Une autre école est possible

Publié le par DA Créteil, etc...

Plutôt que de vous parler des listes du PS aux Européennes, qui ont un intérêt relatif en cette période de crise systémique, je vous recommande le billet qu'Anne-Charlotte Keller a publié sur le site Internet de l'Espoir à Gauche, que vous pourrez retrouver en intégralité en cliquant ici.

En voici quelques extraits choisis :



Nous subissons, depuis la mise en place du gouvernement Sarkozy et la nomination de Xavier Darcos à la tête du Ministère de l’Education Nationale, des attaques sans précédent de l’institution scolaire. Nous ne pouvons y assister impuissants, et espérer transformer la société une fois revenus au pouvoir sans disposer de l’outil essentiel pour le faire : l’école.

Avec le vote du budget pour 2009, ce sont  13 500 postes d’enseignants qui sont supprimés, dont 3000 spécialisés parmi les 6 000 supprimés dans le premier degré- alors que 15 300 élèves supplémentaires seront accueillis à la rentrée 2010.

Les nouveaux programmes scolaires applicables depuis la rentrée 2009 sont rétrogrades, et la défiance envers les enseignants se traduit par une remise en cause de la liberté pédagogique et une répression incroyable des « objecteurs  pédagogiques », ces enseignants et inspecteurs du premier degré qui tentent de résister.

Dans l’enseignement supérieur, la loi LRU a placé les universités en situation d’autonomie et donc de soumission aux financements privés. Plus récemment encore, Valérie Pécresse remet en cause le statut d’enseignant-chercheur, et la réforme du recrutement et de la formation des enseignants aboutit à une suppression du caractère national des diplômes (mastérisation). La suppression des IUFM c'est-à-dire de la garantie d’une formation professionnelle adossée à la recherche universitaire, met fin à la possibilité de recruter dans tous les milieux et les origines professionnelles, et de former une nouvelle génération d’enseignants qui devait remplacer celle du baby-boom qui part à la retraite.

Ajoutons à ce tableau noir la baisse de 25% des subventions aux associations complémentaires de l’éducation nationale type CEMEA ou Ligue de l’Enseignement, et la mise en place du Service Minimum d’Accueil qui laisse croire que l’école est une garderie, et c’est l’ensemble du projet d’Education Nationale qui est sapé dans ses fondements.

Face à ces attaques, les enseignants, les chercheurs, les étudiants, les lycéens, les parents d’élèves, les élus de gauche organisent des mouvements de grève et de contestation d’ampleur nationale, très suivis et très organisés, qui n’ont pour le moment que très peu de victoires à leur actif, à peine quelques reculades ministérielles...

Et pourtant le gouvernement Sarkozy continue d’écraser de son rouleau compresseur un système d’enseignement à bout de souffle. Au prétexte de réformer une institution dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elle a besoin de changer, la droite au gouvernement est en train de détruire durablement les fondations de l’école de la République. Et malgré toutes les réticences, dans la rue, dans les collectivités locales et au Parlement, la machine semble rouler sur un boulevard.

A force de résister sans jamais proposer, la gauche semble avoir abandonné le combat fondateur de son émancipation. Le Parti Socialiste doit renouer avec son école, refonder un pacte républicain, redonner une ambition d’avenir à sa jeunesse. Il faut comprendre la raison de notre échec en matière de politique scolaire, et, sans tabou, proposer une réforme de l’école pour qu’elle soit enfin l’instrument de la réussite de toutes et tous.

 

Définissons les objectifs.

Faire sauter le carcan de la reproduction sociale et des élites. Forger une école qui doit donner à chacune et chacun la possibilité de tout faire, ce qui veut dire déjà que chaque élève doit imaginer qu’il peut être pompier, président de la République, artiste, prof, ou ébéniste et homosexuel. C’est triste mais bien réel : la star ac’ ou les émissions de téléréalité ont fait sauter les barrières mentales, et si elles ont autant de succès c’est que chaque gamin dans la cour de récréation veut croire qu’il peut devenir riche et célèbre par un talent individuel. L’école doit apporter l’idée que le bonheur se trouve ailleurs que dans la surconsommation de biens matériels, et permettre un réel épanouissement.

