Quand le journalisme devient nauséabond...

Publié le par DA Créteil, etc...

Ci-après  "Affaire Dray : quand le journalisme devient nauséabond", tribune de Philippe Cohen dans Marianne, au sujet du "scoop" que s'est permis d'afficher le journal l'Est républicain. Parce que cette tribune est courageuse et dans une certaine mesure icônoclaste, nous nous permettons de la publier.

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C’est formidable, le journalisme d’investigation ! Ce matin nous apprenons à la radio le méchant scoop de l'Est républicain sur Julien Dray : la fameuse note de Bercy qui donne un certain nombre de précisions sur le train de vie du député socialiste. Notre propos ne concerne pas le fond, ou plutôt la tendance aux achats compulsifs que Julien Dray reconnaît lui-même, ni les abus éventuels sur lesquels la justice se prononcera le moment voulu. Il ne concerne même pas le fait que le scoop du quotidien régional est largement faisandé puisque le Monde et le Parisien ont déjà publié, avant Noël, de larges extraits de la note sur les dépenses de Julien Dray.
 
Non, ce qui met en rogne ce matin, c’est ce journalisme de pacotille, avec sa langue de bois et ses roulements de tambour imbéciles : « l’Est républicain s’est procuré le rapport des enquêteurs de Bercy sur les comptes bancaires du député de l’Essonne. » Comme son journaliste champion du scoop judiciaire toutes catégories confondues est dans une relation privée privilégiée avec une magistrate au parfum des affaires, on suppose que le dit Est républicain ne s’est pas beaucoup dérangé… Voilà des années que Laïd Sammari profite de cette situation pour enrichir la rubrique, pour multiplier, en toute impunité, les instructions médiatiques à ciel ouvert. Au mépris du secret de l’instruction et des droits de la défense, bien sûr. Mais aussi du minimum de dignité dont a besoin le journalisme en ces temps difficiles. Je sais bien que mon article ne sera populaire et que beaucoup de gens préfèrent se délecter de la lecture des révélations sur la vie bienheureuse d'un député du PS. Mais aussi condamnable soit-il, Dray a le droit de se défendre sans que son procès médiatique soit instruit à longueur de colonnes durant plusieurs semaines en l'obligeant au silence puisqu'il n'a pas accès au dossier.



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