Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Bonjour

Nous avons voté
pour une "vraie force d'opposition constructive.."

 
         

 

 

Vous êtes sur le blog des comités locaux de Désirs d'Avenir de Bonneuil et Créteil.
Nous nous inscrivons, au plan local, dans la démarche de Désirs d'Avenir et souhaitons promouvoir une nouvelle manière de faire de la politique, fondée sur la démocratie participative, consistant à mettre les citoyens au coeur de l'action publique.

Que vous soyez sympathisant ou adhérent du Parti Socialiste, n'hésitez pas à nous contacter (
desirsdaveniracreteil@hotmail.fr) si vous souhaitez participer à l'action des comités locaux de Bonneuil et Créteil ou simplement être informés de nos activités.
 

Par mesure de sécurité (virus et autres), les commentaires comportant des liens vers des sites non identifiés seront supprimés.

             Internautes : envoyez vos messages pour parution à yc5blog@aliceadsl.fr ou segocreteil@orange.fr 

En cas de nécessité vous pouvez contacter l'auteur du blog en cliquant sur "contact" tout en bas de chaque page

Pour accéder au "Site public" du  PS de Saint Maur cliquez    ICI   

Pour accéder à toutes les vidéos de Ségolène, cliquez ici

Pour aller voir PS TV, cliquez là!


PLUS QUE JAMAIS, RASSEMBLONS-NOUS !
(cliquez ci-dessous pour )
Adhérer à Désirs d'Avenir
 (Association Loi 1901) 



Mardi 22 juillet 2008

Les prises de conscience appellent souvent des inventions de vocabulaire. S'il ne lui a pas été fidèle, une fois installé à l'Elysée, la formule de François Mitterrand sur Le Coup d'Etat permanent, titre de son pamphlet de 1964, résume d'une image tous les dangers potentiels de la Constitution de la Cinquième République. On lui prête, au moment de quitter ce pouvoir qu'il aura occupé plus longtemps qu'aucun autre (1981-1995), cette formule: "Ces institutions étaient dangereuses avant moi, elles le resteront après." Plutôt que l'aveu d'impuissance – ces institutions auront résisté à une alternance qui, contrairement au programme sur lequel la gauche fut élue, n'a pas su les transformer en profondeur –, c'est la mise en garde qui, ici, importe et qu'auraient bien fait de méditer tous les ralliés de gauche au récent chantier constitutionnel: pour limiter ce danger intrinsèque, la pratique du pouvoir est décisive.

De ce point de vue, on ne saurait reprocher à Nicolas Sarkozy d'avoir caché son jeu. D'emblée, dès les premières heures, il a imposé son hyperprésidence. Immodestement, je dois confesser avoir lancé cette expression au soir et au lendemain de son intronisation, le 16 mai 2007, lors de l'émission de Frédéric Taddei sur France3, "Ce soir ou jamais", puis, le 17, dans le journal de la mi-journée de France Culture. Hyperprésidence, disais-je alors, de même que l'on a pu qualifier, à la suite d'Hubert Védrine, la politique américaine sous la présidence Bush d'hyperpuissance: une puissance sans contrepoids, accentuant le déséquilibre d'une époque déjà incertaine et dangereuse. L'hyperprésidence, c'est cela: un coup d'Etat à froid qui accentue les déséquilibres et, donc, les risques et les dérives.

Dans une symbolique évoquant une gestion à la fois physique et psychologique des terriroires, le nouveau président, à peine élu et pas encore intronisé, signifia à son camp sa manière de faire et son projet d'avenir: en annexant sans ménagement le pavillon de la Lanterne à Versailles, officielle résidence des premiers ministres, il disait que son pouvoir serait sans partage. Durant les mois qui précédèrent et qui suivirent l'annonce du chantier constitutionnel, en juillet 2007, on le constata à loisir: en apparence le même, le régime avait en réalité changé, sans coup férir. Quand l'article 5 de la Constitution place le président de la République en position d'"arbitrage", quand les articles 20 et 21 de la Constitution donnent au gouvernement la détermination et la conduite de "la politique de la Nation", et au premier ministre la direction de "l'action du gouvernement", Nicolas Sarkozy renversait brutalement les rôles.

