Pour reconquérir le PS, Mme Royal veut incarner la "lucidité radicale"

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Peu lui importe que ses adversaires la disent en perte de vitesse et que certains grands élus aient pris leurs distances. Ségolène Royal compte transformer son handicap dans l'appareil socialiste en avantage auprès des militants. Estimant, contrairement à la plupart de ses adversaires, ne pas avoir à préparer dès maintenant le terrain de ses futures alliances, l'ancienne candidate à la présidentielle 2007 a les coudées franches et se dit déterminée à en profiter.

A cinq mois du congrès de Reims, elle compte sur l'efficacité d'un discours que ses fidèles qualifient de "carré". Sa contribution, rendue publique, samedi 28 juin, à Paris, s'en prend vivement au bilan du président de la République.

Dans ce texte conçu de manière "participative" mais auquel elle a imprimé sa marque, Mme Royal dénonce "la mainmise du clan Sarkozy", passé "de la rupture à la déchirure". Elle s'en prend à "une politique archaïque masquée par les lunettes de la modernité branchée, un mélange inquiétant de Silvio Berlusconi et de Doc Gynéco, avec une montre de 50 000 euros au poignet".

Considérant que le PS souffre d'un déficit de combativité, le texte assure que "l'heure n'est plus aux diagnostics tièdes, aux appréciations timorées, mais à la lucidité radicale". Pour autant, il n'est pas question de se retrancher derrière "la défense des grandes conquêtes sociales d'hier, sans en proposer de nouvelles".

Parmi ses orientations, la présidente de la région Poitou-Charentes reprend le concept, très consensuel au sein du PS, "d'Etat préventif (…) capable de suivre les individus dans tous les moments de leur vie" et confirme son engagement en faveur d'un système de retraite "unifié et personnalisé" sur le mode suédois.

Deux propositions, surtout, sont à retenir. La première se définit comme la volonté de "révolutionner la fiscalité". Il s'agirait de fusionner impôt sur le revenu et CSG, de généraliser le prélèvement à la source, de supprimer "l'essentiel des niches fiscales (73milliards d'euros)" et de prélever les cotisations patronales maladie et famille sur la valeur ajoutée et non sur la masse salariale.

L'autre préconise "la fusion du Sénat et du Conseil économique et social, comme le proposait Pierre Mendès France dès les années 1960, combinée à l'obligation de sa saisine préalable sur les projets de loi qui modifient le droit social". "Les sénateurs, poursuit le texte, seront élus autrement en tenant compte de l'importance des populations et par un collège électoral vraiment représentatif des collectivités territoriales".

Soucieuse de baliser un terrain où elle était très attendue, la contribution s'attache à clarifier les relations avec le MoDem. L'idée est de "conserver la stratégie d'alliance née à Epinay qui consiste d'abord à rassembler la gauche, toute la gauche" mais, ensuite, de faire "appel dans les élections à ceux qui se reconnaîtront dans notre projet".

Le texte est incisif sur les questions de discipline interne au PS. "Dès lors qu'il y a eu débat et vote, il faut en être solidaire mais si ce n'est pas le cas, la démission de ses responsabilités dans ces instances doit devenir la règle", insiste la contribution. Celle-ci précise au passage que "l'enjeu de ce congrès n'est pas de faire le programme de gouvernement de 2012" et ne fait aucune autre allusion à la prochaine élection présidentielle. Ségolène Royal aimerait y voir un peu plus clair sur le congrès de Reims avant de se projeter au-delà.

Jean-Michel Normand in Le Monde le 28 juin 2008

Publié dans Rénover et Inventer !

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