Lisez avec intérêt cette interview de Benoît Thieulin et Nicolas Vandermeersch que nous avons trouvée sur
Netpolitique ici. En voici quelques extraits
:
Netpolitique: Au cours de votre mission d'étude, vous avez notamment largement abordé les aspects web de cette campagne inédite. C'est cet aspect qui inspire sans doute le plus les politiques, qui souhaiteraient répliquer ce dispositif dans leur pays (c'est notamment l'un des objectifs de X. Bertrand à la tête de l'UMP). Compte tenu cependant des différences réglementaires, institutionnelles, culturelles, une "greffe par les outils" peut-elle prendre en France ?
Nicolas Vanbremeersch : [..]. La campagne web de 2008 préfigure ce qu'est
une campagne où le web n'est plus un élément de surprise, ou complémentaire, d'une campagne électorale, mais totalement intégrée, dans ses différentes dimensions, à la campagne. On a dépassé
le stade de la "campagne où les blogueurs créent la surprise", comme pour Dean en 2004, ou celle où l'espace public numérique agit comme espace alternatif, comme en 2005 lors du referendum.
Le web a été utilisé par Obama essentiellement comme un outil d'organisation, et de contact direct avec une foule massive. C'est la voie pour les campagnes à venir en
France : cesser de considérer le web comme un lieu alternatif, mais l'utiliser comme le lieu central de la mobilisation, de l'organisation de l'action militante, comme facilitateur.
[...]
Benoit Thieulin : Internet a été l'épine dorsale de la campagne d'Obama,
le système d'information en "web-service" sur lequel elle s'est organisée et structurée. "L'outil" a marché car il était nécessaire au type de campagne à mener qu'il a contribué à
inventer : comment coordonner, former, et donner des moyens et matériels à 2 500 "cadres", les fameux "field organizers", qui eux même vont former, suivre, orienter et encadrer des
millions de "volonteers" pour les envoyer sur le terrain ! Howard Dean avec "MeetUp" et d'une certaine manière Ségolène Royal avec www.desirsdavenir.org ont tenté d'utiliser internet
pour investir le terrain. Mais dans les 2 cas, le lien entre la direction de campagne et le terrain qui s'auto-organisait grâce à internet est resté sommaire, artisanal. Obama change de
dimension. Et pour mener cette "campagne municipale" à l'échelle nationale, il utilise internet pour résoudre cette tension entre une organisation pyramidale, hiérarchique de la chaîne de
commandement, très efficace, et un recrutement massif de volontaires, qui s'auto-organisent et font campagne "à la carte" en fonction de leur disponibilité, de leur affinité.
My.BarackObama.com donne plus de pouvoir au terrain pour recruter, s'organiser et travailler...tout en en renforçant le reporting, le contrôle, la coordination par les cadres et l'état major.
[...]
Netpolitique : A l'issue de cette mission, un rapport d'étude et de recommandations a été élaboré. Quelles sont les recommandations-clés ? Impliquent-elles des changements institutionnels
?
Nicolas Vanbremeersch : [...] L'enjeu : imaginer demain de
réelles campagnes de masse, où les militants ne sont pas que quelques milliers, mais des centaines de milliers. Cela suppose une réflexion sur l'organisation des partis et des campagnes, et
sur l'ouverture des partis politiques à un militantisme plus concentré sur des causes ou des campagnes ; et surtout sur l'encadrement et la professionnalisation des cadres de
campagne : pour élargir la base militante, il faut que les cadres deviennent meilleurs, plus efficaces, plus spécialisés, qu'ils se forment... [...] L'autre volet des
recommandations vise à importer ce qui s'est passé de bon pendant cette campagne en modifiant le cadre réglementaire des campagnes : un débat plus profond, un réinvestissement des
citoyens en politique (hausse de la participation, mais surtout, investissement effectif de plusieurs millions de citoyens dans l'action militante) et renouvellement politique (imagine-t-on
un candidat inconnu en 2007 se présenter en 2012 en France ?) en touchant des éléments de fond. [...]













