Intervention de Stéphane Heissel - UPC du 18 mai

Publié le par DA Créteil, etc...


hessel"Chère Ségolène Royal,

Vous m'avez invité ici comme témoin, vieux témoin... Aujourd'hui, où nous parlons de deux grands et merveilleux ensembles de notre monde - l'Afrique et l'Europe -, je porte le souvenir de ce qu'ont été les valeurs sur lesquelles nous avons essayé de fonder la construction d'un monde nouveau, après les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Ce monde nouveau, nous le voyions comme un ensemble où il y avait non seulement de la liberté, non seulement de la justice, mais aussi de la fraternité.

Et ce mot, pour quiconque a eu le privilège de voyager, d'être accueilli et de vivre en Afrique, nous sentons que les Africains le portent avec une intelligence et une force dont nous devrions prendre exemple.

Nous avons l'obligation de travailler ensemble lorsque nous avons la même vision de ce qu'il est important de faire. Il faut surtout ne pas nous disperser entre nous.

Il faut que ce soit les socialistes ou les Europe-écologistes ou tous autres qui veulent le progrès, il faut que nous soyons ensemble pour construire, dès les élections du mois prochain, une Europe intelligente capable d'être le partenaire de l'Afrique. Afin d'être tous ensemble, les partenaires d'un monde qui peut retrouver, si nous nous donnons le mal d'y travailler, l'équilibre qu'il a malheureusement perdu.

Car nous vivons dans un monde menacé, fragile, précaire. La libéralisation marchande et l'économie financière, nous ont mis, nous Européens, dans une position dramatique. Mais que n'ont-elles pas fait de mal à nos amis africains ? L'Afrique a été exploitée, mise au service d'intérêts égoïstes, de la part souvent hélas d'Européens, mais aussi d'autres régions du monde.

La semaine dernière, la Banque africaine de développement a reçu des Chinois et des Japonais qui, peut-être, vont lui apporter beaucoup de soutien mais peut-être pas dans le sens qui serait nécessaire pour que cette fraternité indispensable entre Africains et hommes des autres régions assume toute ses capacités.

Nous pouvons lutter contre la dégradation de la planète, nous pouvons lutter contre l'injustice insupportable entre les très riches et les terriblement misérables, qui sont encore en grand nombre dans des populations africaines.

Là, nous avons quelque chose à faire que jusqu'ici nous avons raté. Je le dis très franchement, je me suis beaucoup occupé de coopération entre l'Europe et l'Afrique. Nous avons fait toutes les erreurs.

Il faut que nous en tirions les bonnes conséquences. C'est important de faire des erreurs, mais à condition d'en faire l'histoire et de revenir à ce que Ségolène nous propose : la vérité et la réconciliation.

C'est là que nous allons trouver des ressources extraordinaires, dans des jeunesses qui ont devant elles la possibilité de construire un monde digne des grands exemples que l'Afrique nous a donnés, que l'Europe nous a donnés. Et ces exemples mis ensemble représentent une vision que j'ai évoquée tout récemment avec Edouard Glissant, un grand Antillais, ou encore Lilian Thuram, passionné par la question de savoir qu'est-ce que c'est que d'être noir.

Qu'est-ce que cela veut dire pour avoir sa place ? Est-ce que c'est cette conception : "Le Noir, il est noir ; le Blanc, il est lumineux" ? Est-ce que c'est au contraire la diversité culturelle, la diversité de couleur, qui fait un monde riche, beau et poétique. Et bien, c'est ce monde-là que nous devons construire.

Et chère Ségolène, si vous y participez, si vous y apportez votre courage, votre intelligence et votre énergie, nous Européens et nous Africains, leurs historiens et leurs jeunes, nous vous serons reconnaissants. "

Publié dans Rénover et Inventer !

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