L'honneur du journalisme

Publié le par DA Créteil, etc...

Edwy Plenel, dans Médiapart, a publié un écrit engagé et invitant à la réflexion que je vous recommande hautement. Intitulé "Obama contre la torture : l'honneur d'un journaliste", il décrit et analyse brillamment le rôle qu'a pu avoir un journaliste Sy Hersh, dans le dévoilement des idéologies et des principes à l'oeuvre dans la création du camp de Guantanamo, ainsi que dans la réalité des tortures qui y étaient (et sont encore) commises.
Outre ce récit d'une vérité qui éclate au grand jour, on y retrouve une description méthodique du journalisme réellement admirable : 


"[...] Hersh n'est pas en campagne, encore moins en croisade. Mais, pour reprendre la célèbre formule d'Albert Londres (1884-1932), il porte la plume dans la plaie. Il va jusqu'au bout de ce que ce métier exige, du moins si l'on estime que la démocratie en est l'enjeu infini. Si son parcours professionnel force l'admiration, c'est parce que, là où d'autres, la plupart sinon tous, auraient dételé et renoncé, lui n'a jamais lâché le travail d'enquête, l'ordinaire de l'investigation, la passion de la curiosité. [..] Mais Hersh l'indocile reprit vite sa liberté : son style de journalisme dérange trop la corporation, partagée entre l'admiration, la jalousie et la défiance.

 

Hersh bouscule le journalisme assis, rangé et repu. Jamais satisfait des discours officiels ou apparents, il cherche toujours plus loin, ailleurs et à côté, au-delà et en deçà. Son journalisme est de l'espèce verticale, par opposition à l'horizontalité du journalisme de fréquentation où le même côtoie toujours le même, produisant du semblable et du pareil et confortant ainsi, en toute bonne conscience, cette perception d'une information uniforme et homogène d'où l'étonnement véritable est banni. « Sy » Hersh fait le pari acharné de l'événement, c'est-à-dire de l'étonnement sans lequel il n'est pas de pensée en mouvement, de la surprise sans laquelle il n'est plus de question dérangeante, du conflit autour du réel qui est au cœur même du débat démocratique. [...]

Les révélations qu'il nous impose "donnent à penser, et pas seulement à voir. Elles obligent à réfléchir, et donc à se mettre en mouvement. Elles réveillent les somnolences civiques, bousculent les passivités démocratiques, dérangent nos certitudes et nos évidences. On comprend, dès lors, que cette pratique du métier puisse fasciner et exaspérer à la fois, car elle cherche à nous redonner confiance dans les possibilités démocratiques en nous obligeant à sortir de notre réserve, en nous invitant à nous en mêler, en nous rappelant que cette grande affaire, la démocratie, est d'abord la nôtre, à quelque niveau de la société que nous nous trouvions. Bref, ce journalisme-là exige autant de nous que de lui-même."

Le journalisme en France apparaît décidément bien loin de cette optique, sans doute parce que la condition sine qua non de son indépendance réside bien dans une liberté réelle de la presse (au sens large) et que celle-ci est profondément menacée par les agissements et agitations de la présidence Sarkozy en ce domaine.

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