Il fut trop peu souligné, à l'époque, que l'immédiate pratique sarkozyste du pouvoir appliquait fidèlement les principes d'une autre Constitution, bien peu démocratique puisque née d'un coup d'Etat bien réel. Le précédent mérite d'être médité puisqu'il s'agit de la Constitution du 14 janvier 1852 alors que, son putsch réussi, l'encore président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, accélérait sa marche vers le second Empire. L'article 3 de cette Constitution édictée sur les ruines de la République stipule: "Le président de la République gouverne au moyen des ministres, du Conseil d'Etat, du Sénat et du Corps législatif." Gouverne au moyen… Et l'article 13 d'enfoncer le clou: "Les ministres ne dépendent que du chef de l'Etat."

Pour lire l'intégralité de la tribune d'Edwy PLENEL, rendez-vous sur Médiapart et cliquez .
Samedi 19 juillet 2008

Nicolas Sarkozy applique la technique qui réussit si bien à Bill Clinton et Tony Blair: la triangulation. Elle consiste à reprendre un certain nombre d’idées et propositions du parti adverse, et, donc, à prendre celui-ci à contre-pied. Ce n’est d’ailleurs pas tant durant sa campagne qu’il a utilisé ce procédé -il lui fallait alors conquérir et fidéliser l’électorat du Front national- que depuis qu’il est à l’Elysée… et qu'il agit comme s’il était perpétuellement en campagne…

Le débauchage de Bernard Kouchner, de Fadela Amara, de Jean Marie Bockel, connus pour leur adhésion au PS, a été le premier acte de cette triangulation. Puis, après avoir d’un coup satisfait son électorat "fiscal" avec le "paquet" de juillet 2007, tout en le consolidant avec l’abandon des 35 heures, il s’est engagé à plusieurs reprises dans des réformes qui, effectivement, auraient pu être portées par la gauche. La suppression de la publicité à la télévision en est une. La réforme des institutions en élargissant les droits du Parlement en est une autre.

La gauche a-t-elle raison de voter contre la réforme?

Personne n’est dupe! Dans un cas comme dans l’autre, Nicolas Sarkozy n’oublie pas ses amis économiques et politiques. La suppression de la publicité à la télévision, va bénéficier, pour une bonne part, aux télévisions privées, et notamment au groupe de son ami Martin Bouygues, par un report partiel des annonceurs sur TF1. Il avoue d’ailleurs lui-même dans une interview au Monde: il veut aider à la constitution (sous entendu, à partir de Bouygues) d’un groupe français puissant de communication, comme le groupe d’origine australienne Murdoch.


Pour prendre connaissance de l'intégralité de cet article de Jean Matouk sur rue 89, cliquez .

Samedi 19 juillet 2008
L'ancien vice-président américain Al Gore a présenté, jeudi 17 juillet, un plan ambitieux pour que, d'ici à dix ans, 100 % de la production d'électricité des Etats-Unis provienne des énergies renouvelables. "Nous devons maintenant soulever notre nation pour atteindre un nouvel objectif qui changera l'histoire", a déclaré le Prix Nobel de la paix 2007 lors d'un rassemblement organisé par l'Alliance pour la protection du climat, une organisation qu'il a fondée et préside. "Nous avons l'occasion de faire un pas de géant à l'humanité", a-t-il lancé, en allusion au programme lancé par John Kennedy pour envoyer un homme sur la Lune, auquel personne ne croyait initialement.

