"Celui qui ne veut pas rompre ne peut être socialiste"

Publié le par webmaster

Souvenez-vous. En 2007, apparaît sur internet un blog anonyme tenu par un certain "Mitterrand 2007". Aujourd’hui disparu, le blog renaît de ses cendres et se fait livre. Rencontre "virtuelle" avec ce pseudo Tonton.

Pourquoi avoir emprunté la voix de François Mitterrand pour cette lecture de la campagne présidentielle de 2007 ?
Les desseins des forces de l’esprit sont impénétrables.

« Off » de droite, « off » de gauche… Quelles sont vos sources ?
Votre question est un peu indiscrète. La liberticide loi Dati sur la protection des sources n’étant pas encore promulguée et ne m’obligeant à rien, je n’en dirai donc pas plus.

Vos off venant de « tous horizons », s’agit ­il d’une œuvre collective ?
D’une certaine façon, oui…

Vous êtes-vous « ressourcé » auprès d’anciens proches du président pour ce livre ?
Il n’y a qu’un endroit où les forces de l’esprit se ressourcent : la forêt.

Faîtes-vous partie du sérail politique ou de celui des journalistes politiques ? Pourquoi faire mystère de votre identité ?
C’est le message qui importe et non la plume.

Pourquoi avoir cessé d’alimenter ce blog et décider de le prolonger sous forme de livre ? S’agissait-il d’un buzz destiné à le lancer ?
Je ne le sais pas vraiment moi-même… Disons que la nature des événements a contraint à poursuivre l’œuvre entreprise.

Quel bilan dressez-vous de cette première année de "sarkozysme présidentiel" ?
Les institutions de la Ve République étaient dangereuses avant 1981, elles le sont restées après 1995. Le "sarkozysme présidentiel", est l’aboutissement politique de la décadence intellectuelle des élites de la droite française.

Les "forces de l’esprit" ont-elles définitivement fuient l’Elysée ?
Elles n’ont pas eu à fuir puisqu’elles n’y sont pas entrées avec mon lointain successeur (Jacques Chirac).

Le terme de "monarchie élective" vous semble t’il approprié ?
Oui, tel que défini déjà dans le "Coup d’Etat permanent", mon livre que Laurent Joffrin a relu avec profit, semble-t-il.

Vos critiques n’épargnent pas Rachida Dati…
Mme Dati représente cette vieille tradition de la droite française qui vise à couper l’idéal de Justice avec les principes de 1789. J’en veux pour preuve cette loi abominable sur la rétention de sûreté. L’idée que l’on puisse maintenir enfermées des personnes qui n’ont pas commis de crimes à raison qu’elles sont suspectes de pouvoir les commettre est la porte ouverte à tous les abus. Je trouve la gauche bien timide à ce sujet.

Vous écrivez qu’Alain Juppé et Laurent Fabius étaient les meilleurs pour les élections de 2007, pensez-vous qu’ils puissent encore aspirer à celle de 2012 ?
Hélas pour eux, non… En revanche, s’il mène bien son affaire, notamment sa rupture inévitable avec mon lointain successeur, François Fillon est le favori logique de son camp.

Quelles sont les personnalités qui, selon vous, s’imposent aujourd'hui au PS ?
Le ou la meilleure du moment finira bien par s’imposer. Le plus tôt sera le mieux. Si le PS attend d’être à six mois de l’élection présidentielle de 2012 pour désigner un candidat, le résultat sera le même qu’en 2007. Le congrès qui vient me paraît être le bon moment pour que les socialistes désignent celui qui les guidera pour les années à venir. Pourquoi attendre ? Une stratégie, une ligne, un leader, c’est pourtant simple non ? Si en 1971, au congrès d’Epinay, nous avions eu peur de l’affrontement entre socialistes, Giscard en serait au milieu de son cinquième septennat…

Comment percevez-vous la montée de Bertrand Delanoë ?
Bertrand Delanoë, même s’il est parfois un peu soupe au lait, est doté de grandes qualités, il serait absurde de le nier.

Qui sont aujourd’hui selon vous les héritiers de Mitterrand ? Julien Dray est-il le seul qui trouve grâce à vos yeux ?
Le prochain socialiste qui sera, comme moi, élu chef de l’Etat par les Français sera, aux yeux de l’Histoire, mon digne successeur. Quant à Julien Dray, je le connais depuis longtemps, je sais qu’il ferait un très bon Premier secrétaire… Il a le sens du bien public. Il a ses chances, comme d’autres…

Vous ne parlez pas de Martine Aubry, s’agit-il d’un oubli ?
Les Lillois l’ont plébiscitée lors des dernières élections municipales. Je m’en réjouis, il y a tant à faire dans le Nord.

Qu’entendez-vous par le terme de rupture, seule à même de sauver le PS ?  Qui sont les reconstructeurs ? M. Royal en fait-elle partie ?
Celui qui ne veut pas rompre ne peut être socialiste. « Les reconstructeurs » pensent qu’être réformiste suffira à faire reculer les méfaits du capitalisme mondialisé, ça n’est pas une ambition de socialiste, mais une démission. Cette attitude nourrit la LCR de Besancenot et paradoxalement, le Modem de Bayrou. Quant à Ségolène Royal, j’ai noté comme vous qu’elle continuait de tracer son chemin à sa manière. Nous verrons où cela la mène.

Votre blog renaîtra-il ?
Nous verrons bien… Comme disait Balzac : "pas un jour sans une ligne."

In Métro France - 21 mai 2008

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