Ségolène et les vieillards

Publié le par webmaster

Il ne faudrait pas que l'aveuglement conduise les socialistes à un suicide collectif

 

A l'évidence, Ségolène Royal les rend fous. Pis que cela : elle les rend bêtes. Supérieur à la moyenne, le quotient intellectuel des dirigeants socialistes s'effondre brusquement, à la limite de la débilité, dès que l'on prononce le nom de Ségolène. Leurs boussoles s'affolent, leurs logiciels se détraquent; elle est à elle seule leur triangle des Bermudes. On se souvient de Laurent Fabius : «Qui gardera les enfants ?» De Martine Aubry : «Ce n'est pas un concours de beauté !» De Lionel Jospin : un livre entier contre l'ex-candidate ! Michel Rocard veut s'en aller; Jean-Luc Mélenchon est déjà en fuite. Le social-libéral Delanoë s'inquiète d'une alliance possible avec le MoDem. François Hollande, son ex-compagnon, bégaie à l'annonce du résultat, se contredit, sème des pièges, allume des contre-feux. Tous la détestent. La plupart, qui rêvent en secret d'un rapprochement avec le centre et ne laissent pas d'ourdir des désistements avec les centristes; tous, qui pensent comme des bourgeois, qui vivent comme des bourgeois, qui thésaurisent comme des bourgeois, affichent leur terreur : «L'an dernier, on a échappé de peu à François Bayrou comme Premier ministre !» Commedianti ! Tragedianti ! En bon français : faux-culs !
Une perte d'intelligence aussi subite et aussi collective ne relève pas des sciences cognitives, mais bien de la psychanalyse. Comment expliquer ce mélange de haine rabique et de sottise avérée ?
C'est en vérité bien simple : Ségolène Royal n'accepte pas la règle du jeu; par son comportement, elle la détruit. Qu'est-ce que le Parti socialiste ? Un cercle fermé, à l'image d'un club anglais, où de vieux machos, le teint couperosé, le tweed fatigué, la pochette agressive, veulent pouvoir siroter en paix leur porto à l'abri de leur femme, de leurs fournisseurs - et du peuple. Ce n'est pas une question de droite ou de gauche : Jean-Luc Mélenchon et Jean- Marie Bockel ont longtemps coexisté au PS et, du reste, Ségolène Royal y est conjointement accusée de tendances droitières et de démagogie gauchiste. C'est une question d'endogamie politique. On veut rester entre soi : le PS, c'est le Jockey Club à la portée des instituteurs.

Alors, quand Ségolène préconise la démocratie participative, qu'elle surfe sur les 20 euros et dénonce dans la cotisation une taxe sur la militance, toute la basse-cour se met à caqueter : on n'est plus chez soi ! Quand elle décrit la social-démocratie comme une recette du passé qui s'efforce de réparer les dégâts du capitalisme alors qu'il s'agit de les prévenir, elle pose le bon diagnostic mais elle dérange : on s'était à peine installé dans les habits de Bernstein, dans les recettes suédoises et dans les meubles Ikea qu'il faudrait déjà décaniller ? Impossible, ma chère ! C'est comme ses te nues : il paraît qu'elle est passée chez son coiffeur et qu'elle a changé de robe avant d'aller au Zénith ! Ce n'est pas Rocard ou Jospin qui feraient des choses pareilles. Ils se contentent de scier des planches à la télé ou d'y chanter «les Feuilles mortes»... Mais le Zénith ! Il y avait là de la musique comme à la Fête de l'Huma. Ou comme à la messe, oui, mon cher, comme à la messe !
A propos, les centaines de milliers de militants qui dans l'Ohio, en Floride, en Virginie et ailleurs ont assuré la victoire d'Obama, étaient-ils à jour dans leurs cotisations ? Ce n'est pas sûr, camarades, il faudrait aller vérifier ça avant de se réjouir.
Alors, vous êtes donc un inconditionnel de Ségolène ? - Pas si vite, mon ami, pas si vite. Elle a encore des progrès à faire et beaucoup à travailler d'ici à 2012. Elle est souvent trop arrogante et pas assez fiable. Mais elle est l'un des principaux atouts du parti. Et puis, Ségolène Royal est un symptôme. De ces bonzes inoxydables, vieux dans leur tête, vieux dans leurs moeurs politiques, les Français de gauche ne veulent plus : «Encore vos combines ? Alors, encore Ségolène !» disent-ils. La marginaliser, ce serait vouloir tuer le symptôme plutôt que la tumeur. Il ne faudrait pas que la mesquinerie, le ressentiment, l'aveuglement conduisent les socialistes à un suicide collectif, comme un troupeau de baleines déboussolées qui viennent s'échouer sur la grève