D'après Al Gore, l'objectif de 100 % de l'électricité américaine produite par les énergies renouvelables est à la fois "atteignable et bon marché". Le changement climatique "s'aggrave beaucoup plus vite que prévu", a-t-il mis en garde, notant que d'ici à cinq ans, la calotte glacière pourrait complètement disparaître durant les mois d'été. "Le plus grand glacier du Groenland, le Jakobshavn, perd 20 millions de tonnes de glace par jour, soit l'équivalent de la consommation d'eau utilisée chaque année par les habitants de New York". Le réchauffement climatique risque également de forcer "des centaines de millions de personnes"  à s'exiler, déstabilisant de nombreux pays.

"TAXER CE QUE NOUS BRÛLONS"

Pour Al Gore, la hausse des prix des énergies fossiles rend les énergies solaire, éolienne et géothermique économiquement abordables. "Quand la demande pour le pétrole et le charbon augmente, leur prix grimpe. Quand la demande pour des panneaux solaires augmente, leur prix baisse souvent", a-t-il assuré. La principale mesure qu'il propose pour parvenir à cet objectif ambitieux serait de "taxer ce que nous brûlons, et non ce que nous gagnons". Dans son projet, un cinquième des besoins énergétiques des Etats-Unis seraient assurés par l'énergie nucléaire.

Le candidat malheureux à la présidentielle de 2000, contre George W. Bush, a reçu le soutien de l'actuel candidat démocrate à la Maison Blanche, Barack Obama, qui a promis d'investir massivement dans les énergies renouvelables s'il est élu président. "C'est une stratégie qui créera des millions de nouveaux emplois bien payés et qui ne pourront être délocalisés", a dit M. Obama dans un communiqué.

Dépêche AFP publiée sur le site Internet du Monde le 18 juillet 2008. Pour la retrouver, cliquez
.
Vendredi 18 juillet 2008
Tractations en coulisse à quatre jours du vote: des élus UMP retournent leur veste, d'autres résistent, Jack Lang "ne sait plus"…

La date du vote est actée, mais le résultat est loin d'être joué. Le décret de convocation des parlementaires, signé par Nicolas Sarkozy, a été lu ce jeudi à l'Assemblée nationale. Le Congrès se réunira lundi à 15h30 précises. En attendant, les téléphones des réfractaires -surtout à droite- chauffent. Il ne manquerait plus que quatre ou cinq voix pour que la réforme phare du Président soit adoptée.

Pour que le oui l'emporte, trois cinquièmes des suffrages des parlementaires sont nécessaires, soit en théorie 544 sur 906 (deux sièges sont vacants). Mais en théorie seulement, car le nombre d'abstentions fera baisser d'autant le seuil à atteindre. Et l'état des lieux est fluctuant. En rassemblant les voix de la grande majorité des parlementaires UMP, centristes, radicaux et quelques-unes des non-inscrits, le potentiel de suffrages en faveur du texte s'établit à 535, selon un décompte publié mercredi par le Parisien.

Pour lire la suite de cet article de Julien Martin, rendez-vous sur Rue 89


Jeudi 17 juillet 2008
Comment rendre l'Union européenne plus démocratique afin d'accroître sa légitimité auprès de ses citoyens ? Cette question, les partisans de la construction européenne n'ont cessé de se la poser depuis la naissance du projet communautaire, mais la réponse est devenue plus urgente après les échecs des consultations populaires en France, aux Pays-Bas et en Irlande. Si les électeurs ont tendance à dire "non" quand on leur demande leur avis, c'est, d'après les spécialistes, parce qu'ils ont le sentiment que l'Europe se fait sans eux et qu'on tente ensuite de les placer devant le fait accompli.

Selon Jacques Ziller, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence, plus de quarante référendums ont été organisés depuis 1972 sur l'intégration européenne, dont plus du tiers avec un résultat négatif (Trajectoires de l'Europe, sous la direction de Sylvaine Poillot-Peruzzetto, Dalloz, 2008). Ce taux élevé confirme l'importance du rejet dont l'Union est l'objet. Pourquoi ? Parce qu'elle fonctionne trop souvent comme une "boîte noire" dont les décisions ne sont pas assez perceptibles par les citoyens, explique Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman (Le Bal des hypocrites, Saint-Simon/Lignes de repère, 2008).