La présence d’Harry Roselmack au 20h de TF1 a fait plus progresser par le symbole la cause des Noirs que toutes les formules incantatoires du PS, la récente élection d’Obama à la présidence des Etats-Unis fait croire que tout est possible. Les symboles ne font pas tout, mais quand la République dans toute sa diversité s’incarnera aussi dans ses enseignants, nous aurons fait un grand pas.

 

L’école de la République doit être ce sas de dix ans dans la vie de chaque jeune de France pour acquérir les outils de l’émancipation individuelle et collective.

Explorons alors les pistes de réformes suivantes :

- Recrutement et formation des enseignants : en conservant les IUFM, permettre un recrutement le plus large possible donc le plus ouvert sur toutes les expériences du monde économique et associatif, à l’image de la diversité de notre pays. Exactement l’inverse de la mastérisation de la filière de recrutement mise en place par Darcos, revenir au recrutement à bac+3 avec une année de formation à l’IUFM et une année de stage avant la titularisation pour les enseignants du primaire.

- Revalorisation substantielle de la carrière des enseignants en termes de rémunération et de mobilité professionnelle.

- Réfléchir à un rapprochement des formations professionnelle et continue des enseignants du primaire et du secondaire pour permettre une porosité intellectuelle et professionnelle Cela pourra permettre de renforcer la polyvalence des enseignants du primaire et le travail en équipe autour de projets dans le secondaire.

- Revaloriser l’école maternelle : y nommer des enseignants qualifiés, pourquoi pas spécialisés (cf pédiatres qui font plus d’études que les médecins généralistes) développer sur tout le territoire la scolarisation dès deux ans dans les ZEP dans des classes à 16 enfants au plus, en privilégiant le suivi des familles : alphabétisation, groupes de parole pour les parents, les réseaux d’aide.

- Ouvrir l’Ecole aux questions de société : il faut intégrer dans la formation initiale et professionnelle continue les questions de genre et d’ethnosociologie.

- Encourager les formes d’éducation mutuelle et coopérative.

- Lancer une grande réforme du collège.

- Réformer les rythmes scolaires.

- Accorder le soutien de l’Etat aux collectivités locales pour intégrer dans les activités péri et extra scolaires des élèves, dès l’école maternelle, la découverte des arts et la pratique artistique et sportive (avec nécessité de mise en réseau dans les zones rurales), discrimination positive ZEP et communes pauvres.

- Doubler les moyens des ZEP et Zones sensibles, penser sans tabou la création dans ces zones de filières d’excellence (type Classe à Horaires Aménagés artistiques, sportives…).

- Associer tous les parents à la réussite de leur enfant à l’école, trouver les solutions pour faire entrer les parents dans l’école tout en conservant la liberté pédagogique des enseignants.

- Prolonger la scolarité des jeunes de plus de 16 ans des milieux défavorisés en développant les Ecoles de la deuxième chance structures souples à projet diplômant, qualifiant et professionnel.

- En développant le système des bourses et en créant l’allocation d’études dans le supérieur, aider à briser le déterminisme sociologique qui exclut les enfants des classes populaires des formations hautement qualifiantes.

 

Pour conclure :

Seule une réforme d’ampleur de l’Ecole, de la maternelle à l’Université, permettra d’éradiquer, à moyen et long terme certes, les discriminations subies par les enfants des cités et des classes populaires. Seule une réforme ambitieuse de notre système éducatif nous permettra de transformer dans l’avenir notre société, pour qu’elle devienne, égalitaire et juste.

Pour ce faire, la gauche doit proposer un débat national sur l’école qui devrait prendre la forme d’un grand forum de démocratie participative, déconcentré sur tous les territoires. Briser ses propres carcans de pensée, qui ont vécu. Et se donner d’autres outils, pour un nouveau projet.

Et pour cela, ne pas attendre 2012. Le débat pour une autre Ecole doit avoir lieu maintenant, avec tous les acteurs mobilisés.









Publié dans Rénover et Inventer !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article