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Lundi 21 juillet 2008
Certains se demandent si, en refusant de voter la révision constitutionnelle, les socialistes ne sont pas en train de passer à côté d'une opportunité : rééquilibrer les institutions. La réponse est non. Cette révision est une occasion perdue, non pour les socialistes, mais pour la République. Nos institutions souffrent d'un mal profond : l'hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l'Elysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielle et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l'Assemblée. La séparation des pouvoirs n'est plus qu'apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n'est assorti d'aucune responsabilité. J'appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d'un seul dans la République.

Or le projet de révision ne réduit pas les pouvoirs du président. Il les accroît en lui permettant de s'adresser directement aux parlementaires réunis en Congrès. Le président présentera un bilan flatteur de son action et fera acclamer par sa majorité son programme de gouvernement. Le premier ministre comme chef de la majorité parlementaire disparaît. Le renforcement des prérogatives du Parlement, premier objectif de la révision selon le président, est un leurre en termes de pouvoir réel. Tant que le président sera le chef incontesté de la majorité à l'Assemblée, le Palais-Bourbon demeurera une annexe du palais de l'Elysée. "Cy veut le Roi, cy fait la loi", l'axiome de l'Ancien Régime demeure la règle sous la Ve République.

Quant aux pouvoirs de nomination du président aux grandes fonctions (Conseil constitutionnel, CSA, etc.), on annonce "un changement considérable" : le choix du président pourra être refusé par un vote des trois cinquièmes des membres d'une commission parlementaire. Mais un tel vote requiert le concours de la majorité présidentielle, qui ne sera jamais donné contre la volonté du président. Si on voulait rendre ces nominations consensuelles, il faudrait une majorité positive des trois cinquièmes nécessitant l'accord de l'opposition. On est loin du compte.

D'autres font valoir que la réforme accorde à l'opposition parlementaire des droits nouveaux. Mais il faut regarder la portée des textes et non pas seulement l'étiquette. On nous dit : le Parlement aura la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour, "un progrès immense". Mais qu'en est-il pour l'opposition ? Le projet lui réserve un jour pour trois semaines, à partager avec les centristes. Belle avancée démocratique !

Autre exemple. Le président annonce que la présidence d'une commission parlementaire sur huit sera réservée à l'opposition. Pourquoi pas trois ? Nous ne demandons pas des pourboires, mais un rééquilibrage.

Enfin, la révision proposée consolide le mode d'élection archaïque des sénateurs, qui assure à la droite une majorité pérenne au Sénat. Cette situation est un défi à la démocratie. Le comité Balladur avait ouvert la voie à un changement possible. La droite sénatoriale a tout refusé à ce sujet. Elle entend demeurer maîtresse du Sénat et, par là, de toute révision constitutionnelle proposée par la gauche. Lors de la prochaine alternance, la gauche devra donc présenter un projet de révision constitutionnelle, soumis directement au pays par voie de référendum. Il devra inclure la reconnaissance du droit de vote aux élections municipales des immigrés régulièrement établis en France. Cette réforme-là, si importante pour l'intégration, est ignorée par l'actuelle révision.

Dans ces conditions, libre à qui le veut de danser un pas de deux constitutionnel avec le président de la République. Ce n'est pas notre choix.

Robert Badinter, sénateur, ancien président du Conseil constitutionnel - tribune libre parue dans Le Monde du 20 juillet 2008

Jeudi 17 juillet 2008

Dans son interview au Monde daté de jeudi, Nicolas Sarkozy a certes parlé de la réforme de la Constitution qu’il tente péniblement de faire passer lundi prochain au Congrès de Versailles ; mais il a aussi donné quelques clés de son état d’esprit et de son humeur, le portrait d’un homme d’action contrarié. Il a ainsi laissé filtrer quelques agacements, et des signes de frustration, à la mesure de ses difficultés actuelles.

