Le “Tout sauf Royal” est-il crédible ?

Publié le par webmaster

DirectionsBien sûr, c’est une affaire de perception. Avec 29 %, la motion de Ségolène Royal crie victoire : elle arrive en tête, a bien mobilisé les militants et se paie le luxe de créer la surprise et de distancer de 4 points Bertrand Delanoë et ses amis.

Mais les opposants à la ligne de l’ancienne candidate à la présidentielle (et surtout à sa conception de la politique) ne désarment pas : 71 % des votants socialistes ont exprimé une autre option, et un front de “tous les autres” encore possible.

Traditionnellement, il appartient à la motion arrivée en tête de rassembler autour d’elle en créant un axe majoritaire. Mais rien n’est obligatoire. Depuis vendredi, François Hollande, spécialiste en la matière, souffle le chaud et le froid. Après avoir dit que Royal “n’était pas majoritaire”(vendredi sur RTL), il a assuré que ce serait à elle de proposer un premier secrétaire (samedi, sur son blog), avant d’assurer que “d’autres configurations peuvent être évoquées”. Tout en reconnaissant que “la règle, c’est que la motion qui arrive en tête doit faire une proposition” (lundi, sur BFMTV).

Autant dire que le décryptage relève de l’impossible pour les non-initiés. D’autant que la fameuse “règle” évoquée n’a pas toujours prévalu au PS. “Ferrari” faisait justement remarquer dans les commentaires de la note précédente que le congrès fondateur du PS, celui d’Epinay, n’avait pas été remporté par la motion majoritaire, mais par une alliance de motions minoritaire (un récit - forcément orienté - par Chevènement est disponible ici).

Si une alliance “Tous contre Royal” est techniquement possible, elle semble politiquement difficile. D’abord, parce que marginaliser Ségolène Royal serait très mal vu des militants. Mais aussi parce que ceci pourrait apparaître comme une victoire du “vieux parti” contre le “nouveau parti” : du pain bénit pour les partisans de Royal qui verraient leurs critiques contre les manœuvres d’appareil renforcées. Surtout, parce que peu de dirigeants, même ceux qui ne partagent pas les la stratégie de Royal, ne voudront passer pour ceux qui empêchent la “rénovation” du parti.

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Charge à Ségolène Royal et ses amis, donc, de trouver un candidat crédible au poste de premier secrétaire. Et la partie n’est pas des plus simples.

Ségolène Royal est arrivée en tête en mettant sa candidature au “frigidaire”, ce qui lui a permis l’appui des puissantes fédérations du sud de la France. Personnalité très clivante au sein du parti, une candidature de sa part pourrait susciter une levée de boucliers dans le parti. Et ne serait pas forcément la meilleure opération politique pour elle : engluée dans le parti, elle pourrait plus difficilement mener sa stratégie pour 2012.

peillonVincent Peillon avait ces derniers jours une cote en hausse. Mais il est très marqué “ségoléniste” et ses récentes défaites électorales (il a perdu aux législatives dans la Somme) et déclarations proposant ouvertement une alliance avec le MoDem n’en font pas un candidat idéal, notamment pour séduire les partisans d’Aubry ou de Hamon. Même s’il a défendu le non au Traité constitutionnel européen en 2005.

rebsamenFrançois Rebsamen pourrait être l‘homme du consensus absolu . Passé de François à Ségolène, le maire de Dijon à l’avantage de ne pas trop heurter les sensibilités. Ce qui est aussi un inconvénient : difficile d’apparaître comme un rénovateur en étant numéro 2 du parti de François Hollande.

Julien Dray espère être l’homme du consensus. Il a tenté jusqu’à la dernière minute de faire une synthèse entre les motions de Hollande et Royal, en vain. Mais son profil de baroudeur (Gauche du parti, proche de Hollande, puis de Royal, puis en froid avec Royal, puis de nouveau proche (ouf!)) ne lui a pas fait que des amis. Et les ségolénistes pourraient craindre un Dray habitué à changer son fusil d’épaule.

Et si le prochain secrétaire n’était pas dans le camp de Ségolène Royal ?

aubryMartine Aubry. En cas d’accord Aubry-Royal, la maire de Lille pourrait rassembler sur son nom sa motion, celle de Royal, et peut-être au-delà. Mais il est peu probable que les “ségolénistes” fassent confiance à Martine Aubry, qui les a toujours combattu, même si elle a adouci ses critiques ces derniers jours.
Benoît Hamon. Le héraut de la gauche du parti espère incarner une rénovation qui, sur la forme, ne déplaît pas à certains partisans de Ségolène Royal. Mais leurs orientations sur le fond restent assez éloignées, notamment sur la questions des alliances.

Mais aucun scénario n’est à exclure, comme toujours au Parti socialiste : aucune alliance ne semble assez improbable pour rendre plus long encore le temps de la désignation d’une orientation politique claire…

Nabil Wakim

De synthéses "molles"  pendant 10 ans à des prises de postions partisanes et des "injonctions", ne serait-il pas temps M. Hollande de laisser les autres juger de ce qu'ils ont à faire ?

Publié dans L'avenir du PS

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