Deux PS pour le prix d’un !

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Par Renaud Dély. Ce n'est plus Un fauteuil pour deux : Martine Aubry est officiellement Premier secrétaire et Ségolène Royal a annoncé abandonner toute poursuite. En revanche, l'avenir du parti socialiste risque fort de ressembler à Un siège (celui du PS) pour deux!

 

 

 

Deux partis en un. D’un côté le canal historique, de l’autre le canal énergique. D’un côté, Martine Aubry, officiellement intronisée dans une ambiance morbide, de l’autre Ségolène Royal, entourée de ses fidèles, qui appelle avec fougue ses partisans à continuer au sein du PS le « combat de la rénovation ». Les images ont un sens en politique et celles-là ont bel et bien marqué une sorte de scission interne au PS.

Dans la paix, le calme, presque le recueillement… L’avènement de la maire de Lille au poste de premier secrétaire du PS s’est fait dans une atmosphère… d’enterrement. Les 300 membres présents du conseil national (le parlement du parti), étaient crispés, s’observaient du coin de l’œil, chuchotaient, et semblaient totalement épargnés par « l’émotion » que Martine Aubry a répété éprouver. Et ils ont à peine applaudi leur nouvelle chef, les partisans de Bertrand Delanoë tirant franchement la tronche de devoir s’incliner devant celle qui avait mené une campagne féroce contre le maire de Paris en dénonçant, sans nuance, son ralliement au « libéralisme ». Dans ce Congrès de toutes les tromperies et faux-semblants, le maire de Paris n’est pas le moins cocu, lui qui s’est finalement incliné devant une candidate qui avait recueilli moins de voix que lui lors du vote sur les motions le 6 novembre et qui ne l’avait guère ménagé des semaines durant. L’ancien ministre Jean Glavany a rajouté une touche d’austérité toute jospinienne en prononçant une sorte d’homélie funèbre, du haut de ses « 35 ans de militantisme », qui a achevé de donner à ce « vieux parti » qu’il chérit tant une allure de musée. A l’écouter, on se disait que la « vieille maison » de Léon Blum a décidément l’âge de ses artères (103 ans !) et apparaît fort branlante.

On pourra bientôt la visiter tous les jours de la semaine, de 10 à 18 heures, sauf le mardi, jour de fermeture hebdomadaire des musées nationaux. Ne manquaient qu’une leçon d’histoire de Pierre Mauroy, un rappel à l’ordre de Lionel Jospin, voire une intervention de l’inoxydable Louis Mexandeau, pour achever d’embaumer l’antiquité de la rue de Solférino.

Royal rejoue la Cène… mais qui sera Judas?
Quelques minutes plus tard, Ségolène Royal a posé, entourée de son équipe, dans une mise en scène digne d’une reconstitution de la Cène (mais qui était Judas ?) pour se féliciter, avec fougue et enthousiasme, de la « très belle bataille  menée » contre « l’appareil », un « exploit » qui lui a permis de « rassembler la moitié du parti, et même peut-être un peu plus », façon d’entretenir la suspicion sur la victoire de sa meilleure ennemie.

Mais de prolongation des procédures et recours ou de plaintes devant les tribunaux, il n’est plus question. Ségolène Royal ne conteste plus le résultat, « L’heure est à l’unité et au rassemblement » a-t-elle clamé. En fait, c’est une sorte d’exil intérieur qu’a décidé l’ancienne candidate à la présidentielle. Elle entend prendre toute sa place dans le PS, en confortant l’unité de ses troupes que Martine Aubry va s’efforcer de détacher en leur proposant des postes au sein de la direction. Royal, elle, assure vouloir continuer à réclamer la rénovation à travers un « changement des pratiques » ou la revendication d’adhésions à prix modiques. Royal a donc appelé ses partisans déçus à ne pas déserter le PS, pour mieux préparer les combats futurs, à commencer par celui de la désignation pour la présidentielle de 2012. La présidente de la région Poitou-Charentes a décidément la défaite joyeuse, un peu comme ce soir du 6 mai 2007 où, sévèrement battue par Nicolas Sarkozy, elle avait assuré à ses supporters qui l’acclamaient rue de Solférino qu’elle les entraînerait bientôt « vers d’autres victoires ». Cette fois, elle mise clairement sur l’échec de cet appareil vieilli pour se poser, le jour venu, en recours. Et signifie déjà qu’au-delà de cet échec arithmétique, litigieux, elle est bel et bien convaincue d’avoir gagné la première manche politique.


Regardez ci-dessous le message qu'a adressé, hier, Ségolène Royal à ses militants.
Il est assez clair puisqu'il se termine sur ces mots : «2012 c'est demain, 2012 c'est maintenant, et donc c'est maintenant que nous nous y mettons»

 


Durée : 02:15 Pris le : 26 novembre 2008

 

Mardi 25 Novembre 2008 - 22:49 Renaud Dély

Publié dans L'avenir du PS

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