A chaque question qu’il n’aimait pas, le chef de l’Etat a répliqué par une pique. Il demande ainsi, agacé, à ses intervieweurs : "Acceptera-t-on un jour de me juger sur ce que je fais et non pas sur des a priori?"

Il bondit au mot "despote" ou à celui d’"hyperprésidence" ; A l’idée qu’il interviendrait dans les médias: "C’est faux", dit-il. Ou à la suggestion qu’il pourrait déléguer plus? "Déléguer quoi?", s’insurge-t-il.

Depuis que Nicolas Sarkozy a dévissé dans les sondages d’opinion, au début de l’année, sa méthode dans l’exercice du pouvoir est au coeur du débat, et, disons-le, des préoccupations. Autant le chef de l’Etat a remis de l’ordre dans sa vie privée, et tente de présenter un style un peu plus présidentiel, autant il ne cède rien sur sa méthode.

Il l’a dit au Monde : "Les réformes se tiennent, tout est dans tout, la méthode importe autant que le fond. Il y a une logique, une cohérence."

Il y a, entre les lignes de ce long entretien, l’idée d’une mission personnelle, qui ne souffre pas de partage du pouvoir. On se souvient que François Fillon avait manqué de s’étrangler en s’entendant qualifier de "collaborateur" du président. Il appréciera d’être décrit cette fois comme un homme qui "peut soulager le président de la République".

Et s’il souffre dans sa fonction, c’est seulement du dos, comme c’est le cas en ce moment... Pour autant, Nicolas Sarkozy refuse d’aller au bout de cette logique et d’opter pour un régime présidentiel.

Dans cette interview, l’une des plus détaillées depuis son élection, Nicolas Sarkozy a l’air de s’adresser plus à l’opinion publique qu’aux socialistes à qui il faisait pourtant d’ultimes concessions avant le vote. Il savait d’avance qu’il avait peu de chances de convaincre l’opposition, qui a d’ailleurs confirmé hier après-midi qu’elle ne voterait pas la réforme. Tout au plus, cette interview lui permet de montrer qu’il n’aura pas ménagé ses efforts et qu’un échec serait imputable à la gauche, pas au président.

Dans le même temps, le chef de l’Etat donne aux Français l’image d’un incompris, d’un homme que l’on aurait caricaturé, mal jugé, mal apprécié. Mais dans cette opération de réhabilitation de l’homme autant que de sa fonction et de son action, il accentue encore plus la personnalisation exacerbée du pouvoir -un exercice solitaire qui passe mal dans l’opinion, d’ordinaire plus indulgente vis-à-vis des dérives monarchiques.

Plus Nicolas Sarkozy concentrera les pouvoirs, et plus les Français jugeront d’abord un homme de plus en plus seul.

Pierre Haski dans Rue 89 - 17 juillet 2008

Mardi 15 juillet 2008
"La situation des finances publiques est très dégradée. A part la Grèce, la France est le plus mauvais élève de l'Europe. La Cour des comptes, peu suspecte d'un quelconque jugement politique, rappelle que le pire a été atteint en 2004 mais précise que les comptes publics se sont de nouveau très nettement dégradés en 2007. Tout indique que cette dégradation va durer. L'an dernier, le déficit public s'est creusé et la dette publique a augmenté alors que la croissance (+ 2,1%) a été conforme aux prévisions gouvernementales. Il y a eu 20 milliards d'euros de recettes en plus. 14 de ces 20 milliards ont été dépensés en cadeaux fiscaux ! Cette année, la croissance devrait être bien inférieure à celle de 2007 mais rien n'est fait pour améliorer les recettes ou pour diminuer les dépenses. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite appliqué avec une certaine brutalité - je pense à l'éducation nationale et aux forces armées -, rapportera moins de 400 millions par an. Or c'est en milliards que se chiffre le déficit de l'Etat.

