle de l'année 2006 il ne reste pas grand-chose, si ce n'est des aigreurs entre les nouveaux adhérents - les fameux «20 euros» - et les autres. Le réseau des élus, qui est le dernier trésor du parti, n'imagine de salut que dans une réelle émancipation vis- à-vis de la Rue-de-Solférino, sans guère de souci de cohérence dans le système d'alliance. Du côté des présidentiables enfin, la nouvelle offre qui s'esquisse entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë met en scène des tempéraments différents, des conceptions divergentes du parti, mais en aucun cas - pour autant qu'on puisse en juger aujourd'hui - des lignes politiques antagonistes. C'est sans doute là le drame des socialistes. Moins ils pensent différemment et plus ils s'insupportent. Jusqu'à quand ?

 François Bazin  Le Nouvel Observateur


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Publié dans L'avenir du PS

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