La crise ? une opportunité pour les femmes

Publié le par DA Créteil, etc...

Pour la journée de la femme, La Dépêche a choisi d'interviewer Ségolène Royal. Au passage, notons que le dernier Hebdo des Socialistes, consacré aux femmes qui ont fait le socialisme réussit le tour de force de ne pas parler de la 1ère femme candidate socialiste aux élections présidentielles... comme d'ailleurs de ne pas se faire l'écho du travail mené par Yvette Roudy et Geneviève Couraud...

LA DÉPÊCHE DU DIMANCHE : La journée de la femme est-elle encore nécessaire en France ?

Ségolène Royal : Tout à fait nécessaire. Certes il y a une meilleure reconnaissance de la place des femmes dans nos sociétés, mais elle est insuffisante. Les progrès sont indéniables, mais ils sont lents, trop lents et la parité est loin d'être acquise.


DDD : A quoi faut-il s'attaquer?

S. R. : Il faut rendre la contraception accessible à toutes les femmes et surtout aux adolescentes. Le problème des grossesses non désirées chez les très jeunes, souvent suivies d'une interruption, est loin d'être résolu. Dans ma région, je mets en place l'accès gratuit à la contraception et à la pilule du lendemain dans tous les lycées et tous les centres de formation des apprentis.


DDD : L'information et la prévention font-elles encore défaut ?

S.R. : Elles sont insuffisantes d'autant plus que le planning familial connaît des restrictions. L'information manque notamment dans les milieux défavorisés. Il y a encore des jeunes filles qui font un enfant pour avoir un statut social, sans mesurer la portée de cet acte sur leur vie à venir.


DDD : Les familles et la société ne préparent-elles pas à la parité ?

S.R. : Pas autant qu'il le faudrait. J'en veux pour preuve les révélations d'un sondage récent sur le partage des tâches domestiques.
En un an, une femme effectue dans ce domaine 680 heures de plus que son conjoint, soit l'équivalent dix-neuf semaines de 35 heures. 93 % des femmes font la vaisselle. Seulement 2 % des hommes assument le repassage. Moi, je suis pour l'harmonie, la complémentarité, la parité. Et la mixité.


DDD : Il n'y a donc pas eu de changement par rapport au temps de votre enfance ?

S.R. : Chez nous, c'était la campagne. Il y avait des tâches pour les filles et d'autres pour les garçons. Eux s'occupaient du bois. Pour mon père, les femmes avaient la cuisine, autrement dit, la partie commune dans les campagnes. Lui, il avait sa pièce, il écoutait de la musique classique, il lisait. On n'y entrait pas. C'était mystérieux.


DDD : Les hommes se sont pourtant mis à participer à l'éducation des tout petits…

S.R. : Un peu plus qu'avant, c'est vrai. La génération actuelle des 20-25 ans partage un peu plus les tâches mais le déséquilibre demeure. Aujourd'hui, les femmes continuent à être les premières sacrifiées.


DDD : A cause de la crise actuelle ?

S.R. : Oui, précisément. On a licencié en priorité les temps partiels et les emplois les moins qualifiés qui sont en majorité occupés par les femmes. On dénombre 27 % de plus de chômeuses que de chômeurs.Les chiffres parlent.Il n'y a que 28 % de femmes parmi les dirigeants de PME et pourtant beaucoup de femmes pourraient y prétendre.


DDD : Qu'est-ce qui les en empêche ?

S.R. : Les banques entre autre qui ne leur font pas confiance. J'ai des exemples dans ma région comme celui de cette célibataire qui avait le projet bien construit de monter une entreprise dans l'ostréiculture et à qui son banquier réclamait à défaut de la garantie d'un mari celle du père ou d'un frère !
C'est pourquoi j'ai créé dans ma région le chèque "Désir d'entreprendre" qui peut atteindre 12.000 € et être abondé de 20 % si c'est une femme qui en fait la demande. Je pense que paradoxalement, la crise peut être une opportunité pour les femmes.


DDD : Comment ?

S.R. : Les hommes ont pris des risques insensés. Les femmes ont une gestion plus prudente, plus concrète. C'est un argument qui peut peser en leur faveur dans cette période troublée. Elles savent faire preuve d'audace mesurée. La crise peut leur permettre d'utiliser ces qualités dans les domaines économiques et environnementaux.


DDD : En politique aussi ?

S.R. : Bien sûr! Elles peuvent mettre en place des système alternatifs, et, parce qu'elles ont les pieds sur terre et beaucoup de volonté, elles peuvent amener des solutions.


DDD : Quand on fait de la politique, comment se consacrer à sa famille ?

S.R. : Faire de la politique inclut des contraintes. Mais la mécanique politique a été conçue par les hommes pour les hommes. A quoi bon les interminables réunions nocturnes ? Pourquoi ne pas tenir compte du mercredi, jour des enfants ? Il faut réorganiser.


DDD : Précisément que faites-vous de vos dimanches ?

S.R. : Le dimanche, je m'occupe de mes enfants. Ils sont grands et se sont envolés du nid. Mais ils reviennent ce jour-là. Je vais faire le marché avec ceux qui sont présents. Nous préparons le repas dominical que l'on prend en famille. C'est ça le dimanche chez nous, la détente en famille.

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