Relance par la santé, santé de la relance?

Publié le par DA Créteil, etc...

Un des aspects majeurs du plan de relance américain est passé parfaitement inaperçu en France : la santé.

Sur les quelque 787 milliards de dollars que Barack Obama  est parvenu à faire voter par le Congrès, des efforts considérables sont ainsi consentis dans ce secteur, certes en cohérence avec les grandes lignes de la réforme du système de santé suivies par ailleurs (tant qu’à faire) mais, et c’est ce qui est ici le plus notable, en tirant parti des effets économiques qui peuvent en être attendus en période de crise.


Outre une centaine de milliards directement affectés à Medicaid et Medicare, système de couverture sociale des américains les plus modestes ou âgés, 20 milliards iront ainsi aux systèmes d’information, 10 au NIH (équivalent de notre INSERM), 650 millions à des programmes de prévention en sante publique. Pour en revenir au NIH, dont les moyens annuels vont ainsi passer de 30 à 40 milliards, la comparaison avec l’INSERM est pour le moins parlante, puisque ce dernier pèse nettement moins d’un milliard par an.


Dans le même élan, le gouvernement fédéral a nommé une commission d’experts indépendants en la dotant de plus d’1 milliard de dollars, pour faire réaliser des études comparatives sur les traitements et élaborer des guides de bonnes pratiques thérapeutiques : notre jeune et fragile Haute autorité de santé ne doit pas encore en revenir.

Autrement dit, loin de s’en tenir à des mesures d’assainissement de la sphère bancaire ou financière, l’équipe Obama adopte une vision large de l’investissement public et concrétise avec de grandes ambitions et des moyens inédits, le crédo de la campagne présidentielle en faveur de la recherche et de l’innovation, dont la santé fait ici figure de domaine privilégié.


Nous sommes loin du manque de relief des Assises de l’Innovation, réunies à la hâte à Paris en décembre 2008, en fin de présidence Française de l’Union Européenne et qui se sont conclues par une sorte d’exhortation à la présidence Tchèque d’aller de l’avant…


Au passage, le choix américain prévient les effets probables d’un repli des financement privé dans ces secteurs, du fait même de la crise. Enfin, loin des lamentations Hexagonales sur l’insuffisance des outils d’évaluation en santé, elle met en place une véritable force de frappe sur fonds publics pour aller de l’avant dans la délicate question des choix de prise en charge : plutôt que de dénoncer la mainmise des intérêts privés sur ces procédures, l’Etat fédéral finance un dispositif public puissant.


Face à cela, notre propre plan de relance fait bien pâle figure : pendant que la France débite son chapelet de mesurettes (une réfection de toit d’Eglise par ici, un nouveau trottoir par là), nos voisins américains voient manifestement plus large et plus loin. Et que dire des moyens prévus pour les NTIC alors que nous en sommes, 4 ans après la fameuse la loi Douste-Blazy, toujours aux prémisses du déjà célèbre Dossier médical partagé (DMP), véritable éléphant blanc dont la Cour des comptes a dénoncé à juste titre les errements et la gabegie qui s’en est suivie.


Nul ne sait bien sûr si ces décisions seront ou pas de nature à favoriser la sortie de crise. Mais, du point de vue des performances du système de santé dont les failles sont, outre-Atlantique, pire encore que chez nous, il se pourrait bien que ce contexte d’urgence soit finalement à marquer d’une pierre blanche.

Plutôt que de s’enfermer, comme ici, dans l’opposition stérile entre tenants de la maîtrise « comptable » des dépenses – pour lesquels la réduction des remboursements tient lieu de sésame - et ceux de la maîtrise « médicalisée » - qui dénient en réalité  toute régulation -  , il s’agit d’accepter un véritable changement de paradigme : investir dans l’intelligence et doter cette fameuse régulation de véritables moyens, sans lesquels elle n’est que bureaucratie tatillonne et politique de gribouille

Manifestement, le projet de loi « HSPT » en cours de discussion devant le Parlement, même s’il comporte quelques avancées (définition des soins de première ligne, mise en place des Agences régionales de santé) manque, à cette aune, totalement de souffle. Tétanisé par la dégringolade des comptes publics (limiter à 15 milliards le déficit de la sécurité sociale en 2009 serait sans doute une bonne nouvelle), le gouvernement n’a pas du tout l’intention de rechercher des effets de levier dans la recherche ou les industries de santé. Ceci sans voir d’ailleurs qu’il ferait probablement d’une pierre deux coups, en envoyant à ce secteur meurtri des signaux enfin positifs, plutôt que les remarques acrimonieuses et parfaitement inopérantes dont l’Elysée l’a récemment gratifié.

Ce manque d’ambition et de hauteur de vue le prive aussi des moyens de placer le débat sur quelques questions qui fâchent et sur lesquelles la réflexion de la gauche, il faut bien le reconnaître, est au mieux crispée et au pire vacante. Ainsi par exemple, à quoi peut bien rimer que nous conservions 29 CHU, dotés chacun de toutes les spécialités, plutôt que de nous organiser enfin en inter-régions et de nous donner les moyens d’un maillage territorial cohérent, y compris en revoyant cette fois avec sérénité, les fonctions des petites structures de proximité?

Pendant la campagne présidentielle, Ségolène ROYAL avait ouvert la plupart de ces pistes, dans un climat économique évidemment différent : relance massive d’une politique nationale de recherche et d’innovation, promotion d’une véritable égalité entre les Français devant l’accès à ses soins de qualité, promotion d’une santé durable par une focalisation sur la prévention et de l’éducation à la santé.


Le réveil américain, sur ce sujet comme sur d’autres, est une bonne nouvelle. Malheureusement, il ne fait qu’éclairer plus douloureusement le retard Français face aux défis du présent et surtout de l’avenir. Il n’est que temps de s’atteler à relancer le débat d’idées pour les relever, en y associant le plus large nombre, même si ces questions sont complexes et, justement, parce qu’elles le sont.


* par Alexandre Paré (pseudonyme d'un spécialiste des questions de santé)

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