Nicolas Sarkozy conduit à crédit une politique inconséquente, inefficace et injuste. Inconséquente, car le gouvernement dépense un argent qu'il n'a pas. Les jeunes générations en feront les frais : elles devront payer la facture du sarkozysme en remboursant sa dette. Cette politique est aussi inefficace : en 2008, le pouvoir d'achat progressera moins vite qu'en 2007 et la croissance sera plus faible. C'est une politique injuste car ceux de nos concitoyens qui souffrent le plus de l'inflation bénéficient le moins des décisions prises, en particulier des baisses d'impôt.

La gauche, si elle était au pouvoir, devrait s'attaquer au redressement des finances publiques, faute de quoi elle ne pourrait pas conduire les politiques volontaristes qui s'imposent. Pour tenir le cap de 2012, Nicolas Sarkozy devrait, lui, revenir sur ses cadeaux fiscaux. A mon avis, il n'aura ni cette lucidité ni ce courage."

Propos de Jérôme Cahuzac, député PS du Lot et Garonne, recueillis dans Le Monde - 14 juillet 2008


Samedi 12 juillet 2008

Médecin généraliste en grande banlieue parisienne et auteur de plusieurs livres remarquables sur le système de santé, Christian Lehmann est très tôt parti en guerre contre la politique de Nicolas Sarkozy en lançant avec quelques confrères l'Appel contre la franchise sur les soins.

Mais c'est aussi, et peut-être d'abord, comme écrivain qu'il a décidé de mener un combat qui s'avère surtout celui des mots, et de leur sens. Romancier aussi doué que polymorphe (on lui doit des livres pour enfants, des polars et des romans tout court), il ne peut se résoudre aux attentats langagiers quotidiens que nous inflige un Président qui use et abuse d'une novlangue politique d'un genre nouveau, propre à détruire tout ce qui constitue habituellement le "sens" d'un discours.

Sarkolangue : c'est le titre de l'essai qu'il vient de faire paraître, critique littéraire et politique à la fois d'une époque où, avec le langage, c'est la vérité qui trop souvent s'embrouille.

Comment peut-on définir la Sarkolangue ?

La Sarkolangue, c'est cette capacité sarkozyste à démentir formellement le lendemain ce que l'on martelait la veille.

Certes, nous nous sommes hélas habitués au fil des années à ce que nos hommes politiques se contredisent, nous mentent, mais la vitesse avec laquelle s'enchaînent dénégations et reniements a atteint aujourd'hui un paroxysme, qui a pour effet collatéral de déstabiliser totalement l'opinion, et de vider les mots de leur sens. Les exemples abondent, chez Nicolas Sarkozy comme chez les seconds rôles.

Nicolas Sarkozy n'est donc pas le seul locuteur de cette novlangue politique ?

Loin de là. Souvenons-nous, par exemple, de Rama Yade fustigeant le 10 décembre 2007 la venue de Mouammar Khadafi à Paris : "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort."

Le même jour, la voilà en plein rétropédalage, prise en flagrant délit de Sarkolangue : "Je dis et je redis que le colonel Kadhafi d'aujourd'hui n'est pas le même que celui d'avant... Je n'ai absolument aucune hostilité vis-à-vis d'une visite du colonel Khadafi, à partir du moment où il a renoncé à tout programme militaire nucléaire... Dans ces conditions il vaut mieux parler avec lui plutôt que de le marginaliser ou de le rejeter aux confins du terrorisme."

Le but : dire tout et son contraire, engranger le bénéfice médiatique d'une fausse posture rebelle, tout en se rangeant à la realpolitik du gouvernement. Jouer sur les deux tableaux lui permettra d'apparaître en couverture du Point sous un jour flatteur : « Rama Yade... la femme qui dit non ». Encore un bel exemple de Sarkolangue. « Rama Yade, la femme qui dit non, puis pourquoi pas, puis d'accord mais un autre jour », aurait moins insulté la vérité des faits.

