Des mesures d'urgence pour le pouvoir d'achat

Publié le par DA Créteil, etc...

01 décembre 2008 - 13:12

Par l'équipe de Ségolène Royal


Stagnation des salaires et baisse du niveau de vie, hausse massive du chômage avec plus de 40 000 demandeurs d’emplois supplémentaires en octobre, croissance faible, déficits publics, absence de perspectives pour les jeunes, dont le pessimisme est plus fort que partout ailleurs : l'inquiétude est vive, le pays en chute libre. Les plans sociaux se multiplient et la liste des entreprises victimes de délocalisations s’allonge : Camif, Renault, Molex, Ford, PSA, Caisses d’épargne et bien d’autres encore.


La France dispose d’atouts exceptionnels, industriels, humains, naturels. Elle est la cinquième puissance du monde. Elle a le potentiel, l’inventivité et les talents pour surmonter la crise et être la pionnière vigoureuse d’une nouvelle économie, enfin réconciliée avec le social et l’environnement.

Et pourtant la France va mal.


Elle va mal parce que la gestion de la crise économique et sociale n’est ni à la hauteur de l’urgence, ni à la hauteur du rang qu’occupe notre pays dans le monde. Effet d’une déflagration majeure, mondiale, inexorable, affectant toutes les contrées du globe entend-on. Oui, sans aucun doute. Mais la question n’est pas de savoir si certains sont épargnés. Elle est de savoir si tous les pays réagissent de la même manière, avec la même clairvoyance, la même volonté. A l’évidence la réponse est non.


Certains ont eu la lucidité radicale et le courage de prendre les bonnes décisions au bon moment. Ils ont fait voler en éclat les solutions orthodoxes et les consensus dominants dictés par des banquiers et des élites financières discrédités. Ils ont mis les banques sous contrôles ; ils ont relancé l’économie en jouant directement sur le pouvoir d’achat et en baissant la TVA. C’est le cas du Royaume-Uni de Gordon Brown.


D’autres n’ont pas eu ce courage. Le gouvernement français avait le choix entre le statu quo et la création d’un nouvel ordre économique et financier, en France et en Europe. Nicolas Sarkozy a choisi, au-delà des discours et des mots, le statu quo, la connivence avec les milieux d’argent et le favoritisme.


Les annonces n’ont certes pas manqué. Les banques ont bénéficié d’une aide exceptionnelle de 10,5 milliards d’euros : mais 10,5 milliards sans contrepartie, sans entrée de l’Etat au capital et dans les conseils d’administration. On nous dit que les préfets surveilleront les établissements bancaires. Mais de quelles compétences financières disposent-ils vraiment ? On créé la fonction de médiateur du crédit. Mais avec quel autre pouvoir que celui de dénoncer publiquement les cas les plus abusifs ? Avec quel moyen de relancer vraiment le crédit, partout sur les territoires ?

Car pendant ce temps, les conditions de prêt se sont durcies. Certaines entreprises ont des déficits temporaires de trésorerie. Et pourtant elles sont maintenues sous l’eau et menacées de dépôt de bilan parce que leur banque ne leur prête plus. 22 milliards d’euros ont été prélevés sur les livrets d’épargne populaire et le les livrets de développement durable pour relancer l’investissement. Mais les PME ne voient toujours rien venir. Les garanties et les prêts d’OSEO ne se débloquent pas, prisonniers d’un carcan de règles complexes et peu lisibles.

Et puis il y a les millions de familles qui voient approcher les fêtes de fin d’année et qui se demandent de quoi demain sera fait. Leur moral n’a jamais été aussi bas. Parce que leurs salaires stagnent. Parce qu’en dépit des sacrifices qui leur ont été demandés depuis des années, elles sont menacées par le chômage et la précarité.

Alors que faut-il faire ? La France a en elle l’énergie pour avancer. Il faut l’utiliser. La démultiplier. Lui permettre de s’exprimer. Si les salariés n’ont pas les moyens de payer  et d’acheter ce qu’ils produisent, comment le pays se relèvera-t-il ? Si les entreprises ont les compétences qui leur permettent d’innover mais n’ont pas accès au capital, comment la France pourra-t-elle à la tête de la mondialisation ?


En ce temps de crise, des mesures d’urgence s’imposent.
A l’approche de l’hiver, il est urgent de baisser encore le prix de l’énergie et notamment du fioul. Il est urgent de conditionner les aides à la conclusion d’accords salariaux dans les entreprises. Il est urgent surtout de baisser la TVA d’au moins 2%, sans restreindre cette mesure à la seule industrie automobile ou au bâtiment. La crise est générale et c’est une crise du pouvoir d’achat. Des mesures sectorielles ne feront que favoriser les grands groupes, sans garanties aucune sur l’investissement.

Une diminution de TVA de 2% coûtera environ 16 milliards d’euros. Pas plus cher que le paquet fiscal. Au gouvernement maintenant de nous dire ce qui est le plus utile : donner grâce au bouclier fiscal un chèque de plus de 20 000 euros à 16 000 contribuables assujettis à l’ISF ? Ou bien permettre à tous de vivre correctement et de contribuer par leurs achats à la relance de l’activité ?


Enfin, il est temps de proposer un plan massif d’investissements dans la croissance écologique. Si nous attendons encore, si nous ne prenons pas aujourd’hui le train de la révolution verte, si nous différons les choix fondamentaux que d’autre pays ont fait depuis longtemps ou sont en train de faire, la France reculera. Nous ne pouvons pas nous le permettre.


Nicolas Sarkozy a attendu un an et demi pour lancer un plan de 450 millions d’euros dans la voiture électrique. Ce n’est pas de 450 millions d’euros dont nous avons besoin mais de plusieurs dizaines de milliards. Pour développer enfin le ferroutage, les autoroutes de la mer, l’excellence environnementale dans le bâtiment, le retraitement des déchets, l’énergie.


Plus que jamais, le Parti socialiste doit faire entendre une voix forte, puissante, unie. Il doit mettre son énergie auprès de celles et ceux qui attendent, parfois désespérément, que cela change. Il doit mettre ses talents au service d’un projet de vie, au service du sursaut auquel nous aspirons tout, au service d’une renaissance.

S’opposer au gouvernement toutes les fois que cela est nécessaire. Proposer une alternative politique : voilà plus que jamais la ligne que nous devons suivre.

Publié dans Rénover et Inventer !

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