Qu'attendre de la réunion du G20 à Londres le 2 avril ?

Publié le par DA Créteil, etc...

Rachel Cado, de Désirs d'Entreprendre, a publié le 2 mars un billet fort intéressant, intitulé "G20 à Londres sur la refondation du capitalisme financier, le 2 avril : qu'en attendre ?"

Le voici en intégralité, grâce aux bons soins de Cédric.



La réunion du 22 février 2009 à Berlin, regroupant les 6 Etats "cœur de l'Europe" (Allemagne, France, Royaume Uni, Italie, Espagne, Pays Bas), était destinée à préparer le sommet du G20 programmé à Londres le 2 avril sur la refondation du capitalisme financier.
En voici un compte-rendu et quelques explications.

 

Que doit-on entendre par refondation du capitalisme financier ?

La "crise actuelle", que l'on doit plutôt comprendre comme une mutation financière et économique débouchant sur un nouveau modèle de société, donne lieu à une période transitoire très difficile sur les plans financiers, économiques et sociaux. Pour la simple et bonne raison qu’elle n'a été ni anticipée ni préparée.
La première phase est une crise financière, la seconde, une crise économique et la troisième, une crise sociale avec une reconfiguration géopolitique multipolaire. Les actions à mener sont donc à trois - voire à quatre niveaux. Avec une priorité : réorganiser le système financier international afin de rétablir le circuit des liquidités tout en le sécurisant et alimenter ainsi le réamorçage de l'économie réelle.
Cette réorganisation du système financier appelée "refondation du capitalisme financier" est l'objet de la réunion du G20, prévue à Londres le 2 avril 2009. Cette expression n'est pas des plus heureuses car il ne s'agit pas de remettre sur pied ou de réparer un modèle qui a échoué. Mais bien de bâtir un nouveau système financier sur des valeurs et des dispositifs radicalement différents, dont les objectifs et le contrôle seraient définis au niveau européen, ou, mieux, mondial. Il serait donc plus approprié de parler de "Fondation d'une gouvernance financière mondiale".

 

Les sujets abordés pendant la réunion préparatoire du G20, à Berlin, le 22 février 2009

1.    Les Paradis Fiscaux

Un sujet réel et à la mode : "Nous voulons créer des sanctions pour mieux nous protéger contre les dangers émanant des juridictions non coopératives, notamment les paradis fiscaux". L'axe Paris-Berlin a fixé au 2 mars l’établissement de la liste des pays refusant la surveillance et la régulation appropriée à mettre en place. Notons que :

1. ces pays se situent principalement à l'extérieur de l'Europe. L'établissement d'une réglementation financière directe n’aura que peu de conséquences.

2. la définition européenne des paradis fiscaux peut être délicate. Les pays de l'est de la zone euro sont, d'après les critères de l'administration fiscale française, des paradis fiscaux.

3. beaucoup de fonds européens, et une bonne partie des fonds français publics (OPCVM, FCP, retraites…), sont domiciliés dans des pays qui pourraient être considérés comme des paradis fiscaux. C'est donc une mise en cause d'une partie de notre industrie financière.

4. l'émergence de nouveaux leaders économiques et financiers (Chine, pays du Golfe, etc.) sont des quasi-paradis fiscaux. On ne peut pas sérieusement les "black-lister".

2.    Les Hedge Funds

La traduction littérale de hedge funds est "fonds de couverture". Leur dénomination veut tout et rien dire. Ce sont en réalité des fonds à stratégies ciblées, qui sont souvent décorrélés et non indexés à l'évolution des marchés. Ce sont souvent de petites structures domiciliées dans des paradis fiscaux avec une grande opacité. Le Royaume-Uni en héberge également beaucoup.
La réunion de Berlin a demandé que soit exercé un meilleur contrôle sur les hedge funds. Mais la réglementation actuelle ne les inclut pas dans son périmètre. Il faut donc commencer par instituer le contrôle avant de vouloir l’améliorer. Etendre le périmètre de la réglementation aux hedge funds se traduira par une remontée réglementaire d'informations apportant un premier niveau de transparence.
Leur fréquente domiciliation dans les paradis fiscaux, en raison notamment des obstacles administratifs posés par les autorités de marchés dans les pays réglementés, rendant leur installations en tant que petites structures à gestion non traditionnelles quasi impossible, a installé un second niveau d’opacité. Il faut donc réfléchir à l'organisation et l'installation administrative de ces structures hors des paradis fiscaux.