Retrouvez l'intégralité de l'interview sur
Médiapart

Lundi 7 juillet 2008

Nicolas Sarkozy se comporte comme un "chef de parti" et un "chef de clan", a estimé lundi le Parti socialiste après la remarque du président de la République lors du conseil national de l'UMP sur les grèves dont désormais "personne ne s'aperçoit".

"Quand on est chef de l'Etat, on doit avoir le souci de l'union du pays et ne pas rentrer de manière continuelle dans une provocation permanente", a estimé le député européen Stéphane Le Foll lors du point presse hebdomadaire de l'UMP. "Nicolas Sarkozy a humilié les syndicats, tous les syndicats avec cette formule."

"Le président de la République se comporte comme un chef de parti, cherche à diviser, stigmatiser et mépriser, ce n'est pas acceptable", a poursuivi le directeur de cabinet de François Hollande.

"Il est très clair que Nicolas Sarkozy comme la majorité sont bien décidés à faire tout ce qu'ils ont dit" lors de la campagne présidentielle, a répliqué lundi le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre. En particulier, "nous sommes décidés à supprimer le droit de nuire aux usagers" des services publics.

Mais le chef de l'Etat "n'a absolument pas, ni dans la forme ni dans le fond, tapé les syndicats", a-t-il assuré. "C'était tout sauf une provocation".

Stéphane Le Foll a également déploré les propos "à la limite de l'insulte" tenus contre Ségolène Royal samedi lors du conseil national de l'UMP, après qu'elle eut remarqué que M. Sarkozy n'avait joué aucun rôle dans la libération d'Ingrid Betancourt. Le nouveau secrétaire général adjoint de l'UMP Christian Estrosi a notamment jugé que l'ex-adversaire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007 avait "l'humanité d'un bigorneau".

Le bras droit de François Hollande a regretté que deux socialistes, Jack Lang et Philippe Martin, aient dénoncé publiquement les propos de Mme Royal. "Il y a une règle qui doit être réaffirmée: on respecte les membres du parti socialiste, on peut avoir des débats, des différences de position, mais on ne peut pas s'associer aux voix de la droite quand il s'agit de sujets aussi importants", a-t-il mis en garde. AP

egp/sb/co

Lundi 7 juillet 2008
Pour l'économiste Thomas Piketty*, l'héritage est un élément de plus en plus structurant de notre paysage social et de ses inégalités

Le Nouvel Observateur. - En quoi la question de l'héritage et de la reproduction des inégalités se pose-t-elle de façon particulièrement aiguë en ce moment ?
Thomas Piketty.- Cela faisait très longtemps que les patrimoines, qu'ils soient financiers ou immobiliers, ne s'étaient pas aussi bien portés. Ils ont en fait retrouvé leur niveau d'il y a un siècle. Comme à la Belle Epoque, ils représentent aujourd'hui six années de revenus en moyenne, alors qu'ils s élevaient seulement à une année au début des Trente Glorieuses et à trois années durant la décennie 1980.

N. O.
- Comment expliquez-vous ce phénomène ?
T. Piketty.- L'accumulation des patrimoines est un phénomène très lent qui se déroule sur plusieurs générations. Les bulles financière et immobilière expliquent en partie leur bonne santé. Mais il a fallu aussi que le capitalisme se remette peu à peu des chocs qu'il a connus dans la première moitié du XXe siècle, notamment les deux guerresmondiales. Si bien qu'aujourd'hui il est nettement plus fréquent que par le passé d'hériter de plusieurs décennies de salaires. Ainsi, en2008, 15% de la population est en mesure de toucher vingt années de smic en héritage, soit 240 000 euros. Alors que la proportion n'était que de 4%, trois fois moins, en 1990. Comme il y a cent ans, nous sommes donc entrés dans une phase de capitalisme patrimonial. Et ce de façon durable. C'est dire que l'héritage est un élément de plus en plus structurant de notre paysage social, en particulier de ses inégalités,et que l'impôt sur les successions n'a jamais été aussi indispensable.

