Les mésalliances du PS pour tuer Ségolène Royal

Publié le par webmaster

Par Iconoclaste, gino-hoel

 Le PS n'en finit donc pas de toucher le fond. Après le désastre pour la gauche et la France qu'a été le congrès de Reims, il n'en finit pas de s'auto-détruire, de s'auto-mutiler. On a raillé Ségolène Royal parce qu'elle affirmait que "le PS devait se soigner" mais force est de constater qu'elle n'avait pas tort.

Quand on songe que les militants l'ont sifflée alors qu'elle citait J. Jaurès et qu'on entend en même temps des commentateurs nous affirmer que son discours était religieux devant des socialistes aguerris au débat, à la culture politique... Tu parles, Charles ! Ils sont formidables, parfois, ces commentateurs ! (Cf. hier dans Ripostes sur France 5, C. Fourest, entre autres)

Voici donc B. Delanoë qui se rallie à M. Aubry ; B. Delanoë qui affirmait ne vouloir soutenir personne. Ce n'est plus Shakespeare, c'est Feydeau ! Quelle mouche l'a donc piqué ? Que s'est-il passé entre le Reims et Paris, hier après-midi, lors de son voyage de retour ?

Bien malin qui peut répondre à cette question. En réalité, son orgueil n'a pas souffert d'être non seulement distancé lors du vote sur les motions mais encore d'être obligé d'avaler sa candidature "pour ne pas ajouter à la division". Non, il préfère diviser en dehors du congrès, c'est plus simple. Et tellement plus courageux...

Mais surtout, pourquoi ne pas l'avoir fait pendant ce congrès ? Plutôt que gesticuler comme un vieux pantin manipulé par la vieille garde jospiniste à sa tablée, devant la tribune et les caméras. Plutôt que dodeliner comme une diva sur le retour quand S. Royal proposait de soumettre au vote des militants la question des alliances, pierre d'achoppement des discussions. Et encore, plutôt que de pierre, il serait plus convenable de parler de caillou...

Tout cela est grotesque, non avenu et capotera, au final. M. Aubry devrait se méfier : ce soutien ressemble à une corde qui soutient le pendu. Car nombre de militants dans les sections (et même dans celle du maire de Paris, dans le XVIIIe) ont décidé de soutenir S. Royal massivement. Pourquoi ?

Parce que les motions A de B. Delanoë et E de S. Royal sont très proches. Et aussi les plus éloignées de M. Aubry qui n'a cessé de flirter avec B. Hamon (voire O. Besancenot, dans ses discours à la tribune de Reims) pendant tout ce congrès !

B. Hamon qui hallucine, au reste, de voir un tel ralliement de dernière minute ! B. Hamon qui voit même dans ce soutien un "règlement de compte" ! C'est dire si, au PS, la paranoïa de certains a pris le pas sur la raison.

Revenons sur cette question du MoDem. Je n'ai jamais été ici (et mes articles incendiaires sur le MoDem peuvent le prouver) un ardent défenseur de l'alliance au centre. Il n'empêche, il faut être pragmatique. La gauche rassemblée, du PS à l'extrême-gauche, pesait au 1er tour de la présidentielle, 37%, de mémoire. C'est peu pour être majoritaire.

Il y a eu, lors des dernières municipales, certaines alliances PS-PCF-Verts-PRG-MDC-MoDem qui ont permis des élections au 1er tour dans certaines grandes et moyennes villes avec des scores inédits. Qui a dit, à ce moment-là, que les programmes avaient été bâtis sur une ligne centriste ? Personne. Car ils ont toujours été construit sur une ligne de gauche.

Imagine-t-on les camarades communistes, écologistes, radicaux et républicains devenir subitement, contre la droite, des centristes ? Tout ceci est fumeux et démontre que les arguments déployés lors de ce congrès ne passaient pas la marée. Il va falloir s'y faire : le MoDem - malgré ce que peut prétendre Fr. Bayrou - n'est plus un parti de centre-droit ou de droite mais un parti de centre-gauche. Pourquoi ?

Parce qu'il ne reste plus aujourd'hui au MoDem que des gens venus de la gauche ! Les autres ont rejoint le chef de l'Etat ! Parce que Fr. Bayrou n'a plus d'avenir politique à droite. Parce que revenir à droite, pour lui, serait suicidaire. Il est parfois azimuté - j'en conviens -, il n'est pas toujours très clair - je l'admets -, mais cela - je le pense -, il l'a compris.

De l'aveu même de son chef, il est dans "l'opposition". Il affirme même que "refuser le MoDem, c'est dix ans de Sarkozy". Nous pourrions lui rétorquer qu'en appelant à voter pour S. Royal en 2007, il nous aurait évité cinq ans de gabegies sarkozystes, mais il ne l'a pas fait. Néanmoins, il n'est jamais trop tard...

Alors, il ne reste à S. Royal que d'en appeler aux militants qui ont une conscience, qui réfléchissent, qui ne magouillent pas dans les allées des congrès pour obtenir le pouvoir et qui ont du bon sens. On leur a dit qu'il fallait la soutenir pour la présidentielle mais aujourd'hui on leur affirme qu'elle est tordue et qu'elle ne peut pas diriger le PS. Ils ne sont pas fous, ces militants et eux, au moins, ont encore un honneur.

La présidente de la région Poitou-Charentes a raison quand elle constate avec désolation que le PS "a perdu le sens du code de l'honneur". Ces gens-là, ces dirigeants, devraient rendre les mandats qu'ils occupent. Ils ont non seulement perdu leur honneur mais encore leur fiabilité. C'est encore plus grave pour les gens qu'ils administrent dans leurs fiefs, leurs baronnies. Et pour demain notre pays si par danger l'un d'entre eux (M. Aubry ou B. Delanoë) devaient occuper des postes de premier plan.

Le JDD

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