L'Europe oublie, d'après l'auteur, une "exigence élémentaire" de la démocratie, selon laquelle "l'action du pouvoir doit être justifiée de manière continue auprès des citoyens". Il est vrai que la méthode de Jean Monnet, souligne-t-il, donnait la priorité à la "légitimité technocratique" sur la "légitimité politique". Mais les temps ont changé. Le champ d'intervention de l'Union européenne s'est élargi. La logique d'autrefois révèle ses limites. Le "malaise démocratique" de l'Union, confirme le politologue Nicolas Jabko, vient de ce que celle-ci "ne se limite plus à des activités avant tout économiques" (Trajectoires de l'Europe).

Dans un petit livre stimulant (L'Europe malade de la démocratie, Grasset, 2008), Philippe Riès, ancien chef du bureau de l'Agence France-Presse à Bruxelles, soutient que l'Union européenne souffre plutôt d'un excès de démocratie. Il s'inquiète des "dérives malsaines" d'une "démocratie d'opinion""les intérêts particuliers s'imposent systématiquement à l'intérêt général" et où triomphent le "clientélisme" et le "corporatisme". Comment lui donner tort ? Toutefois, en dénonçant "l'imposture démocratique", ce sont bien les insuffisances de la démocratie européenne qu'il met en lumière.

Si l'Union européenne était une organisation internationale comme les autres, la question de la démocratie ne se poserait pas. Elle se pose parce que les Européens veulent former une communauté politique. Mais ils n'entendent pas pour autant créer un Etat européen. Ils ne peuvent donc pas se contenter de transposer leurs systèmes nationaux à l'échelle de l'Union européenne. "Au stade actuel, note Nicolas Jabko, personne ne sait très bien ce que pourrait vouloir dire une démocratie pour l'Europe".

En attendant la naissance d'un hypothétique espace public européen, associant partis transnationaux et société civile, c'est aux Etats membres qu'il appartient de susciter le débat démocratique autour des politiques européennes. L'Europe concrète, au plus près des préoccupations des citoyens, reste une idée controversée. Beaucoup de gens ne souhaitent pas que les institutions européennes s'immiscent dans leur vie quotidienne. La légitimation par les résultats ne suffira pas à convaincre les peuples si ceux-ci n'ont pas été associés, d'une façon systématique, aux délibérations préalables.

Par Thomas FERENCZI dans Le Monde - 14 juillet 2008


Mercredi 16 juillet 2008

LONDRES (Reuters) - Des centaines de milliers de fonctionnaires territoriaux britanniques ont entamé mercredi une grève pour les salaires que les syndicats annoncent comme l'un des plus importants mouvements de protestation depuis plusieurs décennies.

"Partout nos membres sont unis. Aujourd'hui et demain près de 600.000 de nos membres seront en grève. Ce sera l'un des plus importants mouvements depuis la grève générale de 1926", a affirmé à la BBC Dave Prentis, dirigeant du syndicat de la fonction publique Unison.

L'Association des gouvernements locaux, qui représente les employeurs publics, a estimé de son côté qu'environ un quart des travailleurs devraient suivre le mouvement, soit 325.000 personnes.

Le gouvernement souhaite maîtriser les salaires pour lutter contre l'inflation, qui est au plus haut depuis plus de dix ans en Grande-Bretagne. Mais les employés du secteur public réclament de leur côté une revalorisation salariale pour faire face à l'augmentation du coût de la vie.

L'Association des gouvernements locaux a accordé une augmentation moyenne de 2,45% aux employés, mais les syndicats, qui estiment l'inflation à 3,8%, présentent ce geste comme une réduction de salaire.