N. O.
- Les récentes mesures Sarkozy viennent pourtant nettement de l'alléger.
T. Piketty. - Leur impact sera encore plus négatif à long terme. Il faut dire que Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un boulevard : les abattements (50 000 euros en ligne directe) n'avaient pratiquement pas bougé depuis vingt-cinq ans : ils n'avaient même pas été indexés sur l'inflation ! Mais en multipliant leur montant par trois (150 000 euros), avec la possibilité d'en bénéficier tous les six ans dans le cadre de donations, il a vraiment été très loin. Si chaque parent utilise cinq fois cet abattement pour chaque enfant, alors un couple avec deux enfants peut maintenant transmettre un patrimoine de trois millions d'euros sans payer aucun impôt ! On dépasse largement le niveau des classes moyennes. En fait, la réforme n a pas du tout été pensée et s'est faite dans la précipitation. Elle est contraire à deux principes économiques assez fondamentaux : le rajeunissement des successions et la valorisation du travail.

* Directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'Economie de Paris.
Vendredi 4 juillet 2008
Finis le "casse-toi, pauvre con" à un visiteur du Salon de l'agriculture ou les agressions contre le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet. Il devait se modérer, pour reconquérir une aura présidentielle auprès des Français et incarner dignement la présidence de l'Union européenne (UE), à compter du 1er juillet. Mais ce fut la rechute. En quelques jours, Nicolas Sarkozy a multiplié les attaques, mettant en cause personnellement plusieurs personnalités : le chef d'état major de l'armée de terre, Bruno Cuche, auquel il lance un "vous êtes tous des amateurs", et qui a présenté sa démission après la fusillade de Carcassonne ; le commissaire européen Peter Mandelson, accusé d'avoir "sapé" la position de l'Union dans la négociation à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et qui a boudé le dîner offert à l'Elysée ; le président de France Télévisions, Patrick de Carolis, auquel il dicte depuis des mois la manière de diriger le service public de la télévision et qui a fini par qualifier de "stupide" le discours de M. Sarkozy.

"Nicolas Sarkozy touche à des institutions, à ce qui était des sanctuaires", s'inquiète François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, qui voit dans l'attitude du président "un comportement personnel et une méthode politique : en cherchant la responsabilité des autres, il cherche à exonérer la sienne". Pour l'ancien eurodéputé Jean-Louis Bourlanges, "Sarkozy a moins le goût du pouvoir que de l'arbitraire. Il veut, en face de n'importe quelle situation, affirmer sa supériorité". Cet observateur voit là l'explication de sa contestation des experts ou de sa propension à humilier ses interlocuteurs.

"LES GENS ONT PEUR"

Ses collaborateurs sont habitués à ses sautes d'humeur. "Si on prend ses critiques au premier degré, mieux vaut ne pas travailler avec lui", s'amuse un proche conseiller. Mais cela est mal vécu dans les cercles plus distants : "A l'UMP, les gens ont peur, peur de se faire engueuler", assure un ancien ministre. Certains conseillers ne réfutent pas une dose d'arbitraire, voire d'injustice délibérée du président : selon eux, il doit imposer sa "rupture" et il continue de jouer la carte d'une opinion à reconquérir contre les corps intermédiaires. Mais au-delà du premier cercle, le caractère présidentiel passe mal.

Sur l'Europe pourtant, les attaques se veulent maîtrisées. Nicolas Sarkozy entend briser la "chape de plomb de la pensée unique". Les critiques contre la BCE sont traditionnelles et, pour une fois, n'émanent pas uniquement de Paris. L'attaque contre Peter Mandelson s'explique par un conflit classique entre la France et la Commission et une brouille plus personnelle : "Mandelson ne s'est pas comporté de manière loyale ; nous n'avons pas les chiffres sur lesquels il est en train de négocier à l'OMC. Ce n'est pas correct", accuse-t-on à l'Elysée. Le débat sera clos fin août.

