"Opposants, laissez parler Nicolas Sarkozy !" par Daniel Schneidermann

Publié le par DA Créteil, etc...

http://tbn1.google.com/images?q=tbn:WzK1sGf4QWDJGM:http://img.ozap.com/00763030-photo-daniel-schneidermann.jpgLes opposants à Nicolas Sarkozy mènent depuis 2007 un combat intense et désespéré : ils exigent que le temps de parole du Président à la radio et télévision soit décompté dans le temps de parole de la majorité, ou du gouvernement. Et ils aimeraient bien pouvoir bénéficier d’un temps de réponse. N’en déplaise à ces opposants, un exemple, cette semaine, vient de démontrer que cette revendication est absurde. Celui des enseignants-chercheurs.


A quiconque ne s’informe que par les grands médias
, notamment audiovisuels, la soudaineté de la révolte des enseignants-chercheurs aura été pour le moins incompréhensible. Comment donc ? Profs de gauche, profs de droite, descendent dans la rue, uniquement parce qu’on veut les faire évaluer par leurs présidents d’universités ? Mais tous les présidents d’universités ne sont pas des garde-chiourme sectaires ! Ne sont-ils pas élus par les profs de leur université ? Et que penser de ce milieu de mandarins ou d’apprentis mandarins, qui refuse ainsi toute évaluation ?


A la vérité, le milieu universitaire était partagé sur la réforme Pécresse, jusqu’au 22 janvier exactement. Ce jour-là, il bascula dans l’opposition, entraîné comme un seul homme dans les maquis par un dangereux agitateur, redoutablement efficace : un certain Sarkozy, Nicolas. Recevant à l’Elysée un aréopage de chercheurs et de professeurs, il s’évertua à présenter cette réforme (peut-être pas illégitime dans ses motifs) comme une punition à infliger à une bande de bons à rien paresseux : les chercheurs français, son auditoire du jour.«Vos résultats sont médiocres», leur expliqua-t-il, entre autres joyeusetés. Pourquoi ? Parce que les chercheurs ne publient pas assez, pardi. «Je veux pas être désagréable, mais à budget comparable, un chercheur français publie de 30 % à 50 % de moins qu’un chercheur britannique.»


Rien d’étonnant : le Président rappela aux chercheurs comment ils s’étaient arrangés pour échapper à toute évaluation, et partant à toute sanction. «Nulle part dans les grands pays, sauf chez nous, on n’observe que des organismes de recherche sont à la fois acteurs et évaluateurs de leur propre action. Je vois que cela peut être confortable.» Un temps de silence. L’orateur attendait des rires, qui ne vinrent pas. «Je pourrais en tirer quelques conclusions pour moi-même. C’est un système assez génial d’ailleurs, celui qui agit est en même temps celui qui s’évalue. Cela peut provoquer un certain confort, un confort illusoire du moment parce que l’on voit bien les limites de l’exercice.» «Evidemment, conclut-il, si on ne veut pas voir ça, on se dit "merci, je vous remercie d’être venus, c’est chauffé, il y a de la lumière". C’est une réalité. Et si la réalité est désagréable, c’est pas désagréable parce que je le dis. C’est désagréable parce qu’elle est la réalité.» Manifestement content de dépeindre le chercheur moyen comme un gars qui a «vu de la lumière», et qui est entré, parce que c’est «chauffé», il répéta son astuce à la fin de l’allocution.


Bref, il les désignait comme coupables, selon le ressort psychologique éprouvé du sarkozysme. Les traders sont coupables. Les cheminots sont coupables. Les fonctionnaires sont coupables. Les chefs militaires sont coupables. Les préfets sont coupables. Les chômeurs sont coupables. Les magistrats sont coupables, et surtout les juges d’instruction. Les Rmistes sont coupables. Les instituteurs sont coupables. Les journalistes sont coupables.


L’opération sabordage aurait pu échouer : l’allocution du 22 janvier était passée sous le radar du journal télévisé, lequel n’entend rien à ces affaires de blouses blanches et d’éprouvettes, qui manquent singulièrement de ressort émotionnel. Ce jour-là, au JT, la rubrique éducation traitait du déjeuner à l’Elysée de lycéens de Basse-Normandie, de l’annonce par Xavier Darcos de la création de postes de «médiateurs de la réussite scolaire», et de l’agression d’une enseignante par l’un de ses élèves en Moselle. Heureusement, Internet était là. Et, fabriqués par d’habiles mains de chercheurs et de chercheuses, des montages commencèrent bientôt à y fleurir, alternant les meilleurs moments de la harangue présidentielle, et quelques chiffres bien sentis, qui rétablissaient la vérité sur la recherche nationale. En quelques jours, 200 000 internautes avaient vu les vidéos. Et voilà comment les enseignants-chercheurs, de gauche, de droite et du centre, se retrouvèrent précipités dans le maquis par la magie du verbe sarkozien.


On ne comprend donc pas pourquoi les socialistes s’acharnent sur le temps de parole présidentiel. Ils devraient défiler avec des pancartes, pour exiger que Sarkozy soit astreint à une causerie hebdomadaire radiotélévisée de plusieurs heures, comme Chávez, avec diffusion obligatoire dans les écoles, les crèches, et les abribus. En outre, lui-même n’y verrait certainement aucun inconvénient.


Source :
http://desirsdavenir76.over-blog.com/article-28015718.html

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