Le Premier ministre travailliste, Gordon Brown joue gros dans ce conflit social qui pourrait le voir perdre le soutien des syndicats, alors que sa défaite est déjà annoncée par les analystes lors des prochaines élections générales prévues en mai 2010.

Agence REUTERS - Bureau de Londres, version française Grégory Blachier - 16 juillet 2008



Comme quoi le droit de grève existe aussi au Royaume-Uni, pourtant souvent cité en exemple par les libéraux décomplexés...
Comme quoi également le syndrome de vie chère est un problème largement partagé en Europe...
Mercredi 16 juillet 2008
A quel jeu social Nicolas Sarkozy se livre-t-il ? Non content d'avoir perdu la confiance de la CGT et de la CFDT pour être passé en force sur le détricotage des 35 heures et de s'être mis à dos les autres syndicats sur la réforme de la représentativité syndicale, le président de la République a raillé la force de frappe du syndicalisme, la grève. Le 5 juillet, devant les siens, au conseil national de l'UMP, M. Sarkozy a été ovationné en proclamant : "Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit." C'est comme si après leur avoir donné une gifle, le chef de l'Etat narguait des syndicalistes dont il chantait il y a peu les louanges : "Même pas peur !", leur dit-il, les comparant à des tigres de papier.

En apparence, M. Sarkozy a raison, même s'il n'y est absolument pour rien. Contrairement à la légende entretenue hors de ses frontières, la France n'est pas un pays gréviculteur. Depuis trente ans, comme dans la plupart des autres pays industrialisés, la grève est en perte de vitesse. "La pression du chômage de masse, la flexibilité et la précarité croissantes au coeur des rapports de travail ainsi qu'un affaiblissement considérable des organisations syndicales contribuent à une baisse significative de la pratique gréviste", soulignent Guy Groux et Jean-Marie Pernot dans leur petit livre très pédagogique sur La Grève (Presses de la Fondation des sciences politiques, 149 p., 10 €).

Selon l'indicateur annuel du ministère du travail - qui sous-évalue les arrêts de travail de moins de deux jours et n'offre donc qu'une vision partielle -, la décrue remonte à 1980. Cette année-là, on ne recense plus, à partir des conflits généralisés et localisés, que 1 674 300 journées individuelles non travaillées (JINT) contre 3 656 600 en 1979. Les années suivantes amplifient la baisse de la conflictualité : 884 900 JINT en 1985 ; 1,2 million en 1988. En prenant en compte la fonction publique, qui est aujourd'hui la composante essentielle des grèves, le nombre de JINT atteint 1 267 600 en 1990, 2 460 198 en 2000 et 567 323 en 2004. Le mouvement social de 1995 provoque un fort rebond et génère 5 883 200 JINT, la SNCF et la RATP constituant, à elles seules, 65 % des jours de grève. Depuis 2005, le ministère du travail utilise l'enquête Acemo qui ne se base plus sur les seuls relevés des inspecteurs du travail mais interroge les directions d'entreprise. Ainsi, en 2006, le nombre de JINT (1 415 000) a baissé de 23 % par rapport à 2005 (1 835 000).

Une conflictualité qui n'a plus grand-chose à voir avec les grandes fièvres de l'histoire syndicale : 23 millions de JINT en 1947, 9,7 millions en 1953. En 1968, le compteur avait été bloqué à 150 millions ! La décrue conflictuelle a accompagné la désyndicalisation. En 1985, Edmond Maire, alors secrétaire général de la CFDT, avait semé dans le microcosme syndical un émoi comparable à celui de Nicolas Sarkozy en déclarant : "La vieille mythologie selon laquelle l'action syndicale, c'est la grève, cette mythologie a vécu. Le syndicalisme doit l'abandonner." Devant le tollé provoqué par ses propos, M. Maire avait enfoncé le clou, n'hésitant pas à prendre ses troupes à rebrousse-poil : "Le plus grand acquis syndical depuis 1968, c'est d'avoir imposé l'économie de la grève."

