La Cimade dénonce "l'industrialisation de la rétention"

Publié le par webmaster

Dans son rapport 2006, le service oecuménique d'entraide condamne la "logique éthiquement inacceptable" et "absurde" des pouvoirs publics français qui veulent "faire du chiffre".

Le centre de rétention de Rivesaltes (DR)

Le centre de rétention de Rivesaltes (DR)

La Cimade dénonce, dans son rapport 2006, publié jeudi 4 octobre, "les effets dévastateurs" de "l'industrialisation de la rétention" qui "transforme ces endroits en de véritables camps" pour étrangers. Cet organisme est le seul représentant de la société civile intervenant au quotidien dans les lieux de rétention français.
Dressant un état des lieux dans 23 centres de rétention administrative (CRA-France métropolitaine et Guyane) et trois locaux de rétention (LRA), le service oecuménique d'entraide, condamne la "logique éthiquement inacceptable" et "absurde" des pouvoirs publics français : "Faire du chiffre (arrestations et expulsions ndlr), toujours plus de chiffre, pour les donner en pâture à l'opinion".
Selon le rapport, en 2006, au moins 31.232 personnes ont été retenues contre 28.220 en 2003. Environ 45% ont été présentées à l'embarquement pour être expulsées vers leurs pays d'origine tandis que 54% ont été libérées ou déférées.
Créée en 1939 pour venir en aide aux personnes déplacées par la seconde guerre mondiale, la Cimade assure, depuis 1985, une assistance aux étrangers dans des CRA et LRA. Dans son rapport 2006, ses intervenants "dénoncent les effets dévastateurs de l'industrialisation de la rétention avec la multiplication du nombre et de la capacité des centres de rétention" (786 places fin 2002 à 1.500 en 2006).

"De véritables camps"

Cette augmentation, comme celle de la durée de la rétention (en 2003, la durée maximale a été portée de 12 à 32 jours), "transforment peu à peu ces endroits en de véritables camps où règnent l'anonymat, le désespoir et où la tension est permanente", écrit l'association, condamnant particulièrement "l'utilisation massive et le développement" des LRA.
La Cimade relève que la rétention est en principe une dérogation permettant à l'administration de détenir un étranger qui doit être éloigné du territoire dans des locaux non pénitentiaires. Cette privation de liberté - contrôlée mais non décidée par la justice - "devait rester exceptionnelle et ne durer que le temps strictement nécessaire à l'organisation de l'éloignement", rappelle-t-elle.
"La rétention a glissé peu à peu vers une logique d'internement, transformant progressivement ces lieux en camps", assurent les "témoins" de la Cimade. "Une machine à reconduire s'est installée sans considération, ou si peu, pour les vies humaines", dit-elle.
L'association s'indigne du placement en rétention et souvent du renvoi de parents d'enfants français, de femmes enceintes, de malades, d'enfants, de vieillards, de demandeurs d'asile. Elle demande en particulier la fin du placement de mineurs et de familles en rétention.
Elle condamne également la politique "discriminatoire" conduite en 2006 à l'égard de ressortissants roumains et bulgares (30% des reconduites à la frontière en 2006), citoyens européens depuis début 2007.

La double peine s'applique toujours

La Cimade déplore aussi que la "double peine" - le bannissement d'étrangers ayant purgé une peine, soit "toujours appliquée" malgré des déclarations officielles contraires et "continue à briser la vie de personnes dont toutes les attaches sont en France."
En rétention, "les automutilations et les tentatives de suicide restent nombreuses", souligne-t-elle. "Elles montrent la détresse et le désespoir de certaines personnes placées en rétention et la violence d'un système qui enferme et rejette des personnes qui n'ont fait que fuir la violence, ou chercher une vie meilleure".
Dans la nuit du 1er décembre 2006, un jeune turc de 22 ans s'est suicidé dans sa chambre, au CRA de Marseille. 


NOUVELOBS.COM | 04.10.2007 | 17:15
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