Que conclure d'un langage présidentiel relâché ?

Publié le par DA Créteil, etc...

C'est la question à laquelle Marie Lavin s'est attachée à répondre sur son blog de Médiapart, dans le billet "Si y'en a qu'ça les démange...", dont je vous conseille vivement la lecture.
Je vous le mets en intégralité, profitant de la sympathie de Marie et de ses accointances du côté de Nogent, mais, soyez gentils, allez faire un tour sur son blog, décidément très intéressant !



"Si y’en  a qu’ça les démange...."

Voilà en quels termes le Président de la République s’est exprimé  hier à Ornans [NB : le 17 mars 2009] devant des ouvriers d’Alstom. Un élève de CM2 qui s'exprimerait ainsi se verrait vertement rappelé à l'ordre par le maître.....

Cette vulgarité dans l’expression n’est pas anecdotique, tant le président est familier des tournures censées "faire peuple". On n’ose imaginer que les cuirs présidentiels soient involontaires et l’on peut donc à bon droit s’interroger sur les raisons qui le conduisent à  utiliser ainsi un langage délibérément négligé.


S’imagine-t-il que les travailleurs lui sauront gré d’une supposée proximité langagière ? Cela relèverait alors de la même croyance qui consiste à penser que, parce qu‘il appelle systématiquement dans ses discours les autres chefs d’Etat par leur prénom, il devient de ce fait leur ami le plus proche. Cette négligence voulue, ce laisser-aller verbal, destinés à démontrer une proximité, ne peuvent en réalité qu’apparaître insultants pour leurs destinataires. Cela présuppose en effet que ceux-ci sont incapables d’aligner deux mots en français correct et que, pour leur parler, il faut bien se mettre à leur niveau.


Ce massacre de la norme langagière pourrait aussi indiquer la volonté présidentielle d’apparaitre comme l’homme capable de toutes les ruptures. Rompant avec la tradition qui veut que le chef de l’Etat s’exprime avec des mots choisis et une syntaxe correcte, il voudrait apparaitre comme celui qui ne craint pas de provoquer, même dans le domaine de la langue. Ce serait une occasion supplémentaire de se gausser de la culture classique, une nouvelle façon de ridiculiser les admirateurs de La Princesse de Clèves, une manière de mettre de son côté tous ceux qui n’ont pas une maîtrise assurée des codes linguistiques.  

 

Dans les deux cas ce que révèle le dérapage constant du verbe présidentiel c’est le mépris de l’autre, qu’il soit ouvrier ou intellectuel, ce sont la démagogie et le populisme érigés en méthode de gouvernement.

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