Mais s'ils sont assumés, les changements de stratégie politique ne se font pas sans risques. Ils peuvent passer pour une trahison. La décision de passer en force contre Bernard Thibault, leader de la CGT, et François Chérèque, numéro un de la CFDT, sur l'assouplissement des 35 heures, a été "soigneusement pesée", assure un conseiller. Tant pis pour les dégâts causés sur la confiance qui s'était instaurée avec les syndicats, notamment la CFDT, "un peu blessée", selon la litote employée à l'Elysée. Jugeant le rapport de force favorable, le président a préféré miser sur l'électorat de droite, qui regarde avec méfiance un excès de dialogue social.

La méthode sarkozienne occasionne, aussi, des cafouillages. M. Sarkozy avait décidé de priver les généraux militaires de promotion de la Légion d'honneur, dans la foulée de la fusillade de Carcassonne et d'une tribune d'officiers anonymes s'opposant au Livre blanc sur la défense. Avant de faire machine arrière, sur pression de certains conseillers : cela aurait été trop brutaliser l'institution.

"Nicolas Sarkozy ouvre beaucoup de fronts, et il y a un moment où la guerre devient générale", estime M. Hollande, qui prédit un effet "boomerang". Stéphane Rozès, de l'institut d'études CSA, est plus circonspect. "Même si le lien entre Nicolas Sarkozy et l'opinion s'est délité, il pense que, faute d'alternative, il a de grandes marges de manoeuvre." A l'Elysée, on est convaincu qu'"il n'y aura pas de retour de bâton". Et l'on cite René Char : "Va vers ton risque, à te regarder, ils s'habitueront."

Arnaud Leparmentier in Le Monde - 3 juillet 2008

Lundi 16 juin 2008
Sarkozy a annoncé la suite des mesures d'économie du train de vie de l'Etat, validé les projets de loi sur la réforme pénitentiaire, l'offre raisonnable d'emploi, le service minimum d'accueil à l'Education Nationale.

Une Présidence économe en trompe-l'oeil
Nul besoin de crier au loup: les dépenses de l'Elysée ne représentent que 35 millions d'euros par an, sur un budget de fonction de l'Etat de 232 milliards d'euros. Mais les petits détails de cette inflation font mal. Davantage qu'un symbole, ils révèlent le peu de considération que le chef de l'Etat témoigne pour la mesure. En 2007, le Président à peine élu a éprouvé le besoin de faire dépenser 500 000 euros pour rénover ses salles de bains et autres salons présidentiels. On se souvient qu'il avait tardé à s'installer à l'Elysée.

En 2007, sans le dire, il s'est octroyé une belle augmentation personnelle (+29%), avant celle de +140% qu'il a fait voter pour l'année 2008.

En 2008, il va se faire aménager un "
AIR FRANCE ONE, sur le modèle du Boeing présidentiel américain. Il est vrai qu'il qu'une flotte de 7 avions à sa disposition, sans compter les prêts gracieux de son ami Vincent Bolloré.

Le porte-parole de l'Elysée, Luc Chatel, se risque au mensonge et au ridicule pour expliquer ces "petits" écarts : Sarkozy travaille 3 fois plus que Chirac (donc 8% d'augmentation de son budget, ce n'est si élevé), et en plus il a rapporté 50 milliards d'euros de contrats. Un peu de sérieux, Mister President !