3.    La rémunération des traders

La rémunération des traders et des patrons des banques, qui a été jugée excessive par une bonne partie de l’opinion, a également été mise sur le tapis. Outre-Atlantique, Barack Obama a récemment décidé qu’elle serait plafonnée à 500.000 $.
Au-delà de son caractère excessif, la rémunération des banquiers doit surtout veiller à ne pas être une prime au risque. Il serait donc intéressant d'approfondir cette question en définissant clairement un ensemble d'objectifs assignés aux traders avec une remise à plat des critères de calcul de leurs bonus.  Il est avant tout important de ne pas céder au discours simplistes "du tir aux traders", sachant que les opérateurs de marchés donnent lieu à aux moins deux catégories : les traders et les sales, ces derniers sont des commerciaux, ce sont aux qui touchent les plus gros bonus et eux ne prennent aucun risque puisqu'ils ne font que vendre!
Il faut néanmoins aller chercher les raisons de ces rémunérations parfois ahurissantes davantage dans le système mis en place que chez ses opérateurs qui n’en sont que des exécutants. Bien souvent, d’ailleurs, ce sont les vendeurs qui touchent les plus gros bonus, alors qu’ils ne prennent aucun risque (à la différence des traders).
La gouvernance des banques, la redéfinition de leurs rôles, la prise de participation de l'Etat, sont les véritables sujets. Angela Merkel a d’ailleurs souligné, lors de la réunion de Berlin, que le problème majeur résidait surtout dans les fonds propres des banques. Elle a fait adopter cette semaine en Allemagne une loi permettant, si besoin, de nationaliser les banques en expropriant les actionnaires (cf le sauvetage de la banque Hypo Real Estate). Un geste fort !

4.    Le contrôle des agences de notation

Ce sujet essentiel devra être une priorité, car la défaillance de notations valides des subprimes a été une cause majeure de la crise. Il va falloir trouver un moyen de dresser une muraille entre celui qui est noté et celui qui rémunère le notant ! Cela semble évident, mais n’était pas le cas jusqu’à maintenant.
De surcroît durant la réunion, le FMI a été appelé à la rescousse, afin de doubler ses ressources à 500 milliards de dollars, et il a été demandé que les pays d'Europe centrale soient soutenus dans la vague de faillites bancaires qui arrive.

 

En route vers le G20 de Londres !

La remise à plat du système financier doit avoir plusieurs priorités :

1. rétablir le circuit des liquidités

2. établir une régulation et assurer son contrôle sur un périmètre élargi, comprenant tous les acteurs financiers

3. raisonner en termes de coopération internationale dans une nouvelle donne multipolaire, avec une redéfinition du pôle occidental qui se dessine…

1. Rappelons que la liquidité est là, mais qu'elle est bloquée en raison d'une crise de confiance. Rétablir le circuit des liquidités signifie donc deux choses : rétablir la confiance en étant proactif et efficace dans la prise en main de la situation (comme Obama le fait aux Etats-Unis) et agir au niveau des banques de façon radicale (nationalisations partielles permettant de prendre part à la direction) afin de redéfinir leur gestion et leur mission : prêter aux entreprises et aux particuliers. Le 27 février, Barack Obama mentionnait dans son discours que l'objectif "n'est pas d'aider les banques mais d'aider les gens".

2. La définition d'une gouvernance de la finance implique de repenser complètement le système et son fonctionnement en mettant la finance au service de l'économie (et non l'inverse). Cela aboutit évidemment à mettre en place des mesures radicales, dont les sujets ont été passés en revue à Berlin : contrôle de la rémunération des dirigeants de la finance, redéfinition et application de la réglementation financière, contrôle des agences de notations. Mais il faut surtout définir une gouvernance au niveau mondial avec un superviseur et faire émerger un nouveau FMI.

3. La coopération internationale sera l'élément crucial qui permettra la réussite de cette « fondation de la gouvernance financière mondiale ». En effet, la multipolarité financière qui se dessine (Moyen Orient – Chine – Amérique Latine) laisse les places occidentales dans une situation un peu étrange. Cette nouvelle donne exige d'elles un réveil et une réactivité rapide. Ainsi on voit que la réunion Berlin s'est faite en tenant compte et dans l'attente des décisions d'Obama. Il s'agit maintenant de penser d’ores et déjà, non plus seulement au niveau européen mais occidental, en créant un pôle financier occidental. Peut être que le principal enjeu est à présent la création de ce nouveau pôle.

La mise en place de cette gouvernance financière mondiale devra être accompagnée par une véritable politique européenne économique : relance de la consommation, attribution des prêts bancaires à l'économie réelle, investissements massifs dans l'éducation, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables… la politique de l'emploi sera dans les 4 prochains mois le défi à relever.

 

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