Là où M. Maire voulait indiquer que le syndicalisme avait d'autres armes que la grève pour se faire entendre, M. Sarkozy va plus loin. Pour mieux valoriser sa loi du 21 août 2007 sur le service minimum dans les transports terrestres, il laisse entendre que les grèves sont devenues invisibles, indolores et donc inefficaces. Le syndicalisme a un sabre de bois. La grève visible touche les transports qui représentent encore, selon les années, entre 10 % et 20 % des grèves recensées. A la SNCF, le nombre annuel de jours de grève est passé d'un jour en moyenne par agent en 1988 à 0,2 jour en 2002. Depuis, la conflictualité remonte.

INVISIBLES, INDOLORES ET DONC INEFFICACES

Pour autant, le verdict présidentiel mérite d'être nuancé. Comme l'écrivent Guy Groux et Jean-Marie Pernot, "l'héritage historique que la grève du XIXe siècle avait laissé au monde du travail est aujourd'hui mutilé, il n'en est pas pour autant moribond". La décrue des grèves n'assure pas la paix sociale, tant les relations du travail sont loin d'être pacifiées. Et si le recours à la grève classique est en recul, la conflictualité globale dans l'entreprise est en hausse. Selon la dernière enquête dite REPONSE du ministère du travail, entre 2002 et 2004, 30 % des établissements de 20 salariés et plus ont connu au moins un conflit collectif, contre 21 % entre 1996 et 1998.

On retrouve ce que Christian Morel appelait dans son livre (Octarès, 1994) La Grève froide. Les salariés utilisent d'autres armes que la grève franche : le débrayage (arrêt de travail inférieur à la journée), le harcèlement verbal et collectif ou la délégation pour faire pression sur la hiérarchie, les défilés dans les ateliers ou les services, le chahut, la grève du zèle (pour appliquer strictement le règlement), le refus des heures supplémentaires - trois fois plus présent en 2004 qu'en 1998 -, la pétition, l'absentéisme. Au niveau national, les syndicats privilégient la manifestation, qui peut se révéler efficace, comme contre le CPE en 2006. Mais en mettant en même temps plusieurs sujets sur la table, M. Sarkozy oblige les syndicats à des "manifs" à répétition qui, à terme, fragilisent leurs mobilisations.

Le climat social reste donc sensible. Il n'est pas sûr que la "rentrée" à l'automne soit aussi batailleuse que le promettent les syndicats. Mais ils pourraient manifester leur mauvaise humeur et leur défiance autrement. Alors que, à défaut de sortir la négociation sur la pénibilité de l'impasse, le patronat vient de conclure un accord sur le stress professionnel avec les cinq confédérations, celles-ci hésitent désormais à s'engager sur des accords importants. Pour la simple raison qu'elles doutent de la capacité du gouvernement à respecter les conclusions d'un compromis qui n'irait pas dans son sens. Le risque est que sur des chantiers aussi délicats que ceux qui doivent aboutir d'ici à la fin de l'année - la nouvelle convention d'assurance-chômage, la réforme de la formation professionnelle -, des syndicats s'estimant trompés et moqués fassent preuve de mauvaise volonté. Avec des élections prud'homales, le 3 décembre, qui poussent naturellement à la surenchère, ils pourraient se laisser tenter par une nouvelle arme : la grève du compromis social. Un refus d'accord qui serait plus qu'un grain de sable dans la roue des réformes.

Michel Noblecourt - Le Monde - 16 juillet 2008


Mercredi 16 juillet 2008
Entretien avec Pierre Musso Le professeur de sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes-II critique l’idée d’un « télé-populisme » sarkozyste, qu’il juge inopérante et un peu réductrice.

Pourquoi Nicolas Sarkozy souhaite-t-il, selon vous, que le prochain directeur de France Télévisions soit nommé en Conseil des ministres, c’est-àdire par ses soins ? Comment caractériseriez-vous son rapport aux médias ?

