La Légion d'honneur de Monsieur Courbet, par Edwy Plénel

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Dans le débat sur la révision constitutionnelle, certains ne comprennent pas que l'on se positionne, comme ce fut notre cas, non seulement par rapport au contenu apparent de la réforme, mais aussi par rapport à la pratique réelle du pouvoir de celui qui la promeut. Je pense pourtant que c'est la seule démarche réaliste, voire même pragmatique. Avant d'y revenir plus avant, démonstration en forme de promenade avec Gustave Courbet et de détour par la Légion d'honneur.

Dans notre république monarchique, les promotions de la Légion d'honneur sont toujours instructives. Ainsi, au chapitre de la privatisation accélérée du pouvoir, rejoignant les records de ses prédécesseurs, voire les dépassant si l'on tient compte du rythme de cette appropriation, il n'a pas été suffisamment remarqué que Nicolas Sarkozy, à l'occasion de la fête nationale et sur son contingent présidentiel, a fait chevalier de la Légion d'honneur une magistrate aux affaires familiales du tribunal de Nanterre, Nicole Choubrac. Tout comme il distingua Ingrid Betancourt. Mais l'acte de bravoure de cette magistrate est sans commune mesure avec celui de l'ex-otage franco-colombienne: elle a prononcé dans son bureau le divorce des époux Sarkozy, Nicolas et Cecilia, en octobre 2007! D'un divorce à un mariage, on trouve dans la même promotion, élevé au rang d'officier, le publicitaire Jacques Séguéla qui organisa, peu de temps après cette séparation, le dîner en forme de « blind date » (dixit l'intéressée), autrement dit de rendez-vous arrangé, où le président de la République commença son idylle avec Carla Bruni.

Il est des Légions d'honneur fort respectables, et sans doute en est-il parmi les estimables lecteurs et lectrices de Mediapart. Des décorations qui distinguent l'abnégation du service public, l'engagement dans la Résistance, les servitudes militaires, les œuvres artistiques, le dévouement et la bravoure, la rectitude et la droiture, la reconnaissance d'une injustice, les dettes de mémoire, etc. Mais ce n'est pas faire injure à ceux-là que de s'interroger sur le dévoiement, profitant à d'autres, de ces justes reconnaissances et distinctions en colifichets et boutonnières offerts aux courtisans, obligés et serviteurs, non pas de la République comme bien collectif mais de la seule personne qui, un temps, parfois bien long, la préside. Evidemment, ce détournement n'est pas propre au présidentialisme, et un essai subtil d'Olivier Ihl a su interroger cette originale persistance de l'esprit d'Ancien Régime au sein de la République depuis sa renaissance véritable, avec la Troisième du nom (Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules, Gallimard, 2007). Mais le présidentialisme accentue et amplifie indiscutablement sa dimension privative, à la mesure de l'inévitable diffusion d'un esprit de cour.

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Billet d'Edwy PLENEL publié sur le site Internet de Médiapart. Pour lire la suite du billet, cliquez .

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