Une réforme pénitentiaire en trompe l'oeil
Il y a quelques jours, Rachida Dati a présenté sa réforme pénitentiaire. Elle était attendue pour l'automne dernier. Près d'une an après la loi antirécidive et la justice des mineurs, qui a précipité dans des prison, sans rationalité. Il y a un an, la population carcérale était de 52 000. Au 1er juin dernier, elle atteignait
64 000 individus, pour un peu moins de 51 000 places. Un taux record de surpopulation depuis 2004.
On aurait pu imaginer que le gouvernement annonce un large plan de moyens en faveur des conditions pénitentiaires, à la hauteur de ses ambitions répressives. Que nenni ! Rachida Dati a suggéré ... de généraliser le bracelet électronique en lieu et place, sous conditions, de la détention provisoire. Cela concerne ... 2% des détenus. Attendiez-vous un plan de construction de prisons ?

Une baisse du chômage en trompe l'oeil
Le candidat Sarkozy avait promis la baisse du chômage. L'électeur crédule avait compris que la Sarkofrance serait celle du plein emploi à temps complet. Q
ue nenni ! Nicolas Sarkozy évacue, vague après vague, les chômeurs des statistiques officielles. Le chômeur de 2012 sera un survivant des purges statistiques et autres radiations d'indemnités. Baisser le chômage ne signifie pas augmenter l'emploi. Les Français commencent-ils à comprendre ?
Voici cette semaine le fameux projet de "l'offre raisonnable d'emploi." Un chômeur ne pourra refuser plus de deux offres d'emploi correspondant à son profil à moins de 30 kilomètres de son domicile, sous peine d'être radié. Le communiqué officiel est habile pour présenter un chantage comme une garantie ! «Le salaire de l'emploi proposé doit représenter au moins 95% du salaire antérieur après trois mois de chômage, au moins 85% après 6 mois, au moins le montant de l'allocation perçue après un an» et ne pourra être inférieur au salaire minimum. Vous être trop bon, Monsieur Wauquiez ! Que ce dernier reconnaisse que la fraude aux indemnités chômage ne concerne que 2% des allocataires importe peu au gouvernement.

Une diplomatie en trompe l'oeil
Avec un peu de recul, la politique étrangère de la France depuis un an produit peu de résultats ;
Sarkozy avait deux priorités : il voulait d'abord sortir l'Europe de ses blocages institutionnels. "Son" Traité simplifié de
273 pages (puisqu'il s'en ait attribué la paternité) vient de sombrer après le refus irlandais de jeudi dernier. Ce traité était "le" chantier européen de Sarkozy. Pour le reste, il a passé 14 mois à défendre l'Union de la Méditerrannée, un projet qui irrite et exclut une vingtaine de membres de l'Union; il a agacé Angela Merkel ; affaiblir l'axe franco-allemand historique.
Sarkozy voulait ensuite rallier les dictateurs de la planète au droit international : à coup de centrales nucléaires et de courbettes diplomatiques, il a tout fait.
Coucher avec l'ennemi pour quel résultat ? Kadhafi a libéré, moyennant finances, les infirmières bulgares, mais il a refusé, comble de l'ironie, l'Union de la Méditerranée. Sarkozy a dû se joindre à Bush pour attirer la Syrie loin de l'Iran. Belle affaire ! Cette courbette de trop serait-t-elle payée par l'envoi de renforts français en Afghanistan

Un Président qui n'a pas changé
A chaque étape importante, Nicolas Sarkozy a changé... en surface. C'était son slogan de campagne présidentielle. Le 14 janvier 2007, il annonçait aux Français: "j'ai changé." Ces derniers jours, il a paru
conciliant : un déjeuner avec Chirac, puis l'inauguration de sa fondation; quelques reportages bien choisis sur son épouse Carla Bruni, qui nous expliquait qu'elle apportait de la sérénité à son mari; un sommet franco-allemand très diplomate; une lettre aux militaires pour les rassurer. Bref, Nicolas se calme et écoute.

Nicolas Sarkozy n'a pas changé.

Nul besoin de chercher loin, les faits viennent à nous.

Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Retrouvez
Sarkofrance et les chroniques de juan

Dimanche 15 Juin 2008 - 02:11
Juan

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