Le clan des Siciliens

Publié le par DA Créteil, etc...

Comme souvent, une excellente tribune de Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur de cette semaine.
Vous pouvez la retrouver en format papier mais aussi sur Internet en cliquant là.
Voici tout de même un extrait de cet édito :


[...] La première conclusion à tirer de ce bilan, c'est que, depuis l'effondrement du socialisme comme pratique, mais aussi comme théorie, nous vivons sous le régime de l'imposture et de l'intimidation permanentes. Faute d'être contredits, les petits messieurs péremptoires de la régulation par le marché, les mécaniciens fous de la société automatique se sont mis à raconter n'importe quoi. En toute impunité. La grande déroute des économies industrielles qui s'annonce, que dis-je ? qui est déjà là, est d'abord une défaite de la pensée. Cà et là, des esprits indépendants lançaient bien, comme une bouteille à la mer, que tout cela ne durerait pas toujours, qu'un jour ou l'autre la formidable bulle spéculative qui s'accumulait à l'échelle mondiale, ne laissant plus à l'économie réelle qu'un rôle de comparse attardé, finirait bien par crever. En pure perte. Une économie virtuelle, dématérialisée, une économie hors-sol, comme il y a une agriculture hors-sol, continuait à obséder les esprits.


Et pourquoi ? Pourquoi cette préférence pour la déréalité ? C'est bien simple. Point n'est besoin d'être disciple de l'école de Chicago pour le comprendre. Un peu de psychologie y suffit. Parce que ce système a permis l'édification des fortunes les plus subites, les plus démentielles, les plus déconnectées de tout accroissement de la richesse des nations. Les grands patrons, les banquiers, les traders, les sorciers en «conseil» et en «assistance» construisaient des fortunes colossales en pianotant sur leur ordinateur. La richesse, c'est simple comme une liaison à internet. C'est la complicité tacite de ces exploiteurs du système, c'est l'omerta des spéculateurs qui ont transformé les cercles dirigeants de la finance en clan des Siciliens.

Bien entendu, cette imposture généralisée n'a été possible que parce que les chefs de gang ont trouvé des relais zélés dans les médias, expliquant à longueur d'antenne que ce qui est bon pour Zacharias, Bernard, Bouton, Forgeard, Tapie et compagnie est bon pour chacun d'entre nous. Il s'est créé aussi une doxa ultralibérale, sur laquelle ont proliféré les petits rapaces et les grands prédateurs. Il est triste de devoir expliquer la macroéconomie par la micropsychologie des chefs d'entreprise, mais quand la cupidité personnelle tient lieu d'ambition collective, c'est tout le système qui s'écroule dans l'inanité et le mépris. [...]
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