 

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

Tout commentaire devient inutile car tout est dit !
Nos "vieillards" font tout pour que la droite régne encore de très nombreuses années.

N'ont ils pas encore compris que des millions de Français attendent de voir enfin une VERITABLE  opposition à Sarkozy ?

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MARC OLIVIER CAFFIER 14/11/2008 17:14

Tout à fait d'accord avec l'analyse selon laquelle certains -trop nombreux- élus manifestent une tendance au cumul de mandats électifs pour des raisons qui n'ont rien à voir avec un soucis d'efficacité ou de service. Sur ce plan, l'attitude de Ségolène Royal va dans le bon sens (et c'est à son honneur). Le "renouvellement" "l'oxygénation" des instances passe par le non cumul des mandats, et nous aurions tout à gagner à imposer, dans l'avenir, une telle mesure.

Marianne 14/11/2008 15:15

Alors là, franchement, je tire mon chapeau à Jacques Julliard ! Enfin un diagnostic pertinent et vibrant de la situation du PS d'aujourd'hui.. Espérons que cet édito rencontrera l'écho qu'il mérite...

webmaster 14/11/2008 13:43

L'âge de Julliard et Bergé n'a rien à voir comme vous le précisez heureusement.Par ailleurs il suffit d'assister à une AG (val de marne par exemple) pour comprendre que parmi les militants, nombreux sont ceux qui sont des élus et qui ne veulent surtout pas voir leurs privilèges remis en cause avec une réduction du nombre et de la durée dans le temps des mandats. Ce qui n'est pas mieux à droite certes, mais nous ne sommes pas ici pour nous occuper d'eux.En attendant la population de Gauche s'écarte de plus en plus du PS avec juste raison et cela est bien la conséquence de l'attitiude de bien des dirigeants qui entretiennent bien auprès de "leurs" militants cette atmosphére délétére.BIEN CORDIALEMENTLe webmaster

Marc-Olivier Caffier 14/11/2008 13:05

Celà dit avec tout l'affectueux respect que je leur dois, entre Pierre BERGE (son mentor) et Jacques JULLIARD, on n'est pas non plus dans la première jeunesse.La question que je me pose (et à laquelle à ce jour je n'ai toujours pas de réponse) c'est POURQUOI ??? Pourquoi suscite-t-elle un tel rejet de la part de nombreux militants (probablement à la mesure de l'enthousiasme qu'elle a su engendrer chez d'autres nombreux militants) ? Et ceux qui la rejettent, parfois avec une certaine "violence" ne sont pas tous vieux et fatigués.Pour ma part, je ne souhaite pas voir le PS  se transformer en FAN CLUB et le comportement de ces derniers mois de Ségolène ROYAL m'y fait penser sans qu'elle ne fasse quoique ce soit pour dissiper ce malaise. Et la situation de l'UMP  un Nicolas Sarkozy "chef incontesté" ( quoique....) me semble fort comparable à un PS diriger par Ségolène ROYAL. Il a certes gagner les élections, mais probablement suscite-t-il quelque "malaise" chez certains militants UMP.La motion E rengorge de talents, dont de nombreux sont capables d'assumer la fonction de premier secrétaire. Pourquoi ne pas les mettre en avant ???