Relations dégradées "entre les habitants des ghettos et la ville"

Publié le par DA Créteil, etc...

Dans la perspective d'une nuit du 31 décembre potentiellement agitée dans les quartiers, le Monde s'est entretenu avec le sociologue Didier Lapeyronnie, qui y analyse le phénomène de ghettoïsation à l'oeuvre dans les quartiers.

Ce point de vue apporte un éclairage tout à fait intéressant sur la question des quartiers difficiles. Voici quelques extraits de cet entretien que nous vous recommandons de lire
en cliquant là :

Sur le phénomène de ghettoïsation : [...] "Pour que se constitue un ghetto, il faut à la fois une fermeture d'un territoire vis-à-vis du reste de la société et la construction, dans cette cité, d'une contre-société ou d'un mode de vie particulier. Autrement dit, les ghettos se construisent autant par l'extérieur - cela correspond aux effets de la ségrégation sociale et raciale - que par l'intérieur - l'élaboration d'une organisation sociale qui permet de compenser un peu les blessures infligées par la société." [...]

Sur sa propagation : "Tous les quartiers populaires ne sont pas des ghettos. Mais il y a du ghetto dans beaucoup d'entre eux. Paradoxalement, ces phénomènes de ghettoïsation sont plus marqués en province que dans les régions auxquelles on pense habituellement, comme la Seine-Saint-Denis ou la banlieue lyonnaise." [...]

Sur le lien entre l'existence de tels ghettos et la détérioration des rapports hommes-femmes : [...]
"profond sentiment d'humiliation pour les hommes qui perçoivent l'émancipation des femmes comme une démonstration supplémentaire de leur relégation, et la "féminité" comme une trahison. Du coup, ils tendent à se replier sur les modes sociaux traditionnels, sur les rôles familiaux rigides où chacun a une place prédéfinie. On les voit ainsi se crisper autour de la définition de la masculinité la plus paternelle et la plus virile pour défendre leur place."

Pour conclure : "Au final, tout cela renvoie à la nature profonde du ghetto, enfermement subi mais aussi mode de protection vis-à-vis d'une société qui exclut ses habitants. Le ghetto est donc un univers de stéréotypes d'où chacun cherche à s'échapper mais dont tout le monde est complice."


Propos recueillis par Luc Bronner

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