Guy Bert ou Paul Môquet ?

Publié le par DA Créteil, etc...

Vous trouverez ci-après un billet de Marie Lavin sur son blog de Médiapart, que nous reprenons afin de diffuser au maximum cette information. N'hésitez pas à aller consulter ses écrits sur son blog en cliquant là.


A  Nogent sur Marne,  le  maire et l’Inspecteur d’Académie inventent  une aberration pédagogique.

 

 

 

 

Au départ, la volonté d’un maire UMP de regrouper deux écoles et le soutien constant de ce projet par l’inspecteur d’Académie. A l’arrivée,   une situation kafkaïenne et des parents d’élèves, toutes associations confondues, manifestant devant l’inspection académique et occupant une école. 


A Nogent deux écoles partagent un même pâté de maison mais un mur les sépare et elles présentent, du fait de la sectorisation édictée par la mairie, un recrutement social un peu différent. L’école Paul Bert est riche d’une mixité sociale due à un recrutement très étendu sur le plan géographique qui lui vaut de regrouper des élèves venant d’une zone pavillonnaire parmi les plus huppées de la ville et d’autres venant d’un quartier (la "Cité rouge") où sont regroupés une bonne partie des HLM de la ville.  Ce grand écart  ne va pas sans difficultés - largement exagérées par la rumeur publique - qui ont conduit l’équipe pédagogique à proposer un projet d’école  privilégiant, comme support aux apprentissages fondamentaux,  la maîtrise du français, l’éducation civique et le sport (golf en partenariat avec l’INSEP, soit un sport considéré comme élitiste avec des sportifs d’élite, afin de faire évoluer l’image supposée de l’établissement). Cette école accueille d’autre part une CLAD (classe d’adaptation) dont les élèves sont pour la moitié du temps scolaire regroupés avec leurs camarades  des autres classes afin de favoriser leur intégration. L’école Guy Môquet, au recrutement plus homogène socialement, fait reposer, elle, son projet sur la pratique du violon.  Les deux écoles comportent chacune 14 classes avec un total de 382 élèves pour l’une (Guy Môquet) et 320 pour l’autre (Paul Bert).


A la rentrée 2008, les parents d’élèves ont été informés, par hasard, du projet du maire de fusionner les deux écoles  en un seul établissement gros de plus de six cents élèves et, dans la foulée, de supprimer  un poste de directeur, celui de Paul Bert. Depuis, les trois associations de parents de l’école Paul Bert, totalement unies devant le projet, ont lancé une pétition qui a recueilli plus de 900 signatures, dont 700 de parents concernés par la fusion des deux écoles. Devant cette mobilisation le maire, soutenu par  l’Inspecteur d’Académie, a repoussé la fusion à la rentrée 2010 mais décidé d’un montage de transition aberrant : une classe sera supprimée à l’école Paul Bert qui, n’ayant plus que treize classes, verra supprimé son poste de directeur à plein temps. Guy Môquet récupérera donc une quinzième classe et son directeur  coiffera la direction des deux établissements. MAIS, comme les locaux de Guy Môquet sont trop petits, cette classe sera localisée ....A Paul Bert ! Ainsi une des écoles est, en réalité, placée sous la tutelle de l’autre...Une équipe qui n’a pas démérité est de fait stigmatisée comme « inférieure ». Un des deux projets pédagogiques  se trouve, ipso facto, déconsidéré.


Cette affaire est exemplaire à bien des égards. Elle est d’abord emblématique de ce à quoi on aboutit sans concertation ni consultation. D’emblée les parents ont été tenus à l’écart des projets et il a fallu une très forte mobilisation pour que leur avis soit quelque peu pris en compte. Surtout elle est révélatrice, comme c’est hélas bien souvent le cas (voir la suppression des cours du samedi matin), du peu de souci que l’on a, dans certaines mairies et hélas aussi dans certaines inspections académiques, de l’intérêt des enfants.  Qui peut croire en effet que dans un établissement de plus de six cent cinquante élèves (plus que la plupart des collèges !) il pourra être porté à chacun une attention particulière ? La connaissance fine de chaque enfant, qui permet le plus souvent de dédramatiser une incivilité, de proposer rapidement une aide personnalisée en cas de problème, de suivre les progrès ou les défaillances ponctuelles de tel ou tel, de résoudre chaque jour une série infinie de menus problèmes, deviennent évidemment impossibles. Le suivi individuel, si important tant sur le plan du développement personnel de l’enfant que sur celui de ses résultats, est d’évidence, enterré définitivement.
En outre, on sait combien le nombre des élèves influe sur les phénomènes de violence, proposer un tel regroupement  est donc particulièrement effarant. Le monstre ainsi inventé (27 classes ! Du jamais vu !) ne peut que désespérer tous ceux qui portent aux problèmes d’éducation un vrai intérêt. Imaginent-ils vraiment, ce maire et cet IA, des enfants de six ans entrant dans un établissement de cette taille et affrontant la cour de récréation, s’égarant dans les couloirs ? Ont-ils pensé à la difficulté de travailler en équipe à 27 ? A l’inévitable anonymat que ressentiront forcément les parents ? Aux problèmes de sécurité ? La taille humaine de l’école primaire est pour beaucoup dans la réussite des enfants, ici c’est l’inhumanité programmée...


Comment comprendre alors les raisons de cette décision, puisque le maire n’avance dans ses courriers aucun avantage pédagogique à son diktat, sinon une vague allusion à une meilleure « synergie entre établissements » ?  Faut-il y voir la volonté de se faire bien voir du gouvernement en étant un des premiers maires de France à constituer un EPEP (regroupement de plusieurs écoles en un Etablissement Public d’Enseignement Primaire) ce qui lui permettrait aussi de mieux contrôler les écoles en présidant le conseil d’administration de l’établissement?  Il est en réalité difficile de saisir ce qui motive cet oukase qui fait l’unanimité contre lui. Il n’est pas plus facile de décrypter les motivations de l’inspecteur d’Académie qui continue de soutenir le projet comme en témoigne un courrier récemment adressé au maire.

 

 

Aux dernières nouvelles et étant donné la mobilisation considérable que cette affaire rocambolesque a entraînée, les parents d’élèves ont occupé l’école Paul Bert pour exiger le maintien d’un directeur en pleine responsabilité et dire leur refus absolu de la fusion, ils ont manifesté devant l’inspection académique pour obtenir d’être reçus par l’Inspecteur d’Académie.  Dans un premier temps celui-ci a refusé de les rencontrer puis a enfin consenti à fixer une rencontre au 9 avril. Le maire, quand à lui, a annulé la réunion prévue le 4 avril avec les représentants des associations de parents  d‘élèves....Affaire à suivre donc. 

 

 

 

Le blog des  parents d'élèves peut être consulté ici: http://www.nogent-ecoles.com/

 

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