Pierre Musso Tout le monde sait que le politique est lié aux directions de médias. C’est valable pour Nicolas Sarkozy, mais aussi pour Silvio Berlusconi. Celui-ci est même un grand patron de médias, propriétaire de trois chaînes de télévision généraliste qui représentent environ 40 % de l’audience en Italie. Mais ce qui compte pour ces politiques n’est pas tant la propriété des médias que la maîtrise des techniques audiovisuelles. À la tête des mêmes chaînes, Silvio Berlusconi a certes gagné trois fois les élections dans son pays, mais il les a aussi perdues deux fois. Donc, n’établissons pas de liens mécaniques. L’émetteur de l’information n’est jamais tout puissant, et le récepteur n’est jamais passif, contrairement à ce que suggèrent les théorisations sur le « télé-populisme  », en vogue dans une partie de la gauche radicale. Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la volonté de maîtrise du service public de l’information, ainsi que les multiples interventions dans le champ des médias privés. Le but, chaque jour, est de faire l’agenda et l’événement, pour structurer le débat public autour de sa personne. Le « sarkoberlusconien  » devient ainsi l’animateur et le maître du débat. Une autre préoccupation est de transformer le réel en récit et de le mêler à la fiction. Il faut raconter des histoires, se raconter soi-même. C’est le principe du « storytelling », selon l’expression de Christian Salmon. Sarkozy a bien compris que, pour structurer l’imaginaire populaire à son profit, il doit psychologiser toutes les relations sociales et politiques. Il faut même associer les téléspectateurs à la narration, selon le principe de la télé réalité. On s’identifie à celui qui a réussi et on élimine le perdant. C’est là le cœur du sarkoberlusconisme. À travers ce phénomène, on observe que le politique devient de l’audiovisuel continué par d’autres moyens. C’est moins le politique qui veut contrôler la télé, que la télé qui capture le politique. Quand Sarkozy dit qu’il souhaite nommer le futur président de France Télévisions, ce n’est pas un simple retour à l’ORTF, à une information contrôlée. Ce qui intéresse Sarkozy, c’est la totalité des programmes, fictions incluses. Il s’agit précisément de brouiller les frontières entre information et fiction, comme le fait avec un certain talent le JT de 13 heures de TF1.

Au-delà d’un certain rapport aux techniques médiatiques, qu’est-ce qui permet de parler de sarkoberlusconisme ? Quel est le fond politique de ce phénomène que vous identifiez dans votre livre (1) ?

Pierre Musso Silvio Berlusconi est un chef d’entreprise. Il a passé trente ans de sa vie dans le monde de l’entreprise. Partant, sa caractéristique majeure est d’importer la culture de l’entreprise dans le champ du politique. Nicolas Sarkozy a un autre parcours. Il a gravi les échelons d’un parti de masse avant d’accéder à l’Élysée. Il est entré dans le parti néo gaulliste à dix-huit ans. Nicolas Sarkozy est un politique traditionnel, alors que Silvio Berlusconi est un non-politique qui vient dans le politique. Mais Sarkozy reprend précisément cette innovation de Berlusconi. Tous deux se positionnent sur le mode de l’antipolitique à l’intérieur du politique. C’est ce qui permet de capter la critique populaire du pouvoir, et de la retourner au profit du pouvoir. Le sarkoberlusconisme, c’est l’antipolitique en politique. C’est aussi comme cela que je définirais le « néolibéralisme  » contemporain. Nous sommes confrontés à une critique radicale de l’État providence, de l’État social, à partir d’une idéologie managériale, qui encense l’efficacité technique, la gestion efficiente et pratique le culte de l’argent, à l’instar de l’éthique protestante des pays d’Europe du Nord. L’enjeu du « sarkoberlusconisme » est d’introduire du thatchérisme, une sorte de contractualisme marchand, dans des pays latins, de droit romain, où c’est encore la loi qui prime sur le contrat. Depuis la chute du mur de Berlin, entraînant le déclin des partis communistes en France et en Italie, ce processus d’extension du thatchérisme est devenu possible.

« Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. »

Les communistes français et italiens doivent-ils se sentir plus particulièrement interpellés par le sarkoberlusconisme que les autres forces de gauche ?

Pierre Musso La tâche que je me suis fixée est d’identifier un certain type de capitalisme en émergence, le capitalisme latin, où une certaine morale catholique valorisant le travail est instrumentalisée et détournée. Et ce mouvement transforme en profondeur l’État providence tel qu’il s’est structuré dans les rapports de forces du XXe siècle (1917, 1936, 1945, 1968… jusqu’à la chute du mur). Ce que j’explique, c’est que le sarkoberlusconisme attaque l’État providence, mais propose aussi quelque chose à la place : la culture, voire le culte, de l’entreprise, l’idée que nous serions dans une « nationentreprise  ». Il propose un rôle particulier à l’État, en plus de l’aspect sécuritaire : celui de soutenir les entreprises qualifiées de « champions nationaux » qui se projettent à l’extérieur du pays à la conquête de nouveaux marchés, dans la guerre économique mondiale. Dans ce contexte, une véritable symbolique se met en place pour gouverner en agitant toutes les peurs (peur de l’insécurité, de la précarité, de l’effet de serre…). La peur appelle « l’homme providentiel », qui déclare redresser le pays. « Je vais sauver Naples, le sud de l’Italie enlisé dans les difficultés économiques, parce que moi, je suis un chef d’entreprise, et non un professeur d’université comme Romano Prodi… », disait en substance Berlusconi. Sarkozy s’inscrit dans le même type de référence compassionnelle au secours des victimes. Et la gauche française n’a pas compris l’importance de ce travail de la droite sur la symbolique politique. Quand Sarkozy parle de la valeur travail, qu’il prétend défendre, la gauche a tendance à répondre en termes d’« emplois ». Or le travail, ce n’est pas que de l’emploi, c’est du sens, l’épanouissement individuel, etc. La droite a su mobiliser ces signifiants positifs du travail ou du changement, dont la gauche était jusqu’alors perçue comme dépositaire légitime. Elle a su renverser de l’intérieur les valeurs de l’adversaire.

Comment la gauche devrait-elle selon vous réagir  ?

Pierre Musso Ce que j’observe, c’est qu’elle élabore des programmes, continue de s’interroger sur l’opportunité ou non d’un SMIC à 1 500 euros. Elle rentre avec la droite dans une course à l’efficacité technico-économique. Mais elle tombe en fait dans un piège. Les programmes sont nécessaires, mais l’essentiel du problème porte sur la symbolique, sur la façon dont on structure l’imaginaire collectif. Quelle est aujourd’hui la symbolique de la gauche ? Est-ce, par exemple, l’idée de progrès ? Celle de résistance, de changement, voire de révolution ? Il faut l’expliciter, et la confronter au « présentisme » sarkoberlusconien consistant à mobiliser chaque jour l’attention des citoyens autour d’un événement dont il est le protagoniste et même, si possible, le héros. C’est d’autant plus nécessaire que ce culte du présent et de l’urgence correspond aussi à une évolution des modes de vie, une sorte d’« accélération » de la vie quotidienne. En tous cas, la gauche ne peut pas entamer une reconquête populaire si elle ne se construit pas une nouvelle symbolique, à partir de la confrontation de ses valeurs historiques au monde contemporain.

Entretien réalisé par Gael De Santis et Laurent Etre pour L’Humanité des Débats du Samedi 12 Juillet.

(1) Pierre Musso a publié récemment Le sarkoberlusconisme. Éditions de l’Aube, 2008.

Agenda

 

 

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
qu'est ce qu'un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus